Lecture / Ecriture
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Le monde englouti de James Graham Ballard

James Graham Ballard
  Sauvagerie
  Le monde englouti
  La Forêt de cristal
  Super-Cannes

J. G. Ballard, est un auteur anglais de science-fiction et d'anticipation sociale né en 1930 à Shanghai, et décédé en 2009.


Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction "

Le monde englouti - James Graham Ballard

Suffocant... pour tout le monde
Note :

   Londres, dans un futur proche. Des explosions solaires à l'ampleur exceptionnelle ont entraîné une modification profonde du climat terrestre : canicule permanente, élévation du niveau de la mer, transformation de la faune et de la flore. En quelques dizaines d'années, la Terre entière est devenue une vaste jungle tropicale, et la population mondiale n'est plus que de cinq millions d'habitants.
   
   Dans ce monde post-apocalyptique survivent une poignée de militaires, commandés d'une main de fer par le colonel Riggs, ainsi que deux biologistes, les docteurs Kerans et Bodkin, chargés d'inventorier la végétation de la ville, transformée en lagune. Bien loin de leurs considérations, retranchée dans la suite luxueuse de son palace, la riche et mystérieuse Béatrice Dahl contemple, du haut de son ennui, les vestiges d'un monde à l'agonie.
   
   Mais la chaleur étouffante et l'apparition de plus en plus préoccupante d'alligators et d'iguanes géants rendent la vie chaque jour un peu plus difficile dans la lagune, d'autant que certains soldats commencent à souffrir de cauchemars terrifiants. Le verdict tombe : il faut partir.
   
   Contre toute attente, une partie de l'équipe refuse de quitter la lagune, au risque de succomber à la canicule, à la famine ou à une attaque de crocodile. Une fois les militaires partis, Kerans, Bodkin et Béatrice doivent tout mettre en œuvre pour assurer leur survie, qui ne tient qu'à un fil. Mais l'arrivée d'un étrange pirate et de sa troupe sanguinaire va rapidement menacer l'équilibre précaire qu'ils ont instauré...
   
   Paru en 1962, "Le Monde englouti" est l'un des premiers grands romans de science-fiction post-apocalyptique, et son auteur est certainement l'un des écrivains les plus visionnaires qui soient.
   
   Loin des effets tonitruants et pompiers des blockbusters hollywoodiens, Ballard choisit de situer son intrigue bien après la catastrophe : non pas au moment où les villes disparaissent sous les eaux, tuant des millions de gens et entraînant des flots massifs de réfugiés, mais plusieurs années plus tard, lorsqu'il ne reste déjà presque plus rien de l'humanité et de la Terre telle que nous l'avons connue.
   
   C'est peut-être ce qui explique le caractère détaché, un peu lointain, comme déjà en retrait, de ses personnages, des êtres énigmatiques aux motivations parfois bien floues, qui semblent apprécier de voir le monde moderne à son crépuscule, comme s'ils en savouraient la déliquescence : loin de se révolter contre la fin du monde, ils paraissent l'attendre et l'encourager.
   
   Toutefois, malgré ce parti pris intéressant et original, ce roman peine à entraîner son lecteur dans le monde qu'il dépeint : les personnages sont précisément trop froids, trop peu concernés par le sort de la civilisation pour que l'on puisse s'attacher à eux, d'autant que leurs aspirations et leurs pensées nous sont la plupart du temps inconnues. Le style, ronflant, d'une précision scientifique qui confine souvent à la cuistrerie, contribue aussi à rendre la lecture moins fluide et moins agréable, d'autant que le manque criant de péripéties et de rebondissements (sauf à la toute fin du livre) accentue le côté soporifique du roman.
   
   Et pourtant, il y a derrière ce récit une réflexion sur la psychologie humaine et le sens de l'Histoire tout à fait passionnante, mais elle se pare d'un vernis jargonneux qui décourage même les lecteurs les plus téméraires.
   
   Dommage, car l'une des réussites de cet ouvrage est sans conteste la mise en place progressive d'une atmosphère de huis clos, renforcée par l'aspect étouffant, oppressant, de l'environnement dans lequel évoluent les personnages. Malheureusement, à trop vouloir accentuer cette tonalité suffocante, on finit par empêcher le lecteur de respirer, et celui-ci n'a plus qu'une idée en tête : refermer ce roman pour obtenir, enfin, un peu d'air!

critique par Elizabeth Bennet




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