Lecture / Ecriture
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Né sous les coups de Martyn Waites

Martyn Waites
  Né sous les coups

Né sous les coups - Martyn Waites

Entre « Avant » et « Maintenant »...
Note :

   Une date, 28 mai 1984 à Orgreave dans le Sud Yorkshire, celle du début de la fin d'une certaine notion du monde libre.
   
   Grâce à la complicité (volontaire ou pas) du gouvernement argentin, chacun ayant un besoin urgent de resserrer les rangs de leurs opinions nationales, les Malouines sont envahies. Les Britanniques ripostent, et Margaret Tas de Chair est réélue. Elle a les mains libres pour imposer sa politique ultra-libérale. Le nouvel ennemi est intérieur, les mineurs en grève et leur tout puissant syndicat. Pas de quartier, l'ordre et la loi doivent régner, alors tous les moyens sont bons.
   
   La police anti-émeutes avec une sauvagerie inouïe (certaines descriptions de passage à tabac des mineurs manifestants sont surréalistes), l'envoi de "jaunes" assurant la production sous protection policière. Et suprême raffinement, la manipulation des médias!
   
   La tribu des policiers vaincra la tribu des mineurs. Et la misère s'installe avec son cortège de privations pour la population et une descente dans l'enfer de la drogue ou de l'alcoolisme qui, bien sûr, profite à certains.
   
   Dans ce roman, il y a beaucoup de personnages que nous retrouvons "Avant" et "Maintenant", entre les deux un gouffre, la première époque une petite ville, Coldwell, industrieuse mais relativement prospère, la mine tourne, elle est rentable, on y travaille, on y boit et on y fait l'amour...
   
   Ensuite une ville en ruine, où le chômage est roi, les services sociaux sont pour beaucoup le seul point d'ancrage pour tuer les longues journées d’ennuis. On y boit toujours mais plus et sans joie, on s'y drogue aussi et cela accentue la misère et la dépendance de certains. L'amour n'est plus qu'un sentiment et un acte qui appartient au passé.
   
   Stephen Larkin était journaliste indépendant et présent le jour où la police a commencé et terminé sa sale besogne ; il a été tabassé en compagnie de son photographe qui a vu ses pellicules détruites. Il tente de rétablir la vérité vingt ans plus tard en écrivant un livre.
   
   Tony Woodhouse jouait au football à Newcastle, sa gloire fut éphémère, pas assez impliqué dans son métier. Gravement blessé, il travaille dans le social. Il retrouvera Larkin, et se souvient de Louise, la sœur de celui-ci, avec qui il a eu une aventure. On croise des mineurs et des syndicalistes plutôt cassés pour ne pas dire brisés dans leurs corps et leurs âmes. Hommes sacrifiés au nom de la politique financière qui commençait à l'échelle mondiale.
   
   Les salauds et certains homme politiques sont encore plus salauds et les hommes politiques encore plus puissants et corrompus ; le marché des drogues dures est en pleine expansion!
   
   Il est beaucoup question de musique anglaise et de footballeurs également, en particulier ce grand joueur Bobby Charlton... Au sujet de Bobby Robson que l'auteur cite, il est à mon humble avis, plus célèbre comme entraîneur que comme joueur! Cela n'engage bien entendu que moi!
   
   Un livre très difficile à résumer, car très riche, et je pense, très documenté.
   
   Et le plus effroyable de cette histoire est que des millions de gens payent encore les "dividendes" de la politique menée par celle que mon ami Sam Millar (et beaucoup d'autres) nomme une criminelle. A la lecture de ce roman on comprend mieux certaines scènes d’allégresse dans certaines régions du Royaume-Uni qui ont suivi le décès de cette personne.
   
   Une de mes lectures les plus fortes de cette année, il est bon que parfois certains auteurs brisent des tabous, remettent certains faits dans nos mémoires et nous donnent une version de l'Histoire vue du côté du peuple et des travailleurs même s'ils furent vaincus par le système. Gloire à eux!
   
   
   Extraits :
   
   - C'était des hommes durs, solides. Qui avaient peur.
   
   - On enlève les truands de l' équation.
   
   - Il y a eu un certain nombre de descentes de police, il y a quelques années. Drogues dures et armes en provenance de Russie. Pour approvisionner l'IRA croyait-on.
   
   - Quand la musique avait commencé, les fantômes avaient surgi, s'étaient élevés et s'étaient mis à danser.
   
   - Des danses tristes et lentes. Les canettes vides s'étaient multipliées.
   
   - "Ils veulent que les gens vous détestent, tu sais."
   
   - La tension montât. La tension était suffocante. La tension raréfiait l'air entre les deux tribus.
   
   - Les images étaient dures comme le diamant, précieuses et vraies.
   
   - La trentaine : suffisamment jeune pour avoir encore des rêves, assez vieux pour savoir qu'ils ne se réaliseraient jamais.
   

   Titre original : Born Under Punches (2003)

critique par Eireann Yvon




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