Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le garçon incassable de Florence Seyvos

Florence Seyvos
  Le garçon incassable
  La sainte famille

Le garçon incassable - Florence Seyvos

Buster Keaton
Note :

   Il y a "elle", il y a "je" et il y a Henri et puis Buster. "Elle" part à Hollywood sur les traces de Keaton, comique américain, enfant de la balle propulsé (dans tous les sens du terme) très (trop) tôt sur le devant de la scène. Parallèlement, le "je" décrit la courte vie d'un premier Henri (un oncle maternel) puis celle d'un second (le quart-de-frère imposé par le remariage maternel), tous deux handicapés cérébraux. Le garçon incassable n'en demeure pas moins la célébration de deux âmes désarticulées, incomprises par leurs entourages respectifs parce que différents, courageux ou exemplaires dans leur ténacité à montrer leur différence, à affirmer leur autonomie et leur vérité par les défis qu'ils se sont lancés et qu'ils lancent aux autres par la même occasion (avec plus ou moins de réussite, il faut bien le reconnaître).
   
   Florence Seyvos aurait pu rater "Le garçon incassable", récit casse-gueule au possible : mêler deux histoires sans ennuyer ou brouiller le lecteur, composer savamment un équilibre entre détails de la vie courante et anecdotes artistiques, rapprocher deux destins apparemment disjoints (époques séparées, personnalités éloignées) et vérifier que le courage et l'altérité dépassent les frontières, les âges, les temps et les milieux sociaux. C'est le roman de la différence et de l'affirmation de soi : c'est lorsque l'être humain décide de son autonomie (au point d'en perdre son confort matériel ou de se mettre en danger -mesuré-, qu'il donne le meilleur de lui-même, qu'il transcende sa propre peur (et celle de son entourage) et les contraintes qui l'empêchent de progresser, qu'il devient un adulte accompli, tout bancal il reste. Témoignages personnels, tranches de vie éclairantes, fin ouverte assez surprenante (plusieurs interprétations semblent se confronter : une m'a troublée au point que je la mette en doute) : l'amour au grand jour et toujours.
   
   Ce récit au discours simple et subtil donne au lecteur une furieuse envie de replonger dans l’œuvre de Buster Keaton. Émouvant.
    ↓

critique par Philisine Cave




* * *



Deux portraits
Note :

   "Mais le chagrin, Henri, où le mets-tu? Tes yeux ne pleurent jamais. La tristesse semble ricocher sur toi. Je sais qu'elle entre pourtant, filtrée par ta vision du monde. Alors, dans quel recoin de toi-même l'enfermes-tu? "
   Enquêtant sur Buster Keaton, la narratrice se prend à évoquer son frère "différent", Henri. Nombreux sont les points communs entre les deux hommes, se situant toujours un peu à côté des autres et ayant une relation particulière à leur corps. Le garçon incassable, c'est d'abord Keaton, qui , dès l'enfance, fut réifié par ses parents, jeté comme un objet raide et sans réaction pour un numéro de music-hall qui séduisait les foules. Cette capacité corporelle étonnante s'accompagnait aussi d'un visage impassible qui devint bientôt la marque de fabrique de son personnage.
   
   Mais c'est aussi Henri, dont la vie "se déroulera dans un éternel état intermédiaire. Un état où les éclats de joie sont de plus en plus rares." et qui, parfois "est comme un objet habité par une force que seule l'ouverture de la porte peut libérer."
   
   Leurs relations aux autres, le regard que les autres portent sur le comique burlesque et sur l'enfant handicapé sont évoqués avec beaucoup d'empathie et de délicatesse.
   
   Deux portraits qui se font écho, portés par une écriture sensible et sans pathos. Un roman qu'il faut prendre le temps de laisser infuser, pour mieux s'en imprégner.
   ↓

critique par Cathulu




* * *



Deux destins surprenants
Note :

    Les critiques l’ont présenté comme peut-être le meilleur livre de l’année. Je n’ai pas cherché à faire de classement mais assurément ce livre m’a pris par surprise et la surprise était belle.
   
   Deux destins, trois personnages. La narratrice a hérité d’un frère vers 11 ans parce que sa mère s’est remariée, aujourd’hui elle est à Los Angeles sur les traces de Buster Keaton la vedette du cinéma muet. Au fil des pages un récit en miroir se fait.
   
   Henri le frère a un grand corps qui ne tient en équilibre que par moult efforts et harnachements, par des exercices permanents et épuisants. Comme sa tête a aussi des ratés il a appris par cœur des réponses automatiques en série ce qui donne des échanges tout à fait surprenants, comme cette réaction à la mort du père qui fait dire à Henri "Eh bien, je n'aimerais pas être à sa place."
   
   Et Buster Keaton l’élégant qui se prend les pieds dans le tapis, Buster que son père a doté d’une poignée dans le dos pour faire un numéro sur scène, il est devenu l’enfant projectile, l’enfant aux multiples fractures capable de résister à tout.
   
   Une constante pour ces deux hommes : pas un cri, pas une plainte, Buster, devenu récalcitrant à la douleur, enchaîne les cascades et se vautre sans arrêt pour la grande joie du public, et Henri contre vent et marée tente de mener une vie normale, de travailler, et même d’aller au cinéma. Je vous recommande la scène pathétique où Henri laisse la file avancer sans lui...
   
   Ils sont des marginaux dans un monde à part où il est difficile de les rejoindre. Des hommes résignés mais qui sont capables de se révolter pas toujours pour leur bien.
   
   Le milieu du cinéma, Florence Seyvos le connait bien, scénariste de plusieurs films dont le très bon "Camille redouble", son portrait de Buster Keaton est saisissant et celui qu’elle porte sur Henri plein d’amour.
   
   Un roman épatant sans chichis, sans effets, dont le ton plein de gravité et d’empathie nous donne envie de faire la connaissance d’Henri et de Buster "L'Homme qui ne rit jamais"

critique par Dominique




* * *