Lecture / Ecriture
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Nu dans le jardin d'Eden de Harry Crews

Harry Crews
  La foire aux serpents
  Car
  Nu dans le jardin d'Eden
  Des mules et des hommes
  Le roi du K.O

Harry Crews est un romancier américain né en 1935 et décédé en 2012.

Nu dans le jardin d'Eden - Harry Crews

Paradis apocalyptique !
Note :

   Je connais peu Harry Crews et je ne pense pas, malheureusement, être le seul. Né en 1935, décédé en 2012, malgré une bibliographie forte de seize titres, je n'ai lu pour l'instant que "La foire aux serpents". Donc je me soigne avec l'édition de nouveaux titres chez "Sonatine".
   
   Prenez une ville créée de toutes pièces, mais dont les pièces et surtout les financiers sont allés voir ailleurs si dans une autre vallée l'herbe était plus verte! Et comme elle était plus verte, ils ne sont pas revenus. Donc la ville de morne plaine s'est transformée en mornes collines! Sauf que malgré les noms pompeux... les habitants ne sont pas des puits (de phosphate) de science. Ils attendent le sauveur, Jack O'Boylan, qui a transformé le paysage et leurs vies. Pour en définitive les laisser en plan aux mains de Fat Man et de son homme de main, Jester, ex-jockey dont un malheureux accident a brisé la carrière!
   
   Tout pourrait aller bien dans le meilleur des mondes, sauf que nous sommes dans le sud des États-Unis et que rien n'est simple et tout est tordu, du pays aux habitants! On pense évidement à "1275 âmes" de Jim Thompson ; pour "Fat Man", au boulimique du livre "Orgies funéraires"! Un puzzle de situations des meilleurs romans noirs et campagnards de la littérature américaine!
   
   "Garden Hill" rebaptisé par les derniers habitants de la ville "Phosphate Hill" n'est pas le Jardin d'Eden, loin s'en faut! Les rares rescapés survivants ne sont, ni des saintes, ni des saints, mais dans la littérature noire et rurale américaine, ce genre de personnages ne court pas les rues!
   
   Tout ici est démesuré : le grand, gros, blanc est riche et obèse, le petit est jockey, pas très riche et noir! Mais que se cache-t-il réellement derrières ces apparences trompeuses?
   
   Fat ne pense qu'à se goinfrer, Jester qu'aux chevaux et Dolly qu'à transformer "Garden Hill" en 'Lunapar Hill" à la portée de toutes les bourses (bourses, pris ici dans le sens de l'endroit où l'on met de l'argent!). Et Dolly connaît la valeur marchande de son corps!
   
   Chronique de ce Sud flamboyant et aussi décadent, peuplé d'êtres hors-normes avec, malgré tout, quelques côtés attachants! L'Amérique profonde, très profonde, même si ici on est en Floride. Mais dans le trou du cul de la Floride, on pense à Jim Thompson bien sûr et à Erskine Caldwell pour la description d'un monde de "laissés pour compte" de l'Amérique triomphante.
   Et si la pensée profonde ou la morale (je n'aime pas ce mot) était : pourquoi toutes ses gesticulations... car après, tout redevient comme il aurait dû être... tous ces pantins sont partis et le monde tourne toujours aussi peu rond! Beaucoup d'argent et d'efforts pour laisser au final une ville fantôme.
   
   Un livre très étrange qui me laisse un sentiment mitigé.
   
   
   Extraits :
   
   - Dans ses bottes à talon, il faisait presque un mètre vingt-deux.
   
   - Il fut un temps où Garden Hills n'avait pas de collines.
   
   - Tout poussait : les enfants, les biens et les monticules de terre. Surtout les monticules de terre.
   
   - À plat sur le dos, ses poumons ne pourraient pas fonctionner. Ce devait être en rapport avec le fait qu'il mesurait un mètre soixante-cinq et qu'il pesait deux cent soixante-dix-neuf kilos. Le médecin lui avait déjà expliqué une fois.
   
   - En dépit de leur début, deux cent-trente-cinq kilos les séparaient maintenant. La graisse était un fait incontournable.
   
   - Et, le matin, juste avant le lever du soleil, ce genre de piste était aussi calme que l'intérieur d'un cercueil enterré.
   
   - Les chevaux ne se suicident pas, mais c'est pourtant ce qu'avait fait Roman Lover. Aucun chien n'avait fait irruption devant lui. Aucune couvée de cailles ne s'était élevée sur la piste intérieure.
   
   - Ici, à Garden Hills, il était un héros ; en dehors de Garden Hills, il n'était qu'un monstre. Ici, on le respectait ; il avait vaincu le système. Ailleurs, les gamins se moqueraient de lui, les adultes lui jetteraient des pierres.
   
   - Ah, que c'était bon de blasphémer! Ça la soulageait dans une faible mesure de son échec avec Fat Man. Son deuxième échec.
   
   
   Titre original : Naked in Garden Hills (1969).

critique par Eireann Yvon




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