Lecture / Ecriture
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L’Emploi du temps de Michel Butor

Michel Butor
  L’Emploi du temps
  Improvisations sur Michel Butor

Michel Butor est un écrivain français pilier du Nouveau Roman, né en 1926 et mort le 24 août 2016.

L’Emploi du temps - Michel Butor

Comme Thésée et le Minotaure
Note :

   Un jeune Français, Jacques Revel est arrivé en train à Bleston, une grande ville industrielle du nord de l’Angleterre, similaire à Manchester ou Sheffield, avec son climat humide, la fumée des usines qui a noirci les bâtiments et l’étendue de ses quartiers périphériques aux longues rues bordées de maisons jumelles. Venu effectuer un stage dans une entreprise, Jacques Revel ressent immédiatement le caractère hostile de cet environnement qu’il devra supporter toute une année.
   
   Le roman est constitué par le journal que se met à tenir Jacques Revel huit mois après son arrivée, dans lequel il raconte les événements passés depuis son installation. Ce récit comporte donc des lacunes dues aux défauts de la mémoire. Il est irrégulier aussi : Jacques Revel n’écrit que le soir en rentrant de son travail ou de ses sorties, et jamais le week-end. Il est amené à revenir inlassablement sur les événements antérieurs déjà exposés. Son journal est en pratique un "patchwork" dans lequel il est malaisé de se retrouver. Il montre que les premiers mois, les soirées de Jacques Revel ont été largement consacrées à la recherche d’une chambre en ville, ce qui l’obligea à s’orienter dans cette agglomération qui apparaît comme un labyrinthe. Et à la lecture, on se rend compte que dans ce roman coexistent deux labyrinthes au milieu desquels Jacques Revel évolue et doit s’efforcer de trouver la sortie : le labyrinthe de la ville aux multiples strates et le labyrinthe du temps en miettes qu’il s’emploie sans relâche à jalonner par les mots qu’il écrit à la fin de ses journées.
   
   Il se retrouve ainsi comme le héros Thésée, confronté à l’obligation de tuer le minotaure sans se perdre dans le labyrinthe, grâce au fil d’Ariane. Et comme pour Thésée, sa "mission" est facilitée par la rencontre d’une jeune fille, Anne, qui sera un double d’Ariane, lui fournissant un plan de la ville en sa qualité de vendeuse en librairie. Il déniche de surcroît un roman policier qui enrichira sa connaissance de la ville : "Le Meurtre de Bleston" écrit par J.C. Hamilton.
   
   A partir de ces quelques éléments disparates et de rencontres avec d’autres habitants de Bleston, le narrateur peut tenter de discerner les fractures de la ville avec ses deux cathédrales, sa référence au meurtrier Caïn, image de sa culpabilité supposée dans l’accident survenu à un ami, ses musées, ses restaurants, sa rivière aux eaux fétides, ses gares, sa foire ambulante et son atmosphère sinistre de ville humide ternie par la fumée. Au fur et à mesure de l’avancée de la rédaction, tous les éléments se renvoient mutuellement leurs reflets, les ramifications se multiplient, les personnages échangent leurs rôles plus ou moins imaginaires dans un vaste jeu de miroirs.
   
   Les aventures de Revel avec les divers personnages qu’il côtoie produiront des conclusions qui, pour le lecteur, questionnent encore une fois les mythes évoqués. Il s’agit finalement d’un grand et brillant exercice de style et de conception du roman, renouvelant le mode d’exposition selon des méthodes parfaitement maîtrisées.

critique par Jean Prévost




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