Lecture / Ecriture
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Ados: Eleanor & Park de Rainbow Rowell

Rainbow Rowell
  Ados: Eleanor & Park

Ados: Eleanor & Park - Rainbow Rowell

Comics et musique vs quotidien flippant
Note :

   Thèmes : Amour, Adolescence, Violence familiale
   
    Eleanor, 16 ans, est ronde, rousse, impopulaire. Sa vie semble être un désastre entre un beau-père alcoolique, violent, malsain, une mère déprimée qui a baissé les bras et une ribambelle de petits frères et sœurs dont il faut bien s'occuper. Dans sa maison, elle n'a pas un seul moment de calme, d'intimité et est obligée de respecter des règles et des horaires bien précis pour ne pas s'attirer des ennuis. Son look exubérant, son caractère au lycée en dérange plus d'un et les jours ne sont pas faciles. Aussi lorsque Park, un garçon discret et solitaire qui adore lire des comics lui propose de s'assoir dans le bus scolaire à côté de lui, Eleanor reste d'abord sur ses gardes...
   
   Embarquée et convaincue par les avis très enthousiastes et les coups de cœur de la blogosphère autour de ce roman, je me suis laissée tenter avec une grande envie de l'aimer. Est-ce que j'en attendais trop?
   
   Si j'ai aimé la relation particulière, l'ambiance qui règne dans ce bus, tout ce que peuvent se dire ses deux adolescents par leur silence, leur toucher et leur regard, j'ai moins accroché sur la partie "tranche de vie" d'Eleanor qui est très pesante, déprimante. Tout d'abord, je n'ai pas compris pourquoi l'auteur a placé son histoire d'amour en 1986 mais je n'ai pas retrouvé l'ambiance des ces années là. Park est un personnage touchant. Ses origines coréennes là aussi ne sont pas assez exploitées. Est-il en quête d'identité, essaie-t-il de chercher sa place dans un lycée américain? Il ne fait pas mention d'un mal-être lié à ses origines asiatiques. Alors Eleanor & Park, pourraient être deux adolescents de n'importe quelle nationalité, l'auteur se focalise surtout sur leurs émotions, leurs sentiments qui se développent lentement l'un envers l'autre. Elle n'exploite pas assez le fil de la marginalité, de la différence, de l'acceptation de soi même si on sait que Eleanor et Park sont plutôt exclus du lycée, vivant dans leur bulle.
   
   C'est que ces deux adolescents sont spéciaux. Ils se sont renfermés dans les comics et la musique. J'ai aimé leur manière de communiquer, pleine de charisme et de douceur comme s'il fallait s'apprivoiser l'un l'autre. Il y a de très jolies phrases qui font fondre le cœur : "Tu es ma personne préférée de toute la vie" page 138. Leur romance fait vibrer et est émouvante, surtout lorsqu'on découvre, avec appréhension, le drame qui se joue au foyer d'Eleanor. La tension monte vers la fin du livre et tout ce contexte familial, social difficile est émouvant, plongeant le roman dans quelque chose de plus profond : la violence familiale. J'ai été touchée par quelques moments à fleur de peau où l'adolescence découvre l'amour, les premiers sentiments. C'est joliment raconté, avec sensibilité.
   
   J'ai apprécié l'ambiance morose, l'alternance des points de vue, cette Eleanor qui sépare radicalement sa vie privée, son désir de retrouver Park, et sa vie familiale. Pour que ce qu'il y a de mauvais dans sa vie ne vienne pas entacher sa relation si pure avec Park. Elle se protège. On peut comprendre ses angoisses, ses peurs, ses doutes. Il y a quelque chose de lourd qui plane tout le long du roman, ce degré incessant entre tension, drame, mélancolie, tristesse mélangés confusément à l'espoir, au bonheur, à la joie, à l'amitié et à l'amour. Il y a une ambiance à la Jane Campion, où tout est lent, en apesanteur, dans l'attente que vienne le destin final, la chute. C'est une relation à la fois délicate, sincère et belle que retranscrit Rainbow Rowell mais il me manque un petit plus pour être totalement séduite. J'ai adoré le début de leur relation, où un simple regard peut vous faire papillonner le ventre, où l'effleurement de mains vous chamboule pour des heures à venir, les hésitations du premier amour. Pour tout cela ce roman est magique mais j'en voulais tellement plus...

critique par Laël




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