Lecture / Ecriture
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Chris Martin de William Golding

William Golding
  Sa Majesté des Mouches
  Chris Martin
  Chute libre
  La Nef
  La Pyramide
  Le Dieu scorpion
  L'envoyé extraordinaire
  Parade sauvage
  Trilogie maritime / 1 - Rites de passage
  Cible mouvante
  Les Hommes de papier
  Journal égyptien
  Trilogie maritime / 2 - Coup de semonce
  Trilogie maritime / 3 - La cuirasse de feu
  Arieka

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2014

William Golding est né à St-Columb-Minor, en Cornouailles, en 1911.

Après des études au collège de Marlborough et à Oxford, il choisit d'enseigner, comme son père .

Il se marie en 1939, est mobilisé en 1940 dans la marine et participe au débarquement en Normandie .

De 1945 à 1962, il est professeur d'anglais à Salisbury .

Après le succès de "Sa Majesté des Mouches", il se retire à la campagne, où il se consacre entièrement à son œuvre littéraire .

William Golding a reçu le prix Nobel de littérature en 1983 «pour ses romans qui, avec la clarté de l’art narratif réaliste et avec la diversité, l’universalité du mythe, illustrent la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui».

Il est décédé en Angleterre en 1993.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Chris Martin - William Golding

Naufrage
Note :

   Titre original : Pincher Martin - (1956)
   
   Des naufrages, il y en a ici de plusieurs sortes, mais nous commencerons par le sens premier du terme. Quand nous découvrons Christopher Hadley Martin, il est à l'eau. Son bateau a été torpillé et il vient d'être projeté à la mer. Il est groggy, il fait nuit, il ne voit rien autour de lui, et dans un premier temps, consacre toute son énergie à lutter contre la noyade. C'est que la mer est grosse, qu'il est lourdement vêtu, et qu'un gilet de sauvetage ne résout pas tout. Après s'être épuisé à lutter ainsi contre l'océan, il s'endort sans avoir repéré d'autre survivants. Il se réveille quand le jour se lève et ne voit aussi loin que son regard peut porter, qu'une mer vide de toute présence humaine. Il lutte contre le désespoir et continue à se maintenir à flot. Finalement, il atteindra un récif rocailleux, de taille réduite et sans la moindre végétation, où il prendra pied et devra se maintenir dans l'espoir d'être bientôt vu par un bateau qui passerait. Il s'épuise à assurer sa survie dans des conditions et par des moyens que vous découvrirez, subit l'assaut d'une tempête, et pendant tout ce temps dont nous ne mesurons pas la durée, les souvenirs affluent et il revoit les passages marquants de son existence.
   
   A partir de ce moment-là, le regard du lecteur change un peu, car il découvre que ce Chris Martin auquel il est déjà attaché et pour lequel il tremble depuis plusieurs dizaines de pages, est un triste individu, ou pire encore, et alors, à moins que vous soyez un de ces esprits simplistes qui concluront sans ambages que dans ces conditions, cela n'a pas d'importance qu'il meure ou non, vous vivrez de l'intérieur une expérience bien plus complexe qui est celle d'espérer fortement la survie d'un être qu'on n'aurait aucun désir de fréquenter, ni même de connaître plus avant, simplement parce qu'il est un homme, ou même simplement parce qu'il est une vie.
   
   "Il regarda la mer calme.
   - Je ne prétends pas être un héros. Mais j'ai la santé, l'éducation, l'intelligence. Je te vaincrai.
   La mer ne répondit pas. Il s'adressa un sourire un peu ridicule.
   - J'avais seulement l'intention d'affirmer que je suis résolu à survivre. Et bien entendu, c'est à moi que je parle." (90)

   
    La chute, extrêmement surprenante et que vous devez absolument empêcher quiconque de vous divulguer, apporte un tout nouveau regard sur tout ce qui a été lu auparavant, mais sans l'effacer. C'est cela qui est remarquable. Une histoire ne remplace pas l'autre, mais les deux coexistent. Une grande réussite romanesque.
   "Mais, au-delà de ce chaos, la réalité sera toujours là et il y aura encore un pauvre fou accroché à un rocher en plein milieu de la mer." (206)
   
   On a dit que c'était le roman le plus "existentiel" de Golding et les exégètes disputent encore sur ses interprétations. C'est un roman remarquable en tout cas, et à plus d'un titre, extrêmement original, et qui manifeste une maitrise admirable de l'art littéraire. William Golding n'a pas volé son Nobel. C'était un grand écrivain, et les foules moutonnières qui n'ont gardé de lui que le retentissant "Lord of the flies", ont bien tort. Il a produit d'autres chefs-d’œuvre, comme ce "Chris Martin" par exemple, mais qui ne pouvant eux, être du tout accessibles par une lecture superficielle, ont eu, forcément, un lectorat plus réduit. C'est fatal.
   
   Pour conclure, je rappelle ce que l'auteur disait dans "Cible mouvante" :
   "Ce qu'est l'homme, tout ce qu'il est sous l'œil de Dieu, voilà ce que je brûle de savoir et ce que – je ne le dis pas à la légère- je supporterais de savoir. Les sujets qui s'accordent le mieux avec mon but et mon imagination sont nés de cette préoccupation ; ils ont fait en sorte que je puisse me rapprocher un peu de cette connaissance. Ils ont eu pour thème l'homme aux abois, l'homme essayé comme un matériau, mis en laboratoire et utilisé pour détruire, l'homme isolé, l'homme obsédé, l'homme se noyant dans la mer au sens propre ou dans la mer de sa propre ignorance." (259)
   
   ou encore :
   "Chris martin, je l'ai écrit et récrit avant même de savoir ce dont il était question. Evidemment, si l'on m'interroge sur ce livre, je suis obligé de m'embarquer dans une interprétation théologique qui m'ennuie autant qu'elle ennuie mon interlocuteur."(214)

critique par Sibylline




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