Lecture / Ecriture
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Amsterdam de Ian McEwan

Ian McEwan
  Samedi
  Les chiens noirs
  Le jardin de ciment
  Délire d'amour
  Un bonheur de rencontre
  Sur la plage de Chesil
  Expiation
  Solaire
  L'enfant volé
  Opération Sweet tooth
  Amsterdam
  L'intérêt de l'enfant
  Dans une coque de noix

Ian McEwan est un romancier et scénariste britannique né en 1948.

Amsterdam - Ian McEwan

Un livre étrange
Note :

   A l'enterrement de leur amie et ex-maîtresse Molly, Clive et Vernon se retrouvent. La cérémonie impersonnelle a été orchestrée par le veuf, autrefois très possessif. Est également présent Garmony, ministre réactionnaire, autre amant de Molly.
   
   Nostalgiques de leurs jeunes années et de leurs aventures passées, Clive et Vernon sont à un tournant de leur vie : leur obsession pour leur travail, leur étroitesse d'esprit et leur manque de clairvoyance vont bientôt les conduire à leur perte.
   
   Vernon est patron d'un journal dont les ventes s'érodent. Il est alors contacté par le mari de Molly qui lui remet des clichés compromettants du ministre Garmony : voilà qui pourrait permettre au journal de remonter la pente. En bon businessman, Vernon est convaincu de devoir saisir cette opportunité et ne s'embarrasse pas de questions d'éthique, contrairement à Clive choqué par l'attitude de son ami.
   
   Quant à l'artiste Clive, il peine à trouver l'inspiration pour une symphonie du millénaire et s'en va dans la région des Grands Lacs. Lors d'une promenade, il assiste à l'agression d'une femme sans rien faire car il vient de trouver une suite à son œuvre. Vernon lui apprend plus tard qu'il s'agissait du violeur des Grands Lacs et le somme de se rendre à la police pour témoigner.
   
   En quelques étapes décisives sur lesquelles il ne sera pas possible de revenir, l'amitié entre Clive et Vernon est mise à l'épreuve avant de s'effriter inéluctablement. "D'autres pensées l'en distrayaient de temps à autre, et par moments il se mettait à lire, mais tel fut le thème qui accompagna son voyage vers le nord : le long et minutieux réexamen d'une amitié" (p 101).
   
   Froidement orchestré autour de personnages "marionnettes", ce roman offre un bien curieux exercice littéraire. Ne vous attendez pas à vous attacher aux personnages, ce n'est pas le propos ici. J'ai pour ma part passé un très bon moment avec ce livre original dans lequel tout un univers s'écroule comme un château de cartes à partir d'une série de choix malheureux. On pourra sans doute reprocher à Ian Mc Ewan d'avoir livré une construction artificielle mais "Amsterdam" ne manque pas d'intérêt. Malgré quelques maladresses, le récit ne manque pas d'anecdotes marquantes. Un passage m'a notamment interpelée. Alors que Vernon s'apprête à savourer son triomphe la veille de la publication de choc qui devrait signer la fin de la carrière politique de Garmony, le responsable de la rubrique nécrologique lui tend un papier : "Il devait s'agir du papier qu'on lui avait demandé de préparer au cas où Garmony se flinguerait" (p 161). Et le récit est en effet bien souvent cynique.
   
   Je ne peux que vous recommander de découvrir ce livre original à votre tour. Il me donne envie de poursuivre ma découverte de l’œuvre de Mc Ewan, c'est certain!
    
   Quelques citations relevées ici ou là :
   
   "Il aurait pu couper à ses obligations en évoquant la liberté de l'artiste, mais semblable arrogance lui était odieuse. (…) Ces gens-là – les romanciers étaient de loin les pires – parvenaient à convaincre leur entourage que non seulement leur temps de travail, mais la moindre de leurs siestes et de leurs promenades, leurs accès de mutisme, d'abattement ou d'ivrognerie étaient couverts par l'immunité des grands desseins. Un masque pour la médiocrité, estimait Clive" (p 94).
   
   "Malgré le froid, il ouvrit grand la fenêtre pour pouvoir respirer, tout en défaisant ses bagages, l'air hivernal caractéristique de la région des lacs – eau de tourbières, roche mouillée, terre moussue" (p 101).
   
   "Chez ceux qui remâchent une injustice, on voit parfois l'appétit de vengeance se dissimuler ainsi, commodément, sous le sens du devoir" (p 213).

critique par Lou




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