Lecture / Ecriture
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Julian Corkle est un fieffé menteur de D.J. Connell

D.J. Connell
  Julian Corkle est un fieffé menteur

Julian Corkle est un fieffé menteur - D.J. Connell

«Brille, brille, Chéri-chéri!» *
Note :

   Savez-vous où se trouve la Tasmanie? Sinon, allez vite demander à votre ordinateur, vous découvrirez comme ce coin de terre est loin de nous. L'action se passe à Ulverston. J'ai tapé Ulverston sur Google Map, puis "Street view" et le hasard m'a projetée dans une rue d'apparence américaine où l'on voyait marcher un garçon en short long vert cru et T-shirt blanc. Il aurait parfaitement pu être le héros de ce roman, aussi je décidai que c'était lui. Et je le vis mieux encore dans son décor. Le roman avait fait un bond dans la réalité...
   Tout cela pour dire que si internet ne vous enrichit pas l'esprit, c'est de votre faute, pas de la sienne.
   
   Mais revenons à notre roman. Julian Corkle nait dans une famille qui comprend déjà un fils et une fille. Il est tout de suite le préféré de sa mère alors que les deux autres sont les préférés du père. Père qui manifestera toujours un rejet de Julian qui n’est "pas comme les autres", rejet qui ira souvent jusqu'à se moquer de lui en public (la scène du manège). Il faut dire que Julian est en effet "pas comme les autres" et pas dans le genre discret. Dès son jeune âge, c'est avec ses copains qu'il tient absolument à jouer au docteur, alors que les filles n'éveilleront jamais le moindre intérêt chez lui.
   
   Heureusement pour lui, il est par contre adoré par sa mère qui a toujours vu en lui une super star en devenir et qui l'a soutenu quoiqu'il fasse. Elle le bourre de gâteaux et notre Julian ne tarde pas à devenir "enveloppé", pour le moins. Mais ce qui éclate chez ce gamin que nous allons suivre pendant tout le roman, c'est un formidable appétit de vivre, une confiance en lui inébranlable et un formidable optimisme. Quelle que soit la galère (et il y en aura) Julian croit en sa destinée. Il est-sera une star. (Et il a raison, quand on ne peut pas être comme les autres, mieux vaut déclarer qu'on est mieux.) Menteur éhonté et invétéré, jamais découragé, doté d'un culot monstre, il va toujours de l'avant avec une assurance qui ne s'appuie sur rien. J'ai admiré cette attitude entièrement tournée vers la vie.
   
   Pourtant la vie n'est pas facile pour Julian, qui à l'entrée au secondaire déménage pour Hobart, à l'autre bout de la Tasmanie, perdant amis et amours d'enfance. L'arrivée parmi les autres élèves de ce petit gros efféminé à lunettes, alors que l'homosexualité est carrément illégale dans le pays et vous mène directement en prison, est tout sauf facile. On imagine quel genre de mentalité populaire se trouve derrière ce genre de lois. On pense à Eddy Bellegueule. Il lui faut absolument simuler, d'ailleurs de tout le livre, même en famille, les choses ne seront jamais dites clairement (forcément, ce serait risquer l'arrestation). Au lycée, Julian fait illusion un temps mais la pression est si forte qu'il finit par carrément renoncer à ses études et aller de boulots minables (et souvent étranges) à d'autres. Il a 15 ans. A ce moment-là, le lecteur sent souffler le vent de l'échec et réalise à quel point il serait facile que ce jeune fan de Bowie, sans culture ni soutien familial, voie sa vie gâchée s'embourber définitivement...
   
   Toute la partie sur l'enfance est gaie (et souvent drôle), la fantaisie du gamin ne se laisse stopper par rien. Le drame approche son ombre à l'adolescence quand la société n'admet plus ses différences. Je vous laisse découvrir si Julian deviendra une star ou un laisser pour compte.
   
   Rien de plus juste que le titre. Julian est bien un fieffé menteur, mais il faut dire que sa nature créative et imaginative n'est pas seule en cause. Il a aussi dû développer dès le plus jeune âge ses mécanismes de défense. C'est une société dont la virilité est une base, occulte mais puissante. Ainsi l'homosexualité masculine est-elle pourchassée. L'homosexualité féminine, si elle prend l'apparence d'une attitude virile, est moins honnie, et puis sans doute, comme c'est souvent le cas, ces machos ne croient-ils pas vraiment à son existence. Si vous lisez ce roman, vous comprendrez pourquoi je vous raconte tout cela. Et justement, je voulais vous dire que vous devriez le lire, ça tombe bien.
   
   
   Extrait :
   
    « La Tasmanie a des lois contre "ce genre de choses" et elles sont les plus effrayantes de toute l'Australie. A Saint-Kevin, on nous en a parlé en classe d’hygiène. Sur le ton grave de l'avertissement. Selon la législation, les homosexuels encourent la même peine que les gens qui violent les animaux. Un homme pris à coucher avec un autre homme risque jusqu'à vingt-cinq ans de prison. Les voleurs de voitures et les meurtriers s’en tirent mieux.»
   (On n'en est plus là, mais ce n'est qu'en 1997 que la Tasmanie a été le dernier État australien à dépénaliser les relations sexuelles entre hommes adultes consentants.)
   
   "j'observe mon père et John (son frère) ils ne sont ni drôles ni spéciaux. Juste normaux, c'est à dire étroits d'esprit et méchants."

   
   
   * Ce que sa mère lui répète constamment depuis toujours.

critique par Sibylline




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