Lecture / Ecriture
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Dans les yeux des autres de Geneviève Brisac

Geneviève Brisac
  V.W. (Le mélange des genres)
  Week-end de chasse à la mère
  Pour qui vous prenez-vous ?
  Dans les yeux des autres
  Vie de ma voisine

Geneviève Brisac est une écrivaine et éditrice française née en 1951 à Paris.
Elle a reçu le prix Femina en 1996 pour son roman "Week-end de chasse à la mère".


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Dans les yeux des autres - Geneviève Brisac

Une écriture ample et belle
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   "Elle sent en elle les milliers de feuilles de livres lues et déposées en elle comme un terreau, comme un engrais."
   

   Anna relit ses carnets, revit ses amours et ses désillusions. N'ayant écrit qu'un seul roman, elle a quitté la scène littéraire et ses petits maîtres (dont l'auteure brosse un portrait vachard) et, ce qui faisait sa vie vingt ans auparavant: l'engagement politique.
   
   Démunie, elle loge chez sa sœur Molly qui, même "cabossée", continue à militer, mais par le biais de son travail de médecin dans un dispensaire. Entre elles, une relation complexe, des hommes, mais surtout une mère excentrique qui essaie toujours de tirer la couverture à elle, d'attirer l'attention: Méline.
   
   Portrait d'une génération aventurière et pleine de vie, "Dans les yeux des autres" fait la part belle à l'idéal, l'humour, le tout saupoudré d'un soupçon de mélancolie. On retrouve ici avec plaisir l'écriture ample et belle de Geneviève Brisac, qui, par son sens de l'observation, comme les romancières anglaises, sait être au plus près du quotidien : "Une urgence vous prend d'être à la maison, de sentir l'odeur de renfermé de la maison, d’ouvrir les fenêtres et le courrier : de désengourdir l'air. On voit certaines personnes qui, des dizaines de kilomètres avant la gare d'arrivée, rangent leurs affaires, remettent leurs vestes, sortent le ticket du métro qui les ramènera chez elles."
   
   Nulle mièvrerie dans sa description des rapports humains mais une réelle empathie qui n'exclut pas le regard critique. Un bilan de vie salé-sucré mais un roman enthousiasmant!
   
   306 pages constellées de marque-pages.
   
   
   Présentation de l'éditeur :
   
   "Dans les années 70, deux sœurs défilaient dans les rues de Paris en chantant des slogans, et vibraient en entendant le mot "Camarades". Anna Jacob a quinze ans quand, pour la première fois, elle se rend à un meeting avec sa sœur Molly. De leurs combats avec leurs compagnons Marek et Boris qui les mèneront jusqu’au Mexique pour entrer dans la lutte armée, Anna va tirer un livre. Molly ne lui pardonnera pas de s’être approprié leur histoire pour en faire un roman. Pour Anna, la Révolution se pense, se rêve et s’écrit. Pour Molly, se révolter, c’est se frotter à la rugosité du quotidien."

    ↓

critique par Cathulu




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Un regard lassé
Note :

   Geneviève Brisac aura mis huit ans à écrire ce roman directement inspiré deu "Carnet d’or" de Doris Lessing. Inspiré et transposé dans la France des années soixante et soixante-dix. Mêmes prénoms pour les deux sœurs Anna et Molly. Trame générale comparable.
   
   Le regard des autres dont il s’agit ici est celui des femmes, ces deux sœurs qui se regardent désormais en chiens de faïence alors qu’elles auront tout partagé dans la France libre et révolutionnaire, partant jusqu’au Mexique pour participer là-bas aussi aux activités militantes et à une sorte de guérilla politique avec leurs compagnons et une mère hystérique. Après une jeunesse fusionnelle, faite d’admiration mutuelle, auprès de deux amants devenus des héros, l’un mort en prison, l’autre connu pour son engagement politique, la vie et un drame personnel, que nous finirons par découvrir, ont fini de les projeter l’une contre l’autre.
   
   L’une est devenue médecin, bien ancrée dans sa vie malgré une rupture amoureuse difficile avec son compagnon de toujours. L’autre ne s’est jamais remise de la mort de son homme mais, aussi et surtout, d’une blessure narcissique beaucoup plus sournoise. Elle est devenue une écrivain célèbre mais vivant de plus en plus à côté d’elle-même, complètement sous la coupe d’une mère aussi tyrannique que sans-gêne.
   
   Le regard des autres c’est aussi celui que celles et ceux qui nous entourent portent sur nous. Un regard qui peut pousser à se fondre dans un groupe au nom d’une idée ou d’une idéologie comme il peut pousser à l’ostracisme voire aux blessures physiques pour celui qui va se retrouver l’objet de toutes les accusations lorsqu’il faut un bouc émissaire, que plus rien ne va, qu’aucune explication rationnelle ne justifie ce qui se passe.
   
   C’est tout cela que tente de nous montrer Geneviève Brisac. Tente, car le récit manque cruellement de fluidité au point que l’on met quelque temps à comprendre qui est qui, qui joue à quoi et avec qui. Un récit très daté, dans une France désormais oubliée, celle de tous les possibles qu’ouvrait la révolution libertaire de Mai 68. C’est sans doute aussi, le temps et la distance aidant, ce qui explique cette impression permanente de flouté et de flottement dans le déroulé de ce roman.
   
   Selon sa sensibilité, on y adhérera ou non. Pour ma part, je m’y suis profondément ennuyé la plupart du temps à l’exception notable de la truculente scène où, débarquées dans un atelier d’écriture situé dans un ancien asile psychiatrique, la mère va s’emparer brillamment du rôle que sa fille était censée tenir, profitant de son désarroi, de sa dépression et usant de son culot habituel. Une scène qui sauve le roman d’un oubli total mais qui n’en fait pas pour autant une réussite…

critique par Cetalir




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