Lecture / Ecriture
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Madame Diogène de Aurélien Delsaux

Aurélien Delsaux
  Madame Diogène

Madame Diogène - Aurélien Delsaux

Solitude et psychiatrie
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   Voici la rentrée littéraire et un premier roman choc pour un jeune auteur, Aurélien Delsaux.
   Avec beaucoup d'audace, il nous plonge dans les abîmes de la folie que côtoie une femme dont on se sait rien.
   Le lecteur n'en connaîtra pas davantage à la fin du livre.
   Au plus devinera-t-il, au hasard d'une phrase ou d'un regard posé sur une photo vieillie que la vie avait des rimes et des couleurs pour elle, avant.
   
   Alors pourquoi et comment en est-elle arrivée à se terrer dans un appartement qui ressemble plus à un dépotoir qu'à un nid douillet?
   Au fil du temps, sans raison elle s'est retirée du monde, se négligeant avec la volonté d'oublier le monde.
   Elle a apporté chez elle tout ce qu'elle trouvait dehors, immondices ou achats, entassant et creusant des terriers où elle déambule et se perd à longueur de journée.
   Elle écoute l'agitation de la rue à travers une vitre qu'elle ouvre ou ferme au gré de ses lubies, invectivant sa haine et sa peur contre le monde qui l'entoure.
   A jamais égarée dans sa solitude morbide, cette femme n'a plus de passé, ne représente plus rien.
   
   A travers une maladie psychiatrique, le syndrome de Diogène, Aurélien Delsaux dépeint le désarroi et la solitude extrême d'une femme face à l'indifférence et l'incompréhension des gens.
   C'est un ultime saut dans le vide.
   
   Par son style net et précis, ce livre peut déranger par la façon dont les thèmes de la solitude, de la folie sont évoqués.
   
   Mais à tous les coups c'est fort.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Gros malaise...
Note :

   Une vieille femme vit recluse dans son appartement. A l'intérieur, elle s'est construit un abri fait de bric et de broc : des vieux journaux, des immondices qui traînaient, un vrai terrier. Elle ne sort plus de chez elle, est harcelée par les voisins qui ne supportent plus ni les odeurs absolument nauséabondes qui sortent de l'appartement ni la prolifération des cafards et autres vermines qui pullulent et visitent tous les appartements.
   
   Petit roman (heureusement!) fort bien écrit, même si quelques phrases m'ont posé question, que je trouve bancales, mal construites ou pour le moins maladroites, comme par exemple : "... elle est montée sur une pile de cageots, sur quoi elle avait jadis posé le yucca. Il est tombé voilà longtemps, le pot se brisa." (p.21) Le reste est franchement travaillé, de longues phrases (ce qui peut sans doute expliquer les maladresses dont je parle, écrire une longue phrase n'est pas toujours aisé), très ponctuées, comme j'aime.
   
   Mais le propos est sombre, gris comme la poussière et le moisi de l'appartement, rouge comme le sang que la vieille voit s'étaler sur la route suite à un accident et noir. Franchement noir. Pas d'espoir. Madame Diogène sombre dans la folie, la paranoïa la plus totale, pas une once de lumière dans ce récit, parfois, rarement, un simple rai sous la porte. Notons tout de même de belles pages sur la perte de l'écriture, du langage :
   
   "Elle voudrait y dessiner les lettres du tract abandonné, non les mots qu'elle n'a pas lus, mais la forme des caractères, traits croisés, superposés, ronds, lignes courbes, diagonales, droites perpendiculaires ou parallèles, et la verticalité des points d'exclamation, et le soleil noir abandonné à leur base, comme une larme, comme un cratère, comme le trou où tout finit. Elle joint ses doigts, sa main contractée fait une grosse araignée, elle trace des lignes verticales, épaisses et grasses. Ce sont des barreaux, des poteaux électriques, des potences, des chemins qui tombent sans aller vers rien, des troncs nus, sans branche ni racine." (p.87/88)
   

   Même lorsque les phrases sont belles, l'ambiance est délibérément noire, opaque, glauque dirais-je même, si l'on isole les mots ou les expressions de ces deux phrases, on flirte avec le désespoir total, le néant : "soleil noir", "larme", "cratère", "trou où tout finit", "barreaux", "poteaux", "aller vers rien", "des troncs nus". Et ce ne sont que deux phrases, longues certes, mais on est loin de la totalité du livre! Il faut avoir bon moral pour aller au bout de cette lecture, c'est la raison pour laquelle je disais "heureusement" tout à l'heure pour le petit nombre de pages (138), plus serait un calvaire! Déjà que j'ai failli abandonner avant la fin, mais je me suis accroché ; ça m'a rappelé une lecture terrible que j'avais faite -pas jusqu'au bout- de Chloé Delaume, "Dans ma maison sous terre", un des rares bouquins que je crois même avoir jeté!
   
   Madame Diogène ne met pas à l'aise, ce livre dérange, déstabilise, et je ne le conseille qu'aux gens optimistes de nature, comme moi. Une femme qui me hantera sans doute dans un bouquin qui laisse comme un goût de "je ne sais pas si j'ai aimé" et qui devrait faire sensation dans cette rentrée littéraire. Aurélien Delsaux signe là son premier roman. Et il a une belle plume.

critique par Yv




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