Lecture / Ecriture
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Les indomptées de Nathalie Bauer

Nathalie Bauer
  Les indomptées
  Les complicités involontaires

Nathalie Bauer est une écrivaine et traductrice française née en 1964 à Paris.

Les indomptées - Nathalie Bauer

Saga familiale, et puis c'est tout !
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
    Si je dis saga familiale, cela devrait suffire aux amateurs car découvrir soi-même les péripéties d'une histoire fait partie des plaisirs du genre. Tout du long, on passe sans heurts de l'année 1987 qui voit les sœurs Noélie et Julienne, et leur cousine Gabrielle accueillir dans leur domaine la jeune Zoé, aux premières décennies du 20ème siècle coupées en deux par la première guerre mondiale.
   
    L'auteur s'est inspirée en partie de l'histoire de sa famille, insérant des photos anciennes dans le texte (ça j'aime beaucoup) et se focalise quasi entièrement sur les femmes, pas toutes indomptées d'ailleurs, la plupart se coulant "dans les sempiternels moules - le bon vouloir d'un homme, le mariage, l'enfantement, le soin d'une maison, les travaux d'aiguille, ou encore la dévotion, le patronage."
   
   J'ai beaucoup aimé l'évocation de cette grande propriété pas loin de Rodez, presque hors du temps (au début), au point de commencer à décrocher à la fin quand l'une des héroïnes part à Paris... La grande Guerre a vraiment constitué un tournant pour les gens, et pas du tout le changement de siècle...
   
    Fort heureusement l'auteur a évité l'écueil de bien des sagas, à savoir trop détailler les événements historiques: là, non, le lecteur est censé se débrouiller, et c'est bien ainsi. Et il n'y a pas de "secrets de famille lourds à porter", ouf!
   
    Pour terminer, un petit passage, pour essayer de montrer pourquoi j'ai vraiment aimé l'écriture souple et belle de Nathalie Bauer, qui sert merveilleusement cette histoire.
   
    "Au cours des quatre années qui suivirent les noces d'or de leurs grands-parents, les jeunes filles de la famille continuèrent de grimper sur les arbres du verger et de s'y déployer, comme des fleurs tardives précédant l'arrivée des fruits. Dès qu’elles se mariaient, en effet, la passion pour l'air, la hauteur et la nature qui avait favorisé leurs rêves prenait fin à leur insu, ou presque : tout simplement, il ne leur venait plus à l'esprit de gâcher leurs jupes contre l'écorce ni de contraindre leur corps à adopter des positions inconfortables, ni même de contempler le ciel à travers le feuillage ou les pans de cotonnade qu'elles y avaient suspendus. Elles descendaient un jour de l'arbre dont elles connaissaient le moindre creux, la moindre branche, et n'y remontaient plus; parfois, au cours des promenades qu'elles effectuaient au début de leur union en compagnie de leur époux, elles s'y adossaient le temps d'un baiser ou d'une étreinte, mais c'était comme par mégarde, en vertu d'une habitude qu'on ne s'explique plus, et pas un instant elles ne songeaient à gratifier d'un regard ou d'une caresse le rugueux compagnon de leur ancienne vie."

critique par Keisha




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