Lecture / Ecriture
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La fractale des raviolis de Pierre Raufast

Pierre Raufast
  La fractale des raviolis
  La variante chilienne

La fractale des raviolis - Pierre Raufast

1000 histoires pour le prix d'une
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
    "J'aurais du prendre cette décision beaucoup plus tôt.
    Mais tuer son premier amour - fût-il le plus abject des êtres- mérite toujours un temps de réflexion, d'acceptation et de préparation. Ne pas le rater. Ne pas être soupçonnée. Ne pas perdre l'assurance-vie."
   

    La vengeance est un plat qui se mange froid, mais pas lorsqu'il s'agit de raviolis. Cependant l'ingrédient ajouté à la recette ne doit pas être ingéré par l'innocent bambin de la voisine; alors que faire?
   
    Encore un exemple de roman lu uniquement (ou presque) à cause du titre. Lu? Englouti en une toute petite soirée (jeudi, c'est raviolis) avec délectation. Il m'a fallu des nerfs d'acier pour résister à l'habile construction en récits enchâssés façon matriochka qui voyaient à chaque fois le dénouement d'un suspense quasi insoutenable renvoyé à plus loin. Ayant côtoyé les pestiférés, les rats taupes, les stratèges de l'armée, suivi les traces d'un fabuleux rubis, découvert le syndrome de Sheridan, fait connaissance de l'Arnaqueur des cimetières, enfin j'ai su si le petit Théo échappa à la mort raviolesque!
   
   Premier roman d'un chouette conteur qui a de l'imagination sous la pédale. Une question demeure : qu'est devenu le rubis?
   
   
   Quatrième de couverture:
   
   "Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s'approche l'instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l'action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Tout ébaubi de voir tant de pays, on découvre les aventures extraordinaires d'un jeune garçon solitaire qui, parce qu'il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d'un gardien de moutons capable de gagner la guerre d'Irak ; les canailleries d'un détrousseur pendant l'épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes. Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l'improbable."

    ↓

critique par Keisha




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Avec un certain goût pour le gore
Note :

   Motivée par une amie, j'ai emprunté illico "La Fractale des raviolis" à la biblio! J'ai bien fait, même si tout n'est pas parfait (que de rimes, que de rimes!)
   
   "Je suis désolé, ma chérie, je l'ai sautée par inadvertance."
   

   Avec cet incipit d'enfer, il est clair que ce roman à multiples facettes avait tout pour me plaire. Il débute par un couple en fâcheuse position, à savoir : l'épouse désire commettre le crime parfait sur son mari infidèle et empocher la prime d'assurance qui va avec. Malheureusement pour elle, le petit voisin s'invite au dîner empoisonné et notre future criminelle a tout de suite mauvaise conscience. Alors on quitte le trio sur ce suspense insoutenable (va-t-elle tuer son mari et l'enfant aussi?) pour un souvenir olé olé de la donzelle avec son père etc.
   
   Les histoires s'imbriquent les unes aux autres à l'aide d'un détail ou d'un personnage : telles des poupées russes, on les découvre en laissant en chemin un bout des anciennes inachevées. Puis on recolle les morceaux en remontant l'histoire en sens inverse. Ce roman est une sorte de jeu d'enfant : on déconstruit pour rebâtir derrière.
    Le titre résume assez bien le procédé même si, ici, le mot fractale n'est pas employé de façon mathématiquement correcte (puisque cet objet géométrique est la conséquence physique d'un phénomène qui se répète à l'infini, quelle que soit l'échelle considérée). Là, malheureusement, l'histoire s'arrête et je dirais même que le procédé s'estompe bien avant le dénouement (à mon grand regret)!
   
    Bien sûr, Pierre Raufast tient en haleine son lectorat, même s'il l'éloigne provisoirement du couple originel. Il décrit différents protagonistes (en particulier, des criminels de la pire espèce, dont un clone de Jean-Baptiste Grenouille, tueur en série du très grand "Le parfum" de Patrick Süskind) et montre un certain goût pour le gore. Les portraits relancent à chaque fois l'intrigue, qu'on ne voit pas passer (et c'est bien un avantage indéniable : le bouquin se lit à la vitesse grand V et est adapté à tout type de lecteurs : les assidus, les occasionnels, les pas motivés, les avides).
   
   Après, ce qu'on en retiendra?
   
   Un moment agréable de lecture, une dispersion de l'intrigue et surtout un beau foutage de gueule (parce que l'auteur avec une pirouette monumentale n'a pas délivré tous les secrets : comme cela, il ne risque pas la sentence de la logique et surtout de devoir résoudre tous les mystères proposés dans l'intrigue!). Pierre Raufast semble profiter de "La fractale des raviolis" pour tester différents registres littéraires (la SF, le thriller, la littérature du XVIIIème, ...) sans chercher à convaincre. Il s'amuse, nous distrait, nous fait parfois sourire et c'est relativement satisfaisant!
   
   Mais, à trop vouloir en faire, il pose une fin grandiloquente plus que bâclée (plus exactement, du rubis aux raviolis) et assez frustrante! Du coup, une étoile envolée (oui, je reste intraitable, même en cas de première œuvre).
   
   En bref : bien mais peut largement faire mieux!
    ↓

critique par Philisine Cave




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Bon appétit !
Note :

   Le mot "fractale" vient du latin "fractus" qui signifie "brisé". En effet, une fractale est un objet géométrique "infiniment morcelé" dont des détails sont observables à une échelle arbitrairement choisie.
   
   De ce terme, je ne connaissais que leur créateur Mandelbroot ainsi que les images obtenues qui faisaient la joie des découvreurs informatiques (qui n’étaient pas encore des geeks) dans les années 80.
   
   Il y a quelque chose d’oulipien dans ce texte. Ne serait ce que par le titre choisi et les références qu’il induit.
   
   Comment se venger d’un mari volage? En l’empoisonnant avec son plat préféré. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est tout un engrenage qui se met en place.
   
   C’est un collage, un marabout d’ficelle qui tient très bien la boucle. Déjà, rien que par son accroche :  « "Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance." Je comprends que l’on puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par curiosité, par habitude, par intérêt, par gourmandise, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. »
   Avouez que pour une déclaration d’ouverture, ça en jette !
   
   Cela me rappelle beaucoup Bernard Quiriny, c’est léger, ça se lit sans faim, sans fin ? Et quoi de mieux en cette période que de commencer à faire carême ?

critique par Le Mérydien




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