Lecture / Ecriture
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Mali Ô Mali de Erik Orsenna

Erik Orsenna
  La grammaire est une chanson douce
  Portrait du Gulf Stream
  L'avenir de l'eau
  L'Entreprise des Indes
  Sur la route du papier
  La chanson de Charles Quint
  Madame Bâ
  Mali Ô Mali
  La Fontaine Une école buissonnière

Erik Orsenna est le nom de plume d'Erik Arnoult, écrivain et académicien français né en 1947 à Paris. Il est Académicien depuis 1998.
Son pseudonyme est tiré d'un roman de Julien Gracq : c'est le nom de la vieille ville du "Rivage des Syrtes".

Mali Ô Mali - Erik Orsenna

Mal au Mali
Note :

   Et voilà que, 11 ans après "Madame Bâ", nous retrouvons "La Grande Royale" qui ne s'est pas bonifiée avec l'âge. Nous la découvrons dans son petit appartement de Villiers-Le-Bel (dans le 9-5) où d'entrée de jeu, une délégation de femmes africaines vient lui apporter un billet d'avion pour Bamako et lui enjoindre de se rendre au Mali pour sauver le pays. Rien de moins. Celle qui n'a pas besoin de trop se forcer pour s'identifier à Jeanne d'Arc (elle entend d'ailleurs déjà des voix, mais c'est celle de son défunt mari) ne se fait pas trop prier et se rend sur les lieux pour constater l'ampleur des dégâts. Le pays subit les assauts des intégristes islamistes qui en ont déjà envahi une partie, les meurtres se multiplient, les populations fuient abandonnant le peu qu'ils possèdent. Partout règnent la corruption, le népotisme et le laisser-aller. Madame Bâ saura-t-elle sauver le Mali?
   
   Son petit-fils, Michel, dont nous avions fait connaissance dans le 1er volume, et qui s'est vu offrir un billet est lui aussi du voyage. Rapidement rebaptisé Ismaël pour être plus en phase avec l 'Afrique, il servira de griot. C'est lui qui, ne quittant pas Madame Bâ d'un pas, documentera son voyage et en diffusera le récit et la légende sans laquelle rien ne se fait sur le continent. Le récit changera ainsi de narrateur au cours de son déroulement, passant de l'un à l'autre sans avertissement, mais sans perdre son lecteur néanmoins.
   
   Dans un premier temps, hébergée chez des parents, Madame Bâ observe ; dans un second temps, elle analyse et énumère les plaies du pays et les 4 règles qui le sauveraient. En tête de ces règles : le contrôle des naissances, préliminaire indispensable à toute amélioration. Sous les livres de classe : les contraceptifs. Et vous imaginez bien que cela ne passe pas tout seul. Par ailleurs, les nouvelles des zones sous contrôle de la charia, sont dramatiques, aussi après un passage dans un camp de réfugiés, notre héroïne, toujours flanquée de son griot, décide-t-elle de s'y rendre sans plus attendre pour ouvrir une classe. Officiellement du moins, ce qui ne va déjà pas tout seul. Quand la dite classe se double d'une information contraceptive clandestine... Madame Bâ se retrouve au cachot et le bourreau commence à aiguiser son couteau. Le tout est émaillé de dialogues et de scènes hauts en couleurs, de dons paranormaux de la Jeanne d'Arc africaine qui n'entend pas que la voix de son époux, d'un animisme virulent et de multiples péripéties pas toutes rationnelles (Descartes est loin, il ne supporte pas le climat).
   
   Pour ma part, j'ai beaucoup de mal à accepter le caractère de l'héroïne qui me paraît traiter les autres avec beaucoup de grossièreté, mais je peux la supporter pendant 400 pages si on me livre en échange une histoire qui ne languit pas et pas mal d'infos sur ce pays où notre armée se trouve et où il se passe des choses que nous avons ici, un peu de mal à suivre ou comprendre.
   
    Alors, Madame Bâ a-t-elle sauvé le Mali? Allez le demander à votre journal.
   
   
   Clin d’œil : Erik Orsenna se donne un petit rôle dans son propre livre et Madame Bâ le rencontre et ne se prive pas de lui faire savoir sa façon de penser (elle ne s'en prive jamais d'ailleurs).

critique par Sibylline




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