Lecture / Ecriture
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Trente-six chandelles de Marie-Sabine Roger

Marie-Sabine Roger
  La tête en friche
  Il ne fait jamais noir en ville
  Les encombrants
  Bon rétablissement
  Dès 04 ans: Tout Blanc
  Trente-six chandelles
  Vivement l'avenir
  Dans les prairies étoilées

Marie-Sabine Roger est une écrivaine française née en 1957.

Trente-six chandelles - Marie-Sabine Roger

Tout sublimer par la fantaisie
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   Un roman commençant par un chapitre intitulé "Morty meurt" parce que le héros se prénomme Mortimer, voilà qui me fait sourire mais quand j’apprends que son nom est "Decime" pour "Décimé" parce que son destin familial lui prédit la mort à 36 ans, le jour même de son anniversaire, comme c’est arrivé à tous ses père, grand-père, arrière-arrière-grand-père avant lui, voilà qui m’intrigue et me donne envie de connaître une histoire aussi étrange et je ne suis pas déçue: je suis allée de surprises en étonnements et j’ai refermé le livre dans un tel état de bonne humeur que je le recommande à tous ceux qui se sentent déjà déprimés par la rentrée qui s’annonce.
   
    C’est comme un bonbon plein de vitamines ce récit!
   
    J’ai éprouvé les mêmes réactions qu’en voyant le film d’Étienne Chatiliez: "La vie est un long fleuve tranquille". Mêmes situations cocasses de départ, mêmes personnages décalés et attendrissants, mêmes bons sentiments malgré des vies tristes qui auraient pu sembler misérables sans la volonté de la romancière de tout sublimer par la fantaisie, l’humour et un style léger et rapide qui empêche le sentimentalisme et les larmes que certains passages pourraient provoquer.
   
   Mortimer, donc, en grand habit de deuil, allongé sur son lit, dans un appartement impeccable dont il a résilié le bail, attend sa mort annoncée de longue date, à laquelle il est sûr de ne pouvoir échapper. C’était compter sans l’intervention de Paquita, son ange gardien, sa grande amie protectrice, devenue crêpière et qui, avec Nassardine, son amour de mari, forme sa vraie famille de cœur.
   
   Ce n’est que le début de tout un défilé de personnages fantasques et touchants dont Jasmine, la touche-à-tout de génie qui pleure à volonté pour sauver des inconnus de leur déprime en leur redonnant de l’importance à leurs propres yeux.
   Premier portrait de Paquita:
   "Encore au pieu, gros paresseux?! a jeté Paquita en traversant le studio d'un pas vif, telle une antilope dodue qui trottinerait vers le point d'eau sur des talons de douze centimètres.
   Elle a jeté au vol sa fourrure synthétique sur le coin de mon lit, puis est allée derrière le bar qui sépare le coin-cuisine du coin-séjour-chambre-bureau. Paquita est partout chez elle, encore plus lorsqu'elle est chez moi. Elle fait partie de ces gens à géométrie variable qui occupent aussitôt tout l'espace d'une pièce, quelle qu'en soit la superficie."

   
   On ne s’ennuie pas en lisant cette histoire à la fois loufoque et tendre, triste et souriante, profonde et légère.
   
   Un joli livre! Une grande romancière!
    ↓

critique par Mango




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Quand la Mort n’est pas au rendez-vous
Note :

   "On a beau essayer de prévoir l’imprévisible, l’intempestif survient au plus mauvais moment : je m’apprêtais à mourir.
   Décéder fait partie de ces moments intimes qui supportent assez mal les témoins importuns.
   Je m’étais préparé de longue date, en vue de ce dernier instant. J’avais résilié mon bail pour la fin du mois. Le ménage était fait, poubelles sorties, placards et réfrigérateurs vidés, vitres et sol à peu près impeccables. Je venais de couper le gaz et l’électricité, après mon café du matin.
   Mes papiers étaient tous en ordre. Je pouvais m’en aller serein.
   Pour fêter l’évènement, je m’étais même acheté un costume de deuil, avec chemise et chaussures assorties..."
   

   11 h. C’est l’heure à laquelle Mortimer Decime a toujours su qu’il mourrait, le jour anniversaire de ses 36 ans. Et ses 36 ans, c’est aujourd’hui. Mortimer est prêt.
   
   Pas de bol, alors que tous ses aïeuls sont morts à 36 ans à l’heure de leur naissance le jour anniversaire, qu’il l’a toujours su, que sa vie a été façonnée via cette certitude, lui ne va pas mourir dans ces conditions. 11 h est largement passé et il est toujours vivant. Vous imaginez lorsque votre certitude la plus ancrée se révèle fausse ? Le monde de Mortimer s’écroule ; il n’est pas mort.
   Mais comment rebondir alors puisqu’il ne s’est jamais projeté au – delà de ses 36 ans et qu’il a tout liquidé, tout mis en ordre ?
   C’est le sujet du roman, tiens !
   
   Heureusement, Mortimer a un couple d’amis, Paquita et Nassardine, personnes un peu... décalées, genre "Amélie Poulain" et ses personnages. Ils tiennent un camion – crêperie et vivotent gentiment. Gentiment mais heureux surtout (d’ailleurs il doit être moins difficile d’être heureux en tenant un camion –crêperie qu’en étant trader, par exemple !).
   La suite va être la remise sur rails d’un Mortimer avec l’aide de ses deux amis, dans un cadre qu’on pourrait qualifier d’atypique...
   
   Mortimer qui ne s’était jamais projeté dans l’avenir, et pour cause, se retrouve tout à coup hameçonné par l’amour. Vous savez ce sentiment terrible et fou qui peut vous faire battre le cœur beaucoup plus vite et vous faire souffrir plus que de raison ? Bref, il fait l’apprentissage de la vraie vie des vrais gens qui ne sont pas persuadés qu’ils vont mourir à date arrêtée...
   "Trente – six chandelles" se lit aisément, un sourire aux lèvres, mais ne restera pas forcément comme un monument de la littérature...

critique par Tistou




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