Lecture / Ecriture
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La plume et le bâillon de Françoise D'eaubonne

Françoise D'eaubonne
  La plume et le bâillon

La plume et le bâillon - Françoise D'eaubonne

Trois bios
Note :

   Ce court ouvrage d'environ 120 pages, est consacré à trois écrivains victimes de la censure pour des raisons sexuelles : Violette Leduc, à qui est consacré la plus grande partie du livre (55 p), Nicolas Genka (30 p) et Jean Sénac (27 p).
   
   L'auteure souligne d'abord qu'il faut bien se souvenir que ces actes de censure ne sont pas si archaïques puisqu'ils se sont produits au XXème siècle. Le lecteur se dit qu'il y a bien aujourd'hui encore une censure à l'action, bien qu'elle ne soit sans doute plus principalement d'inspiration sexuelle. Qu'est-ce qu'on n'a pas déjà fait, dit, montré, dans ce domaine-là? … il me semble que pratiquement tout a été fait. Il en allait autrement à l'époque de Jean Genet et de Violette Leduc. Mais quel que soit le domaine dans lequel elle pèse le plus, la censure est là, "tout pouvoir porte en germe la censure" Souligne l'auteure. Ce sont ses anticorps, sa barrière défensive. Un pouvoir basé sur l'église, la famille et le patriarcat ne peut être que sexuellement prude et homophobe. C'est fatal. Un pouvoir basé sur la recherche du confort, du bien-être et de la rationalité sans conflit, sera hygiéniste et prudent. Etc. se désintéressant des autres excès et ne les frappant donc pas de sa censure.
   
   Quant à la censure elle-même, hélas, elle est porteuse d'une logique interne qui réclame la destruction du fautif et fauteur de trouble. "l'assassinat d'un écrivain contient les éléments de cette censure, comme la censure contient le germe de l'assassinat (…) L'élimination physique de l'écrivain commence au bâillon." C'est bien dommage, mais c'est comme cela, et l'on a tout à perdre à l'oublier. La censure ne sévit pas seulement par les lois et les tribunaux devant lesquels elle traine les contrevenants démunis, elle s'exerce aussi par la difficulté, voire l'incapacité à se faire publier, qui ferme toutes les portes devant l'écrivain. Elle tue ensuite par la critique désastreuse, moqueuse, dévalorisante ou injuste qui empêche le lectorat d'avoir envie de découvrir l’œuvre ou, sans doute pire encore, l'absence de toute critique, qui fait que nul ne sait même que l’œuvre existe.
   
   Suivent les biographies de Violette Leduc (1907-1972) que l'absence de reconnaissance littéraire rendra folle, de Nicolas Genka, que les procès feront taire et de Jean Sénac qui fut lui, physiquement assassiné.
   
   J'ai apprécié le travail fait, et il m'a intéressée. J'ai juste regretté le ton inutilement agressif de la première partie du texte consacré à Violette Leduc. A trop vouloir la défendre, l'auteure se met à injurier les adversaires et n'en sort pas grandie, se mettant à leur niveau.
   
   D’autre part, ce n'est pas exactement ce à quoi je m'attendais dans la mesure où je pensais que la part biographique ne serait pas la part dominante ; que celle-ci serait attribuée à l'observation des insultes, quolibets, brimades et censures dont les trois auteurs en question avaient été victimes. Qu'est-ce qui me donnait à penser cela? Le titre. Je ne pense donc pas être en tort. Il faut savoir que l'auteure a préféré leur rédiger une biographie brève mais complète, et non limitée à cet aspect.
   
   J'ai parfois regretté également le style lyrique, voire emphatique. Un peu c'est bien, mais une goutte de trop et hop! On coule l'ensemble: "Ce statut désespérant, dû en grande partie à la surdité d'un public qui ne savait que dormir- ou bâiller- permit l'agression, par les gardiens du temple, de ceux qui, en ces lieux d'élucubrations, se laissèrent disperser avec indifférence. Alors qu'ils auraient pu, par la lecture, partager la veillée créatrice de la Passion"
   Moi je dis : Ce n'est pas faux, mais dit de cette façon, ça a déjà l'air moins vrai.
   
   Reste qu'en tant que biographies bien informées d'auteurs dont les autres ne parlent pas, cela reste très intéressant.

critique par Sibylline




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