Lecture / Ecriture
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Notre-Dame des vents de Mikaël Hirsch

Mikaël Hirsch
  Omicron
  Le Réprouvé
  Les successions
  Avec les hommes
  Notre-Dame des vents
  Libertalia
  Quand nous étions des ombres

Mikaël Hirsch est un écrivain français né en 1973.

Notre-Dame des vents - Mikaël Hirsch

Ne négligeons pas les coïncidences
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   Les îles Kerguelen sont situées dans l'océan Indien, loin de toute terre hospitalière, elles abritent la station de Port-Aux-Français, dans laquelle scientifiques, techniciens et militaires cohabitent pour diverses raisons. Joanne, scientifique, arrive sur les îles en 1995, pour une mission de quelques mois : étudier l'impact du réchauffement climatique. 1995, en métropole les grèves se multiplient ; c'est aussi la reprise des essais nucléaires français voulue par Jacques Chirac. Malgré le cloisonnement entre les différents intervenants sur ce site, elle se lie très vite à Alexis, un technicien.
   
   J'ai du mal à résumer l'entame de ce roman, non parce qu'il ne m'a pas plu, bien au contraire, mais en fait, je ne le trouve pas simple à raconter. Mikaël Hirsch écrit une histoire d'amour assez banale finalement, mais dans un lieu qui lui ne l'est pas et sa grande prouesse est de réussir à faire d'une idylle entre deux personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer, un roman original et captivant. La prouesse est même double pour moi qui ne comprends pas grand-chose aux sciences et qui ne m'y intéresse pas plus que cela ; Mikaël Hirsch est soit très calé dans les divers domaines qu'il aborde, soit extrêmement bien documenté, soit les deux. Malgré ses explications de telle ou telle manipulation, expérience, recherche, il n'est jamais rébarbatif, et les références scientifiques, historiques ou géographiques ponctuent la belle histoire d'amour qu'il écrit. Son vocabulaire emprunte à la science même lorsqu'il parle de la relation entre Joanne et d'Alexis :
   "L'attente était quasi abstraite, débarrassée de ses oripeaux habituels, de ses justifications improbables qui parasitent l'esprit en suscitant de manière alternative confiance et inquiétude. C'était ici un exercice ramené à sa nature fondamentale, une expérience menée dans le laboratoire des sentiments et des pulsions. Une fois sur le terrain pierreux, les yeux braqués en direction du radôme, Joanne envisageait alors son impatience comme le vortex idéal, enroulant sa spirale dans la direction prévue par la théorie." (p.81)
    Les îles Kerguelen sont exigeantes, le climat y est dur et l'isolement ne sied pas forcément à l'établissement de très bonnes relations entre les divers habitants, c'est donc un lieu fabuleux, un contexte très présent, un personnage à part entière du bouquin a-t-on coutume de dire ; une mine d'or pour les romanciers qui peuvent y construire une histoire humaine forte, ce que fait admirablement Mikaël Hirsch.
   
   Il y a un autre aspect important dans ce livre, c'est la référence aux romans d'aventures maritimes, tels «Les aventures d'Arthur Gordon Pym» d'Edgar Allan Pœ et «Le sphinx des glaces» de Jules Verne, deux livres que je n'ai pas lus mais dont je brûle désormais d'impatience de tourner les pages. Comme dans ces romans, on sent qu'un secret, une chose cachée, une vérité à ne pas dire sous-tend les pages du livre de M. Hirsch. Au moment où l'on pourrait perdre un peu patience, trouver l'histoire un peu longuette, notamment lorsque Joanne, mission terminée est obligée de quitter les lieux, il rebondit sur un carnet oublié qui donne une direction totalement imprévue à son histoire, une sorte de second souffle bienvenu qui fait passer ce livre de très bon à excellent, voire même à excellentissime si je n'avais pas peur des superlatifs.
   
   En outre, Mikaël Hirsch est un écrivain dont j'aime beaucoup l'écriture (Le Réprouvé, Les successions, Avec les hommes) érudite, savante -encore plus dans ce livre, scientifique pourrais-je même dire, qui colle parfaitement à son sujet, tout en restant fluide, limpide, sûrement la marque d'un grand écrivain qu'après tant d'éloges vous ne pourrez pas éviter.
   
   Les livres se suivent et ne se ressemblent pas, mais il y a deux jours, je parlais du nouveau de JM Blas de Roblès qui fait lui aussi référence à Jules Verne et aux grands romans d'aventures, une coïncidence ou un signe pour nous faire replonger dans ces grands romans populaires.

critique par Yv




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