Lecture / Ecriture
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Charlotte de David Foenkinos

David Foenkinos
  Le potentiel érotique de ma femme
  En cas de bonheur
  Entre les oreilles
  La délicatesse
  Qui se souvient de David Foenkinos?
  Les cœurs autonomes
  Je vais mieux
  Lennon
  Charlotte
  La tête de l'emploi
  Le mystère Henri Pick

David Foenkinos est un romancier français né en 1974.

Charlotte - David Foenkinos

Portrait d'une victime
Note :

   Rentrée littéraire 2014
    Prix Renaudot 2014
   
    Les romans et personnages de David Foenkinos expriment souvent la légèreté décalée et pleine d'humour. Avec son dernier roman, Charlotte, il signe une autobiographie profonde et livre le portrait fascinant d'une jeune femme qui l'obsède.
   
    Nous découvrons la vie brève et intense de Charlotte Salomon, artiste-peintre juive assassinée par les nazis à 26 ans alors qu'elle était enceinte, dans un camp de concentration à l'automne 1943. A la découverte de son oeuvre picturale unique, "Leben oder Theater", Foenkinos est entré dans une quête éperdue pour faire revivre à travers ses mots et sa poésie, l'existence de Charlotte.
   
    Des phrases courtes finissant par un point qui balaie les atermoiements, des paragraphes qui s'enchaînent dans une fin illuminée par l'oeuvre de l'artiste et l'hommage rendu par l'auteur, font de ce livre un hymne à la vie et à la mémoire. Les vers rythment avec justesse ce long poème narratif aux allures de tragédie.
   
    Le lecteur découvre la famille meurtrie par les suicides successifs, comme celui de la mère de Charlotte quand elle avait 10 ans.
   
    Après une adolescence passée à Berlin, la jeune fille brillante étudiante aux Beaux-Arts, se voit exclue par les nazis des écoles et de la vie sociale.
   
    Après avoir été follement amoureuse, elle est contrainte de se réfugier dans le sud de la France où elle créera dans son exil une oeuvre autobiographique résolument nouvelle.
   
    Elle confie ses toiles à son médecin traitant et son père ayant survécu à la guerre les mettra en lumière lors d'une exposition à Berlin.
   
    Foenkinos nous entraîne dans la vie brisée d'une jeune femme ayant aimé passionnément. Sa vie remplie d'événements et de personnages attachants aux destinées souvent tragiques a nourri son oeuvre.
   
    C'est très émouvant l'obsession de l'auteur pour ce destin de femme allant jusqu'à mettre les pas dans ceux de Charlotte pour aller à sa rencontre.
   
    A travers la vie et l'oeuvre de cette artiste lumineuse, David Foenkinos pose un autre regard sur la Shoah, celui d'une émotion personnelle.
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critique par Marie de La page déchirée




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Eblouie !
Note :

    Avant même de commencer à évoquer la vie de son héroïne, l’auteur sent le besoin de donner quelques précisions :
   "Ce roman s’inspire de la vie de Charlotte Salomon. Une peintre allemande assassinée à vingt-six ans, alors qu’elle était enceinte. Ma principale source est son œuvre autobiographique: Vie? ou Théâtre?"
   
    "Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe. Sa vie a été une succession de drames."

   
    Tout d’abord, ce sont les suicides des femmes de sa famille, et tout d'abord celui de l’autre Charlotte, sa jeune tante, qui se jette d’un pont, à dix-huit ans, un soir froid de novembre.
    "Charlotte comprend tôt que les morts font partie de sa vie."
   
   Sa mère, Franziska, épouse d' un chirurgien allemand pendant la première guerre, appelle sa fille du nom de sa sœur qu’elle n’oubliera jamais . Elles vont souvent se recueillir sur sa tombe mais la mère cache la vérité à sa fille en ne parlant que d’un accident.
   "Tel est le premier arrangement avec la réalité. Le début du théâtre."

   
   Franziska chante magnifiquement . Elle affectionne tout particulièrement les chants chrétiens mais s’enfonce à son tour dans la dépression et après une première tentative de suicide dont la sauve son mari, elle rejoint ses parents laissant seule sa fille à laquelle elle ne parlera plus jamais. Charlotte n’existe plus. Peu après sa mère se défenestre par la fenêtre de sa chambre. On dit à sa fille qu’elle est morte de maladie. Charlotte l’imagine comme un ange qui la protège et elle se met à dessiner. Elle reste chez ses grands parents, élevée par des nounous et devient sauvage. Son père se remarie avec Paula, une cantatrice célèbre. La famille s’installe à Berlin. Paula reçoit beaucoup. Dans son salon passent Einstein, Mendelsohn, Schweitzer.
   "On joue du piano, on boit, on chante, on danse, on invente.
   La vie n’a jamais paru aussi intense."

   
   Charlotte a seize ans et mène une scolarité brillante mais, en janvier 1933, la haine accède au pouvoir. La nuit de Cristal de 1938 approche. Les grands parents s’exilent dans une maison du sud de la France. Charlotte reste à Berlin avec son père qui lui fait donner des cours de dessin. Elle aime Van Gogh, Chagall, Nolde, Munch, Kokoschka, Beckmann. Plus rien ne compte que la peinture. Elle entre à l’Académie des Beaux-Arts . Elle gagne le premier Prix mais ne pourra pas le recevoir à cause de ses origines juives. C’est alors qu’un événement majeur se produit dans sa vie. Elle devient amoureuse d’un homme, Albert, un miraculé de la première guerre. Ils communient dans l’amour de la musique. Il l’encourage à chanter. Il écrit et elle illustre son livre de ses dessins. Cependant l’Histoire les rattrape et ils doivent se séparer, Charlotte doit fuir pour rejoindre ses parents en France. La tragédie s’accentue et là-bas Charlotte se marie à un émigré autrichien et c'est enceinte qu’elle meurt à Auschwitz en 1943. Entre temps, elle a peint sans arrêt. Les dernières paroles d’Albert ont été bénéfiques:
   "Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi."

   
   A cette phrase répond celle de Charlotte lorsqu’elle confiera ses dessins à un docteur ami et à l’Américaine qui l’a accueillie chez elle:
   "C’est toute ma vie. Ça vaut de l’or."

   
   Je l’avoue, j’ai été extrêmement séduite par ce roman malgré ou peut-être à cause de sa présentation en vers libres C’était la meilleure façon d’évoquer une histoire aussi dramatique. Comme l’auteur, étant donné le tragique de cette vie, j’ai ressenti le besoin d’une respiration plus ample grâce à ces retours à la ligne qui donnent encore plus de souffle et de force à la composition.
   
   Je n'ai pas beaucoup aimé "La délicatesse" mais ce roman-ci m'a éblouie. L'auteur intervient souvent pour indiquer les démarches qu'il a dû faire pour se documenter. Il n'hésite pas à évoquer les sentiments qu'il a éprouvés dans cette quête de la vérité. Est-ce un pur roman comme indiqué ou une vraie biographie ou seulement un journal biographique ou tout cela à la fois? Une réussite quoi qu'il en soit!
   "Pendant des années, j'ai pris des notes.
   J'ai parcouru son œuvre sans cesse.
   J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
   J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois.
   Mais comment?
   Devais-je être présent?
   Devais-je romancer son histoire?
   Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
   Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
   Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
   Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
   Impossible d'avancer.
   C'était une obsession physique, une oppression.
   J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer
   Alors j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi."

   
   Avec ce livre, qui j'espère recevra un Prix, c'est aussi une grande artiste que j'ai découverte. J'en ai aimé les tableaux qu'on peut voir au Musée juif d'Amsterdam.
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critique par Mango




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Récit en vers libres
Note :

    Bien connu des lecteurs, David foenkinos a reçu le prix Renaudot et le Prix Goncourt des Lycéens pour "Charlotte"
   
    Pour raconter la vie de Charlotte Salomon, peintre morte à 26 ans à Auschwitz, l’auteur a pris le parti de l’évoquer en vers libres. Une vie en peinture car c’est d’elle qu’elle parle dans ses tableaux. Une vie douloureuse qui, dès l’enfance est marquée au sceau du malheur, le suicide de sa sœur, la mort de sa mère, un autre suicide soigneusement caché, le remariage de son père avec Paula, chanteuse lyrique. Une adolescence à l’ombre du drapeau nazi éclairée par l’amour qu’elle porte à Alfred, le professeur de chant de sa belle-mère, un amour inconditionnel, partagé. La peinture une respiration dans ce monde sans repères, un bonheur de création avant sa fin tragique
   
   David Foenkinos s’invite dans cette vie, refait le chemin qui l’a conduit à découvrir et à se passionner pour l’œuvre de Charlotte Salomon, Vie? Théâtre? , évoque cette "connivence immédiate avec quelqu’un".
   

   Le choix d’un récit sous forme de poème ne rend pas la lecture fluide et les phrases courtes, nominales lui donnent un rythme saccadé.
   ↓

critique par Michelle




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Pas convaincu
Note :

   Les cadeaux de Noël offrent toujours leur lot de surprises et celle-ci en est presque une bonne. Je ne pense pas qu'en ce début d'année 2015 derechef et de mon propre chef je me serai projeté vers les écrits de David Foenkinos, écrivain médiatique voire mondain il me semble. A ce titre et pour cette découverte, il est bien parfois de se sentir un peu guidé, de s'imposer une lecture proposée.
   
    Presque une bonne surprise oui, car à la sortie de la lecture de "Charlotte", je ne sais si ce livre m'a plu ou bien s'il me laisse un peu sur ma faim.
   
    "Charlotte " est écrit en vers. Enfin, plutôt en lignes, à savoir que Foenkinos s'est livré à un exercice de style. Voici un peu ce que cela donne:
   
   "Charlotte est à présent une jeune fille de seize ans.
   Sérieuse, elle mène une scolarité très brillante.
   On la trouve parfois mystérieuse.
   Sa belle-mère la juge surtout effrontée.
   Elles ne s'entendent plus si bien.
   Albert est toujours obsédé par ses explorations médicales."
   

    Evidemment, la lecture est donc un peu déroutante. La succession de ces courtes phrases majoritairement composées selon la forme sujet,/verbe/complément m'a littéralement happé lors de la prise en main du roman. Car chaque ligne, chaque vers souligne son unicité et revêt une véritable importance, les mots de chaque ligne semblent capitaux.
   
    Ce roman biographique retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre juive née en 1917 et morte en 1943 à Auschwitz. Forcément une histoire tragique. Au-delà du contexte historique, la vie de Charlotte, qui est une jeune fille tourmentée et solitaire, est fortement marquée par le destin familial, une sorte d'inéluctabilité du suicide: sa tante Charlotte tout d'abord, sa mère et aussi sa grand-mère...Elevée par un père trop absent, elle sera marquée par son premier amour dont elle se verra malheureusement séparée. Charlotte trouvera dans les Arts et dans la peinture un refuge pour lutter contre ses démons.
   
    Ce qui fait l'originalité de ce roman est que David Foenkinos participe et intègre le récit en expliquant sa passion pour l'histoire de Charlotte. Il visite son quartier à Berlin, il marche sur ses pas dans le sud de la France, il essaie de retrouver les lieux de sa vie, des enfants de gens l'ayant connue mais... malheureusement, ces quelques petites interventions, une fois la surprise passée de ce décalage et ce saut dans le temps, laissent un peu sur leur faim.
   
    Comme ce roman... plus attaché à mon avis à la forme qu'au fond; j'ai un peu cru lire un devoir sur table évoquant la romance tragique de Charlotte Salomon avec des liens tirés tout droit de Wikipédia...
   
   Mi-figue, mi-raisin donc pour ce roman qui a obtenu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des Lycéens 2014.
   
   "J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois
   Mais comment?
   Devais-je être présent?
   Devais-je romancer son histoire?
   Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
   Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais."

    ↓

critique par Laugo2




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La jeune fille et la mort
Note :

   Vous n'aimez pas les histoires gaies, soyez heureux, en voilà une qui vous donnera pleine et entière satisfaction.
   
    Non contents de se priver de leur vie en pleine force de l'âge, beaucoup des proches du personnage principal soit transportent une mélancolie congénitale soit subissent les persécutions de leurs congénères. A leur détresse personnelle s'ajoute le malheur de leur judéité dans cette Allemagne d'autrefois gagnée par le nazisme.
    Charlotte, dans le rôle-titre est une enfant puis une jeune fille dont on dit qu'elle est géniale: elle peint. Ses œuvres sont nourries des chagrins cachés de son histoire familiale et de ses amours enflammées pour Alfred qui ne la vit que comme une aventure.
   
    Elle doit fuir l'Allemagne, quitter ses parents, dont sa belle-mère, chanteuse lyrique et son père très occupé mais aimant. Le midi est son refuge tant que l'Occupation ne le gagne pas. Elle crée.
   Bientôt, la France en deux zones n'en comporte plus qu'une. La grand-mère perd sa raison, le grand-père sa morale.
    Puis vient Alexander, intermède amoureux et prégnant.
    Surgit, peste brune, Aloïs Brunner, joli prénom, sale type, qui conduit Charlotte vers des ténèbres d'où on ne revient pas.
   
    Lorsque les ciels sont brumeux et les temps cafardeux, ce roman ne vous dispensera pas de la prise de Prozac: les effets des premiers et des seconds se surajouteront car un tel roman, à l'alignement redevable d'une longue litanie poétique, ne connaît pas le sourire ni son esquisse ni son éclat.
   
    On ne sait pas si David Foenkinos nous a proposé un reportage ou une biographie, peu importe. On a beau ne pas être à son premier récit de juifs persécutés, on a mal..

critique par Alain Dagnez




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