Lecture / Ecriture
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Ma cousine Phillis de Elizabeth Gaskell

Elizabeth Gaskell
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  Nord et Sud
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  Les amoureux de Sylvia
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  Mary Barton

Elizabeth Gaskell est un écrivain britanique, née en 1810 à Londres et décédée en 1865.
Charles Dickens l'aida à publier ses romans.
Relevant du genre gothique pour ses histoires de fantômes, elle est surtout un des piliers du roman victorien.

Ma cousine Phillis - Elizabeth Gaskell

Encore une novella
Note :

   Un nouveau livre (enfin nouveau, façon de parler...) d'Elizabeth Gaskell est toujours un événement dans ma vie de lectrice. Les éditions de l'Herne ont eu la bonne idée de publier ce court roman ou cette longue nouvelle, au choix, qui pourra peut-être surprendre, de prime abord.
   
   Paul Manning a dix-neuf ans, et pour la première fois de sa vie, il est indépendant. Installé par son père dans un petit logis de la ville d'Eltham, Paul débute son existence d'employé aux écritures sous les ordres d'un ingénieur chargé de construire une petite ligne de chemin de fer. Une occupation professionnelle qui va se révéler enrichissante pour le jeune homme. Il se prend d'amitié pour son mentor, l'ingénieur, M. Holdsworth, et surtout, il fait la connaissance de cousins éloignés qui vivent à Hope Farm (j'aime ce nom!). Les Holman sont des gens paisibles, et le couple est très attaché à leur fille unique, Phillis, de deux ans plus jeune que Paul.
   
   Celui-ci ne tarde pas à éprouver une tendre affection pour cette petite famille, et en particulier sa cousine, jolie jeune fille, cultivée et calme. Elle m'a plu notamment en raison d'une phrase en particulier, un léger reproche qu'elle adresse à son cousin Paul :
    "- Ah bon? Tant mieux, j'en suis ravie! J'avais peur que vous n'aimiez pas les animaux, comme vous n'aimez pas les livres."
   
   Et puis un jour, il prend l'initiative de présenter Holdsworth aux Holman. Le jeune ingénieur est charmeur, cultivé et fait rapidement la conquête de la famille...
   
   Sur ce sujet tout simple, Elizabeth Gaskell évoque un peu de société rurale qui vivait encore un peu à l'écart des turbulences du monde moderne qui s'étend implacablement jusque dans les coins les plus reculés.
   
   Il y a question aussi, enfin je crois, du sort des jeunes filles élevées dans un cocon dont elles ont bien du mal à s'extirper. Le révérend et sa femme sont des gens simples, ayant bon cœur et aimant tendrement leur fille. Mais bien qu'elle ait atteint l'âge de dix-sept ans, ils la voient toujours comme une petite fille, ce dont Paul, le narrateur de ce récit, se rend compte presque immédiatement.
   
   Phillis cherche à se cultiver sans cesse et ses efforts sont touchants. Elle a appris à lire le latin, s'efforce d'apprendre l'italien seule, et lit beaucoup.
   
   Le contraste avec les hommes est saisissant. Paul, à dix-neuf, vient de trouver un emploi, il fait des choses qui le passionne, l'ingénieur Holdsworth semble également avoir une vie captivante. Certes, Phillis mène une vie paisible et préservée, mais que sait-elle en dehors de ses livres? Qui fréquente-t-elle sinon les ouvriers qui travaillent à la ferme et quelques voisins?
   
   L'arrivée d'un jeune séduisant et si différent va brusquement chambouler son univers et semer le désordre au sein du cercle familial.
   
   L'auteur excelle dans le portrait de ces gens simples de la campagne et nous restitue leur existence avec finesse et une certaine mélancolie. J'ai beaucoup aimé ce court récit qui me conforte dans mon intention de me procurer tous les Gaskell qui me manquent!
   
   La traduction, toujours soignée, est de Béatrice Vierne.
   
   
   "Surtout, n’oubliez pas de dire au père de Phillis à quel point j’étais fâché de ne pas pouvoir lui dire au revoir, ni les remercier, lui et sa femme, de toutes leurs bontés. Quant à Phillis – si Dieu le veut, dans deux ans je serai de retour et je lui dirai moi-même tout ce que j’ai dans le cœur.
   — Alors vous êtes amoureux de Phillis? demandai-je.
   — Amoureux! Pour ça oui, je le suis. Qui ne le serait pas, s’il pouvait la voir comme je l’ai vue? Avec cette âme aussi originale et aussi rare que sa beauté! Dieu la bénisse! Dieu la maintienne dans sa noble tranquillité, dans sa pure innocence. Deux ans! C’est bien long… Mais elle vit dans un tel isolement, presque comme la Belle au Bois Dormant."

critique par Folfaerie




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