Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L comme: Une vie chinoise de Kunwu Li

Kunwu Li
  L comme: Une vie chinoise

L comme: Une vie chinoise - Kunwu Li

Autobiographie en 3 volumes
Note :

   Ce roman graphique constitue l'autobiographie en trois volumes d'un dessinateur célèbre en Chine : Li Kunwu.
   
   Le premier volume (1. Le temps du père) commence en 1950 avec la rencontre de ses parents enthousiasmés par le nouveau régime et s'achève à la mort de Mao en 1976. L'enfance et l'adolescence de Li Kunwu, alias Xiao Li (Petit Li) se déroulent dans un contexte de tragédies pour la Chine : le Grand Bond en avant et le lancement des communes populaires créent les conditions d'une gigantesque famine, puis la Révolution Culturelle sème le chaos dans le pays. Cadre régional du PC à Kunming, capitale du Yunnan, le père du narrateur est déporté par les Gardes Rouges. Les événements sont rapportés par les yeux du jeune garçon bien endoctriné, répétant les slogans, et brandissant le Petit Livre Rouge.
   
   Le second volume (2. Le temps du Parti) va des obsèques de Mao aux obsèques du père de l'auteur. Tandis que Xiao Li fait son service militaire la Chine commence à souffler avec l'arrestation de la Bande des Quatre. Ses dons pour le dessin intéressent le quotidien local, le Yunnan Ribao, qui publie ses dessins de propagande au service de la politique de Deng Xiaoping. Li Kunwu devient membre du PCC, malgré des grands-parents paternels jadis propriétaires fonciers.
   
   Le troisième volume, au titre explicite (3. Le temps de l'Argent), montre les transformations de la Chine jusque vers 2010. Il croque des personnages représentatifs des changements de la société chinoise. Un paysan pauvre devient restaurateur ; un autre lance une compagnie d'eau minérale qui réussit à conclure une co-entreprise avec une multinationale. Les biens de consommation envahissent les foyers et les panneaux publicitaires à la place des slogans du Parti. Les villageois vont travailler en ville où les tours remplacent les hutongs. Kunming est envahie par les automobiles ; on s'y dispute les nouveaux appartements au confort moderne tandis que les cybercafés prolifèrent jusqu'aux villages.
   
   Ces sept cents pages de vignettes —en noir et blanc— montrent effectivement le talent de Li Kunwu pour raconter sa vie et celle de son pays. Les planches multiplient les angles de vue, suggérant des mouvements rapides, ou cadrant de vastes scènes statiques. Mais son dessin parfois brouillon ne pourra satisfaire tous les amoureux du 9ème art. Les idéogrammes des nombreux slogans sont repris en notes de bas de page, avec texte en pinyin et en traduction française.
   
    Ni ouvrage critique ni ouvrage de propagande, "Une vie chinoise" expose une autobiographie contextualisée dans une histoire de Chine qu'on jugera quelque peu lacunaire. La dimension autoritaire ou policière du régime actuel n'apparaît pas. Les violences et les drames résultent d'erreurs passées : excès des Gardes Rouges et fanatisme de la Bande des Quatre. Le récit de la tragédie de Tian An Men est contourné puisque Li Kunwu n'y était pas : habileté pour les uns ou hypocrisie pour les autres. Li Kunwu reste un fidèle membre du Parti, pas un dissident. Ainsi est soulignée avec fierté la renaissance d'une Chine qui n'a plus à rougir de son passé tandis que la carrière du dessinateur se poursuit à l'international... et donc à Angoulême.
   ↓

critique par Mapero




* * *



Révolution culturelle
Note :

   Cela faisait des années que cette BD traînait dans ma PAL, je crois depuis 2010 en fait. Comme je suis dans une période chinoise, je l’en ai sorti vaillamment (c’est-à-dire sans que tout me dégringole sur la tête), pour m’instruire sur l’histoire chinoise car c’est bien de cela dont il s’agit.
   
   C’est le premier tome d’une série de trois, retraçant la vie de l’auteur Li Kunwu. Après une préface très intéressante de Pierre Haski sur la Chine d’aujourd’hui et les générations qui l’habitent, mais surtout sur son évolution pendant les soixante dix dernières années, l’autobiographie de Li Kunwu commence par la rencontre de ses parents en 1950 qui aboutira à sa naissance en 1955. Le père de Li Kunwu, 25 ans, est un révolutionnaire de la première heure, prêchant les enseignements de la révolution dans les campagnes, un an après la naissance de la République Populaire. C’est lors d’un discours dans un village de la province du Yunnan, qu’il voit sa femme pour la première fois. Xiao Tao a alors 17 ans. Après avoir convaincu le père de la jeune fille, il l’épouse et quelques années plus tard naît notre auteur.
   
   Ce premier volume est divisé en trois chapitres et va de 1955 à la mort de Mao Zedong en 1976. Le premier chapitre est centré sur le Grand Bond en avant, le deuxième chapitre est centré sur la Révolution culturelle. À eux deux, ils couvrent l’enfance et l’adolescence du héros / auteur (217 pages sur 250). C’est une bande dessinée très intéressante pour qui ne connaît pas l’histoire récente chinoise (tout est expliqué suffisamment pour qu’aucune connaissance de base ne soit nécessaire), mais pas que. C’est en effet aussi un témoignage très lucide sur ce qu’a été cette période. En effet, l’auteur décrit un véritable endoctrinement mais aussi la force d’entraînement d’une foule ou d’un peuple, le jugement n’étant plus de mise alors. J’ai été surprise de découvrir que cela commençait très jeune, à l’école tout de même. C’était même encouragé car la jeunesse formait la force vive de la nation. Les élèves étaient mis à contribution pour toutes les opérations, dans le but d’encourager l’esprit de la Révolution. Ils pouvaient même prendre des initiatives, quitte à prendre le pas sur les adultes. Le mythe du respect des ancêtres par les Chinois en prend un coup. En tout cas, pour cette époque-là. L’auteur n’échappe pas à tout cela et se rend toujours compte, trop tard, que peut-être cela va trop loin et pour cela, il faut toujours que les excès le touchent de près (sa famille ou la famille de la fille qu’il aime).
   
   Le troisième chapitre est plus court (et je ne sais pas s’il est complet ou s’il s’arrête parce que Mao est mort) et traite de la vie de l’auteur à l’armée, dans laquelle il s’est engagé à l’âge de 17 ans. Dans ce chapitre, l’auteur met en évidence le culte de la personnalité qui entourait Mao. On pouvait douter (pas à haute voix) de la Révolution mais pas de Mao. Il était le père de la Nation, il guidait son peuple de manière lucide… (même si vers la fin, on ne comprenait plus grand chose). Le père du titre, c’est bien lui. Au cours de ma lecture, je pensais que c’était le père de l’auteur parce que son père tient une part importante dans sa vie d’enfant et d’adolescent. La dernière image où on voit les soldats pleurer comme lors d’une fin du monde. Pour eux, c’est bien la fin d’une période et d’une nouvelle période qui est redoutée mais surtout inconnue.
   
   C’est une bonne BD (en tout cas, ce premier tome) car elle permet de s’éloigner de l’histoire officielle mais aussi de l’histoire partisane. C’est vraiment les mémoires d’un homme lucide, sans regrets ni remords. Cela ouvre l’esprit, je trouve.

critique par Céba




* * *