Lecture / Ecriture
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Mécanismes de survie en milieu hostile de Olivia Rosenthal

Olivia Rosenthal
  L'homme de mes rêves
  Puisque nous sommes vivants
  Les sept voies de la désobéissance
  Que font les rennes après Noël?
  Mécanismes de survie en milieu hostile
  On n'est pas là pour disparaître

Née en 1965, cette écrivain a commencé à être publiée après un doctorat en littérature, sa spécialité étant la littérature française du 16ème siècle. Elle poursuit une carrière ralentie d'enseignante en université tout en se livrant à son métier d'écrivain de romans, de théâtre, en participant à des créations scéniques ou cinématographiques quand ce n'est pas même, chorégraphiques.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Mécanismes de survie en milieu hostile - Olivia Rosenthal

EMI & hermétisme *
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   S'il y a un auteur en France actuellement qui expérimente et innove dans l'art du roman, c'est bien Olivia Rosenthal qui, non contente de s'être fait repérer dès ses premiers ouvrages par les lecteurs un peu attentifs, ne se prive pas maintenant de confirmer. Une bonne nouvelle pour les naïfs qui croyaient qu'on avait déjà tout fait. Et voilà ce qui nous donne l'un des livres les plus intelligents de cette rentrée 2014… mais pas forcément le plus plaisant. Voyons un peu cela.
   
   Cela commence par un premier chapitre où le lecteur (et peut-être l'auteur aussi) se croit chez Volodine: Une femme, poursuivie par une horde meurtrière dont nous ignorons tout, se voit obligée d'abandonner sa compagne pour leur échapper ("Pour survivre, de temps en temps, on est obligé de trahir" ), y parvient, mais est ensuite hantée par une terrible culpabilité.
   
   Le second chapitre n'est pas la suite de cette scène d'action, ni d'ailleurs aucun de ceux qui suivront, mais ils seront cependant tous liés car on peut voir ce premier chapitre comme un rêve qui exprimerait les sentiments qui font l'objet du livre. Mais cela, le lecteur l'envisagera bien plus tard, pour le moment... il est perdu.
   
   Car le second chapitre et les suivants sont d'autres histoires, racontées par d'autres narratrices... ce n'est qu'assez tard (chapitre 4 sur 5) que le lecteur qui a, jusqu'à présent eu l'impression de lire des nouvelles et non un roman, envisage la possibilité – mais sans certitude – que ce soit la même narratrice dont chaque chapitre raconterait une expérience marquante. Mais il n'en est pas davantage assuré. Ce n'est qu'après la page 100 de ce roman de 180 pages, que le lecteur commence à voir poindre une histoire globale derrière les pièces du puzzles qu'on vient de lui livrer. Histoire globale qui se précisera peu à peu jusqu'à son terme, mais sans jamais finir par être totalement explicite.
   
   Dans une interview visible sur Youtube, Olivia Rosenthal explique qu'elle a voulu que le lecteur fasse "la même expérience qu'elle, le mettre dans une situation un peu bizarre et difficile à appréhender. Elle même l'ayant écrit dans la découverte progressive de ce qu'elle était en train d'écrire."
    Elle ajoute qu'elle pense qu'il est
   "Important que l'auteur ne soit pas en train de donner des leçons au lecteur mais que tous deux cheminent dans la même direction."

   Je pense pour ma part qu'elle a sous-estimé le malaise du lecteur qui cherche à interpréter une possible métaphore sans être certain que cela en soit une, à deviner une possible énigme et s'épuise à tenter d'interpréter ce qu'il lit. Car lui, n'a aucune donnée au départ, même pas le projet ou la démarche de l'auteur. Je pense qu'il y aurait bénéfice à indiquer cette démarche dans une brève préface.
   
   Un autre élément important tient au fait que le récit est saucissonné en très brefs paragraphes, entrelardés de passages en italiques qui sont du pur documentaire sur la mort, ses conséquences physiologiques, ou le passage de la vie à la mort. On use là d'un ton objectif et scientifique. Le récit en italique se poursuit d'un extrait à l'autre pendant que le récit de la narratrice se poursuit de son côté lui aussi d'un extrait à l'autre. Le lecteur ne trouve pas plus de rapport entre les deux textes qu'entre les deux tons. Les ruptures sont incessantes et brutales. Cela donne un texte haché déplaisant à lire. Si bien qu'à partir du troisième chapitre, j'ai lu d'une part un texte jusqu'à la fin du chapitre et ensuite l'autre. Ma lecture m'a alors davantage convenu. L'auteur fait ce qu'il veut, et le lecteur aussi.
   
   Derrière un aspect thriller, qui, je le répète évoque Volodine sans l'aspect social, nous avons, une enquête sur ce qu'est le passage de la vie à la mort, la culpabilité des survivants, le deuil etc. le champ est vaste, et nombreuses ses implications et ramifications. Cette lecture est en tout cas une expérience sinon plaisante, au moins intéressante, et je salue l'audace de l'entreprise.
   
   
   * Deux choses qui vont d'ailleurs très bien ensemble
   *bis, EMI = Expérience de Mort Imminente

critique par Sibylline




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