Lecture / Ecriture
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L'amour et les forêts de Eric Reinhardt

Eric Reinhardt
  Cendrillon
  Le système Victoria
  Demi-sommeil
  L'amour et les forêts

Éric Reinhardt est un romancier français né en 1965.

L'amour et les forêts - Eric Reinhardt

Lectrice fantasmée
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   C'est avec son dernier livre "L'amour et les forêts" que j'ai fait la connaissance de l'écriture et du style étonnant d'Eric Reinhardt. Subtil, audacieux, intimiste et un peu manipulateur mais sans fioriture, mais quoi de plus normal c'est un écrivain.
   
   Dans son livre "L'amour et les forêts", il rend un hommage vibrant et sans concession aux femmes qui souffrent dans le silence et l'abnégation.
   
   C'est à partir de son expérience personnelle, celle d'un auteur recevant les lettres de confidences de lectrices, qu'il entame une fiction plus vraie que nature.
   
   Dès la première ligne, Eric Reinhardt, se met dans la peau du narrateur, un écrivain, pour raconter sa rencontre avec une de ses lectrices, Bénédicte Ombredanne.
   
   C'est une belle jeune femme, agrégée de lettres, mariée avec deux enfants, bien dans son temps, intelligente et pétillante. Elle n'a qu'une envie vivre pleinement sa vie et surtout ses rêves. Elle lui avait adressé une longue lettre émouvante et il a voulu la connaître et ainsi commence le roman.
   
   Peu à peu Bénédicte se confie et l'auteur s'efface pour tracer le portrait de la femme qui se cache derrière cette apparence de bonheur.
   
   Elle s'est mariée à un ami d'enfance, un pervers narcissique, infâme et odieux avec elle, elle souffre du manque de tendresse et d'amour. Dévouée corps et âme à sa famille, à ses enfants égoïstes et inintéressants, elle s'oublie , sans cesse rabaissée et malmenée par son mari.
   
   Un jour, poussée à bout, elle se rebelle et va faire un tour sur Meetic. Après moult conversations d'un réalisme forcené et tristement drôle, elle prend contact avec un bel antiquaire et passera la plus belle après-midi de sa vie, dans son lit et dans ses bras.
   
   Mais il est facile de rêver d'une autre vie, d'avoir envie d'en changer, il est difficile aussi de partir.
   Bénédicte ne prendra jamais les chemins qui se présentent, et malgré l'aveu de son infidélité et l'enfer conjugal, elle fait tout pour retourner auprès de son mari et de ses enfants. Jusqu'au bout elle subira la violence et la jalousie maladive de son mari et le mépris de ses enfants dans l'espoir que tout s'arrangera.
   
   La dernière partie où l'auteur cherchera à comprendre le silence de Bénédicte, est menée comme une enquête. C'est efficace et la dernière découverte est surprenante.
   
   Par contre et je ne peux pas tout raconter, mais cette fin est insoutenable, tant par les descriptions choc que par l'horreur humaine qui y est décrite. C'est vraiment un malheur immense ajouté à tous les autres que ce livre contient et qui sonde l'abîme infini de l'intime.
   
   Il en reste un sentiment de malaise, une fois le livre refermé.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Un mélo interminable
Note :

   "j’aimais aussi beaucoup la profondeur de son regard rêveur dont tout à coup de métalliques lueurs d’humilité venaient rapatrier tous les lointains, c’était alors comme un assourdissant repentir de tout son être, comme si elle s’en voulait de s’être abandonnée devant témoin aux splendeurs d’illusions pitoyables."
   
    "La grande cuve du masculin où elle sentit quelle s’enfonçait dans une eau tiède et surpeuplée, profonde, malsaine"
   

   Ces extraits nous mettent plus ou moins dans l’ambiance : roman sentimental avec pauvre héroïne esseulée, perdue dans un monde de méchants.
   
   Bénédicte Ombredanne , lectrice des romans de l’auteur ; il l’a rencontrée deux fois : il avait nettement l’impression de vouloir faire sa connaissance. Elle écrivait si bien et lui jetait tellement de fleurs, et si bien tournées!
   
   C’est une femme qui aime profondément la littérature décadente fin 19 eme siècle ( Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle Adam, Huysmans…) et a fait une thèse sur cette mouvance particulière, avant de réussir brillamment son agrégation. Il n’y a pas que la littérature, il y a la vie conjugale, hélas!
   
   Elle entretient une relation sadomasochiste avec son mari ; le plus souvent, c’est lui le bourreau, mais parfois c’est elle. Ainsi ce soir là, lorsqu’il lui a plu de se reconnaître dans le portrait du harceleur fait par des femmes qui témoignent sur France-Inter ( le Téléphone sonne???) et que ça l’a bouleversé. Bénédicte en a profité pour se ruer sur Meetic se trouver un amant. Que le lendemain , elle a rencontré près de la lisière d’une forêt, et alors là, elle s’en est donné à cœur-joie. Et, bien sûr comme elle n’avait pas été discrète le moins du monde, le mari s’est vengé (version bourreau).
   
   Le lecteur se voit infliger lui aussi les harcèlements interminables du mari, et la souffrance de la femme, ceci sur une bonne cinquantaine de pages. Sans compter le récit de la sœur à la fin… Pour avoir osé assister aux ébats de Bénédicte et de son amant d’un jour?? Lesquels n’avaient rien de saisissant. C’’était de la romance, un peu convenue ; certes on apprend de petits trucs sur le tir à l’arc…
   
   En tout cas, c’est vache de la part de l’auteur!
   
   Disons –le tout de suite, on s’ennuie beaucoup à ces querelles conjugales, on pense que l’un des deux devrait partir, Bénédicte surtout, et que ce ne serait pas impossible : elle a un métier, un salaire correct, une collègue qui l’hébergerait volontiers jusqu’à ce qu’elle ait trouvé une solution (et on saura plus tard que Bénédicte a aussi une famille, notamment une sœur qui tient à elle…) ; mais Bénédicte ne dit rien de sa situation à personne. Et tant pis pour les enfants, qui sont eux-aussi victimes de la situation diabolique, dont la fin est la plus mélodramatique que l’on puisse imaginer!
   
   Lorsque l’auteur rencontre la sœur de Bénédicte, on espère apprendre quelque chose de plus mais on n’aura rien d’autre qu’un ramassis de clichés. Je ne comprends pas ce que l’on trouve à ce mélo interminable.
    ↓

critique par Jehanne




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Difficile à croire
Note :

   "Tu seras châtiée de ta témérité", le loup et l'agneau de Jean de la Fontaine.
   
    Eric Reinhardt imagine dans ce roman qu'une femme, admirative de sa plume, veut le rencontrer: on peut l'admettre. Elle lui narre, peu après, sa triste vie privée: sujet à caution.
   
    Bénédicte Ombredanne n'aime pas son mari, sorte de malade qu'on nomme aujourd'hui "pervers narcissique", très en vogue à notre époque. De plus, ses propres enfants ne lui offrent pas l'amour dont elle regorge. Ils sont passées dans le camp de l'autre. Ça peut arriver.
   
   Alors, elle se tourne vers Internet, madone des âmes désespérées. Elle y fait une rencontre inoubliable, Christian. Episode éphémère, stricto sensu. Elle se livre, elle se donne; elle s'abandonne, jouissante.
   
    Le retour à la réalité la détruit: le mari la persécute, de jour en jour, pour qu'elle avoue. Elle cède. Il poursuit néanmoins sa torture morale. Bénédicte n'a plus qu'à trouver refuge dans la maladie et même au-delà.
   
    Mais tout cela paraît invraisemblable. Quoi! Cette femme reste avec cet homme qu'elle n'a jamais aimé; Quoi! elle n'a pas d'autre solution que de subir. Quoi! elle était joyeuse, brillante, cultivée, la voilà devenue souffre-douleur d'un malade pathologique. Elle est une sainte moderne, Impensable!
   
    Le roman pourrait s'arrêter dramatiquement, non, l'auteur rajoute les confidences outrées de la sœur jumelle de l'héroïne jusqu'à plus soif; un autre roman démarre. On a compris! Bénédicte est malheureuse en amour, c'est clair; son mari devrait être enfermé, bien sûr; elle est une martyre de sa condition, en effet. Si d'un côté, le mari est particulièrement sadique, pourquoi faut-il qu'on trouve son pendant dans cette masochiste? Aucune femme de notre époque ne resterait un jour de plus avec son bourreau.
   
    Le roman ne semble pas construit; on a la curieuse impression que ce sont les phrases enchaînées, même bien écrites, qui font le récit et que l'auteur est entraîné par les idées qui lui viennent.

critique par Alain Dagnez




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