Lecture / Ecriture
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L'homme de la montagne de Joyce Maynard

Joyce Maynard
  Long week-end
  Les filles de l’ouragan
  Et devant moi, le monde
  Baby Love
  Une adolescence américaine - Chronique des années 60
  L'homme de la montagne
  Les règles d'usage

Daphne Joyce Maynard est une écrivaine américaine née en 1953.

L'homme de la montagne - Joyce Maynard

Le serial killer à la neige
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   "Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher de soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie -, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose que l’on verra jamais.
   C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas pu la sauver.
   Voici notre histoire." ( Prologue, p. 11)

   
   Cette histoire justement, c’est celle de Rachel et de Patty, deux sœurs qui s’adorent malgré leurs différences: Patty, la plus jeune, est douée pour le sport, Rachel, la narratrice deviendra écrivain et c’est en tant que telle, une trentaine d’années après les faits de cette fameuse année 1979, en Californie, qu’elle raconte les meurtres horribles du serial killer de la montagne, poursuivi par leur père, l’inspecteur de police Torricelli. Plus rien ne sera pareil ensuite, pour elle et sa famille mais l’histoire ne s’arrête pas là puisque la traque de l’assassin ne cessera qu’à la suite de la parution du roman où elle raconte les crimes de celui qui restera connu comme" l’Étrangleur du crépuscule".
   
   Ce que j’ai surtout aimé, ce n’est pas le côté policier du roman qui reste secondaire, mais les liens très fusionnels entre les sœurs, suite au divorce de leurs parents, distendus cependant quand l’aînée réussit à faire partie de la bande du lycée, la popularité acquise par son père pour ses enquêtes et ses passages à la télévision y étant pour beaucoup. C’est que son père est beau, charmant, sexy et volage tandis que sa mère passe son temps à lire et à se morfondre.
   
   Ce n'est pas un coup de cœur mais c'est un roman très agréable pour les raisons qui me sont très claires maintenant concernant mes préférences pour des lectures distrayantes et faciles.
   
    - Le côté "qui fait peur" est mis en sourdine bien qu'au cœur de l'intrigue: ( ici, les crimes en cascade par l'homme de la montagne) - Le suspense n'est que moyen, sauf lors d'un passage où j'ai soudain soupçonné...
   
   - L'histoire familiale est plus évoquée que fouillée, voire autopsiée comme si souvent! C'est juste un père trop charmant et charmeur qui oublie de plus en plus souvent de rentrer chez lui, ce qui cause des ravages évidemment chez sa femme et ses filles.
   
   "De nous deux, c'était Patty qui jetait un regard sans concession sur notre père et parlait de lui durement quand elle pensait qu'il faisait souffrir notre mère. Sur certaines choses - par exemple le fait qu'il conduisait une Alfa mais n'avait jamais assez d'argent pour permettre à Patty de se faire arranger ses dents, elle ne disait rien. Mais elle lui reprochait de plus en plus son incapacité à aider financièrement notre mère et nous et, surtout, ses promesses réitérées de venir nous voir, qu'il ne tenait jamais. Tout en n'abandonnant pourtant pas l'espoir qu'il assisterait un jour, d'un bout à l'autre, à l'un de ses matches de basket.
    - Il est tellement occupé par son job, disais-je.
    - Tu l'excuses tout le temps.
    - Et toi, tu es méchante.
   - Je l'aime, protesta-telle. Mais c'est un perdant."
   

   
    Le meilleur du roman pour moi, cependant, restera l'analyse de l'adolescence de ces deux jeunes filles à cette époque et à cet endroit-là. C'est finement évoqué, sans lourdeur, avec le ton juste et la légèreté qui conviennent dans un contexte suffisamment pesant et dramatique par ailleurs!
   
    Un bon choix de lecture. A conseiller!
    ↓

critique par Mango




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Huis clos au cœur de la montagne
Note :

   Eté 1979 , Californie du Nord. Rachel, 13 ans et sa sœur Patty, 11 ans, sont habituées à se promener dans la montagne, un peu livrées à elles même dans la mesure où leur mère, déprimée depuis son divorce, n'a pas vraiment le cœur à s'occuper d'elles et préfère se changer les idées en s'étourdissant dans ses lectures. Quant à leur père, il est très pris par son travail et les voit de ce fait moins souvent, d'autant qu'il a quitté le domicile conjugal.
   
   Mais cet été là, un danger rôde en la personne d'un tueur en série, qui assassine de façon particulièrement cruelle ses victimes, des jeunes filles jeunes et jolies. C'est Anthony Torricelli, le père des deux adolescentes, qui est chargé de l'enquête. Il recommande d'ailleurs à ses filles, qu'il adore, de ne plus se promener dans la montagne comme elles ont l'habitude de le faire.
   
   Les deux gamines sont super fières de lui, d'autant qu'il passe à la télévision pour répondre aux questions des journalistes, ce qui change leur statut auprès de leurs camarades. Cette soudaine célébrité a pour conséquence notamment une popularité inespérée pour Rachel, qui devient la confidente d'Alison, une fille qui ne lui accordait jusque là que peu d'importance. Elle délaisse du coup sa sœur, dont elle est pourtant très proche. Patty se console en passant beaucoup de temps chez leur voisin, dont elle s'occupe du chien, tout en s'adonnant à sa passion le basket. Pendant ce temps, Rachel est toute à ses nouveaux amis et elle va même jusqu'à inventer des détails scabreux prétendument fournis par son inspecteur de père, qui en fait reste très discret sur l'avancée de l'enquête, respectant scrupuleusement son devoir de réserve. Ce père beau et séduisant, qu'elles admirent, a toujours manifesté de l'intérêt pour les autres femmes, ce dont a longtemps souffert son épouse, avant qu'il ne la quitte. Il finit en effet par partir pour Margaret Ann, dont il est très amoureux.
   
   Mais l'enquête de police piétine, "l'étrangleur du crépuscule" est toujours introuvable, de nouveaux corps de victimes sont retrouvés et la popularité du policier commence à s'effriter. Et par contrecoup celle de Rachel aussi... Car la population s'impatiente devant cette absence de résultat.
   
   J'ai dévoré ce sublime roman, en raison notamment des magnifiques portraits de personnages qu'il nous offre : ce père flic et séducteur tout d'abord, fou amoureux de ses enfants, des filles un peu loufoques, qui s'amusent à prendre des photos du voisin, dont elles observent les allées et venues, étant à l'affut du moindre événement dans le coin. Sans compter les préoccupations adolescentes de l'aînée : Rachel est en effet très inquiète par le fait qu'elle n'ait toujours pas ses règles. J'ai beaucoup aimé également le suspens qui règne tout au long du livre, du fait de cette recherche du criminel et de l'angoisse qu'elle génère dans la population. J'ai été particulièrement touchée par la très belle histoire d'amour, qui sous-tend l'intrigue. Ce roman offre également une merveilleuse description de cette période de la vie qu'est l'adolescence, mais aussi de l'amour fou qu'on peut porter aux siens, et la façon dont on peut passer rapidement de la lumière à l'ombre. J'ai enfin été sensible aux très beaux moments d'amitié qui parsèment ce livre, notamment entre le père et la mère des deux fillettes, qui se rapprochent à mesure que la popularité du père dégringole.
   
   De Maynard j'avais déjà beaucoup aimé "Long week-end" et "Les filles de l'ouragan" mais celui-ci est encore plus fort. J'ai été complètement scotchée par ce roman d'un peu plus de 300 pages, que j'ai dévoré quasiment d'une traite tant il m'a touchée et captivée. Ce huis clos au cœur de la montagne m'a enthousiasmée, et j'ai apprécié la qualité de l'écriture et sa facilité de lecture, en raison du nombre limité de personnages, et d'une intrigue simple, dont le dénouement est à la hauteur du reste. Cette fiction, que je vous recommande chaudement, sait en effet rester surprenante jusqu'aux dernières pages. C'est mon premier gros coup de cœur de l'année! Déjà en bonne place de mes lectures préférées de 2015!
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critique par Éléonore W.




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Dans l'arrière pays de San Francisco
Note :

    Joyce Maynard s'inspire d'un fait divers réel en plaçant l'intrigue de son dernier roman au cœur de l'été 1979 dans la banlieue de San Francisco.
   
    Un étrangleur sévit depuis un an et 15 jeunes femmes ont été assassinées. L'inspecteur Torricelli mène une enquête acharnée mais peine à trouver le coupable.
   
    C'est dans un climat de peur et de suspicion collective que ses deux filles vont vivre sans le savoir le dernier été de leur innocence.
   
    L'aînée, Rachel, prend la parole quelques années plus tard pour revenir sur cet été là et rappeler ainsi le souvenir nostalgique de son enfance.
   
    Rachel se souvient et raconte l'histoire vécue par les deux adolescentes, libres et fantasques, dans une famille séparée mais aimante.
   
    Un père aimé et admiré, policier intègre et amoureux de toutes les femmes est au cœur de ce retour vers le passé.
   
    L'auteur possède l'art et la délicatesse des mots pour décrire la douloureuse expérience que représente le passage à l'âge adulte.
   
    Avec toute la difficulté de grandir, de s'émanciper, de trouver sa place dans la société, les jeunes filles avancent dans l'apprentissage de la vie avec un regard aussi lucide que désabusé.
   
    Plus qu'un roman policier, puisqu'il s'agit d'une enquête de police, c'est un roman de vie rempli de l'incertitude des premiers sentiments amoureux et sexuels et du détachement douloureux mais obligatoire de la famille.
   
    L'auteur montre bien les limites d'une enquête policière et l'engrenage de l'erreur judiciaire entretenue par la peur collective.
   
    Un petit bémol pour la fin de cette histoire. Si Joyce Maynard excelle dans la psychologie et la nostalgie de l'enfance avec toutes les contradictions et les déconvenues de l'adolescence, elle s'essouffle dans une fin un peu trop invraisemblable.
   
    Mais on ne peut pas lâcher ce livre tant les personnages sont attachants et fragiles.
   
    Une écriture facile toujours efficace et qui envoûte par la description de paysage avec ces montagnes, arrière pays fascinant et effrayant de San Francisco.

critique par Marie de La page déchirée




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