Lecture / Ecriture
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Le crépuscule du mercenaire de André Fortin

André Fortin
  Le crépuscule du mercenaire

Le crépuscule du mercenaire - André Fortin

Le juge prend son temps
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   Stanley est un petit voyou qui pratique le vol à l’arrachée de colliers en or, sacs à mains. Il est repéré à la gare Saint Charles de Marseille par Ange Simeoni, un autre voyou, rangé, mais qui ne rechigne pas au coup ponctuel qui lui rapportera de quoi contenter la belle Marie-Lou, sa femme. Ange est aussi un indic, celui du commissaire Juston, le principal collaborateur d’un juge d’instruction qui a hérité d’une affaire de blanchiment d’argent, qui tourne vite à l’affaire politique lorsqu’un membre du cabinet d’un ministre se fait voler sa mallette pleine d’argent sale à nettoyer, gare Saint Charles. Par Stanley, pour une collaboration avec Ange qui lui-même n’est qu’un sous-traitant.
   
   On suit également Marc Kervadec, agent de la DGSE, dans les années 1990, lorsque de temps en temps il revient en France et qu’il tombe amoureux de Margot, puis sous un autre nom quelques années plus tard en plein cœur de la françafrique en tant que conseiller pour des chefs d’état.
   
   André Fortin a été juge, c’est dire s’il connaît les arcanes du système judiciaire. Pour le reste, j’imagine qu’il s’est documenté, et fort bien pour donner à son histoire autant de réalisme. On se croirait en plein dans une affaire dont on nous rebat les oreilles depuis trente ans et un peu plus en ce moment, car il faut bien dire que certains se gavent un peu plus que les autres et ont carrément non plus des casseroles aux fesses mais carrément des batteries de cuisine entières. Je ne comprends pas comment les politiques, des gens normalement sensés et censés être l’élite de notre pays peuvent encore croire qu’ils pourront impunément piquer dans les caisses pour leurs comptes personnels ou pour se faire réélire.
   
   Quand on ouvre un polar d’A. Fortin, on ne lit pas un livre duquel on ressort groggy par le rythme imposé. Au contraire, le juge prend son temps et l’auteur également, celui de nous expliquer les détails, les dessous des affaires. Le contraire serait totalement irréel lorsqu’on connaît le rythme de la justice française. Néanmoins, pour donner de la cadence à son livre, la construction en courts chapitres alternant les protagonistes est une excellente idée : un pour le juge et le flic, un pour les voyous Stanley et Ange, un autre pour Marc Kervadec et ses amours et un pour le barbouze qui conseille les chefs d’état africains pour le compte de l’état français. Malgré cela, je dois dire que parfois, c’est un peu long, le roman peine à vraiment démarrer et il faut un premier fait commun à deux histoires pour que ça commence à bouger réellement.
   
   Amateurs de sensation forte, préférez par exemple les livres de Jacques-Olivier Bosco chez le même éditeur -son prochain m'attend. Mais si vous avez plutôt le goût pour les grandes enquêtes, longues, compliquées et très bien expliquées –on comprend tout, parce qu’André Fortin est un excellent pédagogue-, très réalistes, assez loin de nous, mais en même temps proches puisqu’on en parle beaucoup dans les actualités, laissez-vous charmer par l’écriture et les romans d’André Fortin dont ce dernier qui parle par exemple très bien de ce qu'on nomme toujours la françafrique malgré la promesse d'un ancien Président de ne plus se mêler des histoires des pays de ce continent -je vous rappelle que selon lui "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire-", promesse qu'il s'est empressé d'oublier dès lors que des richesses -ressources exploitées par des entreprises françaises en l’occurrence- étaient en péril. Double discours dont parle André Fortin en ces termes : "Un gisement d'uranium découvert quelques mois auparavant constituait la pomme de discorde entre la France et son ancienne colonie. Paris s'était rendu compte, trop tard, que Cyrille Soumaré n'était peut-être pas l'homme de la situation. Mieux aurait valu un dictateur cupide, ç'aurait été tellement plus simple..." (p. 162) C'est cynique, totalement amoral, mais les intérêts financiers de quelques sociétés cotées en bourse prévalent sur la qualité de vie de quelques Africains...
   
   Le mieux, si vous hésitez entre punch et enquête plus pointilleuse, c’est d’essayer les deux et ainsi de varier les plaisirs, Jigal a un catalogue divers et étoffé…
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critique par Yv




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Un livre prévisible
Note :

   L’ayant noté chez Yv il y a quelque temps déjà, je l’ai attendu car ma libraire a toujours du mal avec certains éditeurs qui prennent leur temps pour expédier. J’avoue, l’Afrique n’est pas pour rien dans ce choix.
   
   Finalement, c’est un livre prévisible, un peu casse pied puisque les chapitres sont numérotés pour ne pas se perdre. J’étais prévenu, ce ne serait pas rythmé. C’est le moins que l’on puisse dire. Mais sommes nous si bête pour qu’on pense que nous ne verrons pas les filiations dès les trois chapitres de présentation lus et pour qu’on nous guide au cas où nous nous perdrions dans l’intrigue en trois temps. Mais ce que je trouve dommage de ne pas avoir exploité, c’est ce qui fait une des failles de Kervadec, à savoir des politiciens africains compétents que nos raisons politiques ont tué. En effet, on comprend bien qu’il y a des états d’âmes qui vont en s’amplifiant et cela aurait mérité plus de développements. Tout comme les faiblesses de Margot même si leurs causes familiales nous sont dévoilées par un bref aperçu. En fait, ce qui prête le moins à commentaire c’est la partie enquête financière et les rouages du blanchiment. On sent que l’auteur maîtrise là son sujet. Ce qui est moins le cas sur le relationnel entre Ange et Stanley.
   
   Bref, pour l’Afrique je vais repartir avec Janis Otsiemi chez le même éditeur et pour les intrigues me replonger dans le journal de Jacques Foccart.

critique par Le Mérydien




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