Lecture / Ecriture
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Chevrotine de Éric Fottorino

Éric Fottorino
  Caresse de rouge
  Baisers de cinéma
  Korsakov
  Chevrotine
  Trois jours avec Norman Jail

Éric Fottorino est le nom de plume d'Éric Chabrerie, journaliste et écrivain français, né à Nice en 1960.

Chevrotine - Éric Fottorino

Sombre aveu
Note :

   La quatrième de couverture, par une phrase énigmatique et choc, plonge le lecteur dans l'atmosphère sombre et violente du dernier roman de Fottorino : "Toutes les femmes attendent le grand amour, ta mère cherchait son assassin."
   Une accroche qui ne s'estompe à aucun moment du livre.
   
   Dès les premières phrases, le lecteur sait qu'il y a eu un crime passionnel et que l'histoire s'est terminée tragiquement.
   
   Aujourd'hui malade et en fin de vie, Chapireau, un marin au grand cœur reconverti en ostréiculteur, décide d'écrire à sa fille Automne, une ultime lettre. Il veut lui raconter comment et surtout pourquoi, 20 ans auparavant, il a tué sa mère d'une balle de chevrotine, faisant croire à jamais à une éternelle fugue. Mais peut-on vraiment trouver les mots pour expliquer le côté sombre et destructeur de Laura, la trop belle rousse lumineuse mais tellement manipulatrice?
   
   Fottorino est un brillant observateur de la déliquescence de ce couple pour qui tout avait si bien commencé. Il choisit les mots de la désespérance pour tracer le portrait d'un homme amoureux simplement, face à la folie d'une femme qui n'aime que le combat.
   
   Veuf élevant seul ses deux jeunes garçons, Chapireau vit dans le souvenir de sa première épouse trop tôt disparue, jusqu'au jour où Laura débarque dans sa vie avec fracas. C'est la passion, l'amour et surtout le grain de folie qui lui manquait. Laura va lui donner tout ça et même plus.
   
   Une famille recomposée, qui pendant tout le roman tend à atteindre un bonheur qui n'arrivera jamais. Chaque journée qui passe est assombrie, par l'imagination sans borne de Laura à tout gâcher. Elle mettra une énergie inouïe à blesser, humilier, saccager l'existence de Chapireau.
   Manipulatrice envoûtante, elle arrivera à l'éloigner à jamais de ses fils, mais le récupérant toujours au dernier moment selon sa volonté et son charme.
   
   Fottorino nous fait aimer cet homme au grand cœur, faible et naïf dans son amour éperdu pour une femme qui l'aime, lui. Malgré la distance qu'il met vis à vis de ses fils, l'éloignement physique qu'il leur impose pour garder Laura, l'auteur arrive à nous toucher par sa souffrance et le naufrage de sa vie.
   L'arrivée de leur fille, Automne, ne fera que précipiter une fin inéluctable.
   
   Ancrée, à la Rochelle et dans les environs, l'histoire raconte un combat à mort dans un couple qui ne pouvait pas s'en sortir. Fottorino nous captive par ses mots et son talent à raconter l'intime.
   
   Un très beau et sombre roman qui nous hante encore une fois le livre refermé.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Sensation désagréable
Note :

   Rapidement résumé, ce livre raconte le naufrage d’un couple et d’une famille recomposée. La faute à la femme si tout va mal car si elle se montre enjôleuse et charmante en public, dans le privé elle s’avère une très efficace manipulatrice n’ayant de cesse d’avilir son mari et d’éloigner les enfants de celui-ci. Ça se termine très mal puisque l’homme finit par tuer cette femme, aussi odieuse que séduisante.
   
   On le sait dès le début qu’il y aura crime, ne serait-ce que par le titre.
   
   "Chevrotine", c’est du gros plomb de chasse et il suffira d’un seul coup de fusil pour que Alcide Chapireau, se débarrasse finalement de Laura, sa seconde femme qui faisait le vide autour de lui et qui venait de jeter les dernières affaires de ses enfants nés d’un premier mariage très heureux avec une jeune modiste, aussi simple que lui, mareyeur à La Rochelle. Ses deux fils, écœurés par la méchanceté de leur belle-mère, ne venaient plus le voir depuis longtemps. Il lui restait Automne, la fille de son mariage avec Laura.
   
   C’est à elle qu’il tente d’écrire, vingt ans après les faits, alors que le corps de sa femme n’a jamais été retrouvé et que personne ne l’a soupçonné, lui, mais il est à la veille d’une opération du cœur et il désire tout lui révéler sans savoir par où commencer.
   
   Il suffit d’une seule phrase finalement pour tenter une explication : "Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin."
   
   et quoi de mieux encore qu’une phrase tirée du Horla de Maupassant pour exprimer ce qu’il ressentait avec cette femme aussi séduisante que maléfique?
   "Cette nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres."

   
   C’est avec plaisir et rejet à la fois que j’ai lu ce roman. Le style en est sobre, efficace et agréable. Ce sont les personnages qui m’ont rebutée. Le père pour sa faiblesse, la femme pour sa perversité. Les deux m’ont agacée. Je me sentais trop proches des enfants, de leur révolte et de leur sentiment d’injustice et d’abandon pour excuser ces adultes incontrôlables, entraînés par leur passion destructrice.
   
   Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, sans doute "L’homme qui m’aimait tout bas".
   
   "C'était la technique de Laura: insinuer. Elle n'en démordait pas et Chapireau la laissait s'énerver toute seule."
   
   "Avec Laura, les sorties de crise étaient toujours la crise. Elle avait ses moments oui et ses moments non. Ils étaient encore dans les moments non. Non aux caresses, aux baisers, à l'amour. Oui aux regards fugaces où filtrait chez elle, à travers la forêt de ses longs cils, un éclair insoupçonné de tendresse. Oui aux gestes s'ils se limitaient à une pression de sa main qui broyaient les doigts de Chapireau. Leur lit ressemblait toujours à l'hiver."

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critique par Mango




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Mauvais coup
Note :

    Le titre claque comme un mauvais coup. L’auteur nous met en situation: Nellie avait quitté Chapireau, Alcide Chapireau, pour de mauvaises raisons personnelles et mortelles. Zac et Marcel sont les deux cadeaux qu’elle lui a laissés. Mais il n’est pas bon que l’homme reste seul, à condition de bien choisir. Mais choisit-on vraiment?
   
    Laura surgit dans la vie de Chapireau, belle à le damner, charmeuse, charmante, envoûtante. Elle lui offre Automne, leur fille, puis tout se déglingue. Laura n’est plus elle-même; son regard vire au mauve, ses gestes au violent. Elle aspire négativement tous ceux qui sont dans la maison de Coup-de-vague. Son fils, ceux de Chapireau, Chapireau lui-même passent à la moulinette de son trouble psychologique.
   
    Chapireau n’est pas armé contre cette femme; il ne sait plus comment la prendre; Chapireau est fragile; il lutte avec ses armes à lui qui sont la douceur, la patience et l’amour. Alors, le drame devient inévitable.
   
   L’auteur, on le sent, prend parti pour son héros: lui non plus ne sait plus comment rendre Laura raisonnable; elle lui échappe. Dans un style calme, doux, qui ne blâme pas, il nous montre comment on peut devenir ce qu’on ne pensait jamais être.
   
    Mais il reste Automne, leur fille, qui cherche à comprendre tandis que ses demi-frères ont, depuis longtemps, refusé de trouver une explication.
   
    Laure disparaît un méchant soir. Partie? avec qui? comment? Pourquoi? La réponse ne se trouve pas ni dans le vent ni dans ces quelques questions.

critique par Alain Dagnez




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