Lecture / Ecriture
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Dernier requiem pour les Innocents de Andrew Miller

Andrew Miller
  Dernier requiem pour les Innocents
  La nuit, la mer n’est qu’un bruit

Andrew Miller est un romancier britannique né à Bristol en 1961.

Dernier requiem pour les Innocents - Andrew Miller

Excellent roman historique
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   Paris, 1785, Jean-Baptiste Baratte, jeune ingénieur normand est embauché par le ministre du roi pour déblayer totalement le cimetière des Saints-Innocents ainsi que l'église attenante, sis en plein milieu de la ville, dans un quartier populaire. Plein, inutilisé depuis cinq ans pour cause de dangerosité -une fosse commune s'est déjà écroulée dans une cave avoisinante-, le cimetière dégage une odeur pestilentielle qui se remarque jusque dans la nourriture et les haleines des habitants. Néanmoins, le ministre prévient Jean-Baptiste qu'il sera soumis à l'hostilité des habitants qui ont leurs proches d'enterrés en ces lieux. En outre, vider un cimetière des tous les ossements est un acte symboliquement très fort.
   
   Très très bon roman historique sur un cimetière qui a existé et qui fut vidé, ainsi que d'autres à Paris, les ossements furent alors emportés vers des galeries d'anciennes carrières souterraines, appelées depuis lors, Les Catacombes. Très bien documenté, c'est un roman passionnant qui énonce les conditions de vie de l'époque, juste avant la Révolution, lorsqu'on commence à parler de salubrité et de santé publiques. Ce que l'on appellerait aujourd'hui les conflits d'intérêt sont aussi présents (comme quoi, nos politiques n'ont vraiment rien inventé), comme l'arrogance des grands envers les petits, surtout s'ils sont provinciaux, donc mal dégrossis. Le peuple travaille et vit dans ce quartier, proche des halles, c'est surtout une vie organisée autour du marché : beaucoup de commerçants et d'artisans. Ils vivent de peu mais plutôt bien. Jean-Baptiste arrive là, originaire de Bellême en Normandie, il découvre la vie parisienne, les petites rues, la verve gouailleuse des hommes et surtout des femmes. C'est un peu le Candide de service (Voltaire est mort à peine dix ans auparavant). Logé dans une famille respectable, il a d'abord du mal à se faire à l'atmosphère plombée par les odeurs émanant du cimetière, puis finalement s'y fait, devient ami avec Armand, l'organiste de l'église, avec Lisa la petite-fille du sacristain, tandis que Ziguette la fille de ses hôtes a quelques vue sur lui, un beau parti.
   
   Pour ce sale boulot, Jean-Baptiste fait appel à un ancien camarade ingénieur comme lui avec qui il a travaillé dans les mines à Valenciennes. Il descend avec trente hommes mutiques, pour certains qui ne parlent que -très peu- flamand. Des gars qui bossent et ne demandent en retour qu'une paie, un peu de gnôle et quelques libertés quant à leurs déambulations parisiennes qui seront néanmoins très limitées. De cette trentaine, on ne retiendra que quelques noms, quelques visages et les yeux violets de l'un d'entre eux.
   
   Ce roman fait la part belle aux personnages dans leurs difficultés, leurs contradictions, leurs questionnements. Les relations entre eux sont détaillées, parfois houleuses, parfois très fraternelles. Il y aura un net rebondissement au mitan de l'ouvrage qui ouvrira une seconde partie totalement différente, plus noire, à la fois plus intérieure pour le héros et plus extérieure également, enfin, il s'ouvrira aux autres en s'affirmant. Evidemment Jean-Baptiste a le premier rôle, mais Armand et d'autres surviennent, l'aident à se construire, à se forger. C'est comme souvent, un roman initiatique, celui d'un jeune homme un peu emprunté qui devient un homme en passant des épreuves parfois rudes.
   
   Pour être complet, je me suis un peu accroché pendant les 50 premières pages, j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire, une difficulté qui revient brièvement aux trois quarts du bouquin, mais tous les autres chapitres sont formidables (ce qui fait quand même 250 pages de très bonnes sur 300!). L'écriture est très agréable, fluide, accessible, bien traduite (par David Tuaillon). Un pur plaisir que de lire ce requiem.
   
   Une belle couverture également, soignée, un plan de l'ancien paris, que l'on peut également voir en deuxième et troisième de couverture en plus détaillé et auquel, par pur curiosité, je me suis référé plusieurs fois.

critique par Yv




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