Lecture / Ecriture
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L'ordinateur du paradis de Benoît Duteurtre

Benoît Duteurtre
  La Cité heureuse
  Les pieds dans l'eau
  L'ordinateur du paradis
  La nostalgie des buffets de gare

Benoît Duteurtre est un romancier et critique musical français, né en 1960.

L'ordinateur du paradis - Benoît Duteurtre

Policée !
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   Un nouvel élu vient d'arriver aux portes du Paradis. A sa grande surprise, il se retrouve dans une salle d'attente, avec à la main un ticket portant son numéro d'entrée... C'est qu'il faut faire la queue pour arriver jusqu'au guichet, où une personne fort peu aimable va lui demander, dans un premier temps, de bien vouloir remplir un questionnaire! Avant de le diriger vers la cellule de soutien psychologique... C'est ensuite qu'il se voit notifié qu'il n'est pas du tout assuré qu'il puisse accéder au paradis! C'est qu'on n'y entre pas aussi facilement que cela!
   
   Parallèlement, sur terre, Simon , la cinquantaine, haut fonctionnaire rapporteur de la commission des libertés publiques, a la surprise, alors qu'il s'apprête à tenir une conférence, de trouver sur son smartphone 160 nouveaux messages, contrairement à la trentaine de mails qu'il reçoit habituellement. Fait encore plus étrange: ces messages sont en fait des courriers qu'il a détruits depuis bien longtemps! Mais il semble bien, à son grand dam, qu'un dérèglement cybernautique vient d'avoir lieu, qui envoie aux uns et aux autres des messages privés, entrainant divorces et règlements de compte dans l'ensemble de la société. Mais cela va encore plus loin quand il s'avère qu'on peut retrouver votre historique sur internet... Car Simon a l'habitude de surfer sur des sites pornographiques... Et doit par ailleurs faire face à la vindicte publique, en raison d'une phrase, filmée à son insu avant son passage à la radio, où il tient des propos malheureux sur les femmes et les homosexuels.
   
   Voici un roman sur un sujet très actuel, à savoir les traces numériques que vous laissez un peu partout, sans en être véritablement conscient. L'auteur pointe du doigt les dangers d'internet, qui vous piste à votre insu et est capable de dire ce que vous aimez, ce que vous n'aimez pas et de voir quels sont les sujets que vous avez l'habitude de chercher sur le web.
   
   En noircissant le tableau mais en étant malgré tout pas si éloigné de notre quotidien, on arrive à un roman à la fois drôle et cynique tant il fait froid dans le dos. Il montre en effet une société où tout est contrôlé, contrôlable, où on est pas si loin du "1984" d'Orwell. Il parle des médias, et offre une réflexion sur la bien pensance, et la limite entre transparence et vie privée. C'est cocasse, notamment avec les références à cet "ordinateur du paradis", capable de voir ce que vous avez fait sur terre et d'en déduire si vous méritez d'aller en enfer ou pas. Quoique l'enfer est parfois plus proche du paradis qu'on ne le pense, comme le montrera l’auteur lors de la pirouette finale!
   
   Un livre à la fois drôle et effrayant, qui aborde de nombreux thèmes très contemporains. Un roman qui donne à réfléchir mais fait aussi passer un très bon moment.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Sympa...
Note :

   "Arrivé aux portes du paradis, un nouvel élu, fraîchement décédé, découvre les normes d’hygiène et de sécurité désormais fixées pour la vie éternelle.
   Au même moment, sur terre, un projet de pénalisation des images pornographiques perturbe la tranquillité de Simon Laroche, haut fonctionnaire bon teint qui redoute de se voir démasqué pour ses escapades sur Internet. Pourtant, c’est une simple phrase, filmée à son insu, qui va le précipiter dans un engrenage cauchemardesque.
   Dans cette société à peine imaginaire où les réseaux se dérèglent, où les informations des uns arrivent sur les ordinateurs des autres, où les femmes et les hommes guerroient sans relâche, deux jeunes banlieusards opposent une résistance dérisoire à l’ordre établi. L’intrigue nourrie par toutes les peurs de l’époque alterne avec les interventions débonnaires du Grand Saint Pierre.

   
    J’aime bien Duteurtre, il a un coté Marcel Aymé dans ses propos. Malheureusement, une fois de plus il me laisse un gout d’inachevé. Plusieurs lièvres courent à la fois dans ce roman et finalement, aucun n’arrive vraiment à bon port.
   
   Pourtant, le regard sur notre société est juste, pertinent, mais un je ne sais quoi de "pas assez" me taraude. Ainsi, cette bonne idée de courriels qui se réincarnent en permanence alors qu’on les avait supprimé définitivement, jetant un éclairage sur les danger du cloud et son apparente dématérialisation.
   
   L’arrivée au paradis aussi est bien imaginée, avec des cotés kafkaiens mais qui n’arrivent pas à la cheville de Kafka ou de Jonas Karlsson mais donnent lieu a de savoureux dialogues avec Saint Pierre, un avocat ou d’autres personnages.
   
   "Il existe donc des privilèges, ici comme en bas?
   – Qu’est-ce que tu crois mon petit bonhomme? Qu’on va tout mélanger dans une marmite de bonheur? Non, le ciel est une entreprise comme les autres. Et, vu le manque de place, l’administration préfère entretenir une certaine émulation. Chaque mort doit aspirer à changer de catégorie, à franchir les échelons ; et chacun doit faire ses preuves pour y parvenir. C’est du moins le discours officiel.
   
   ….Moi qui avais parfois rêvé d’une vie éternelle ressemblant trait pour trait à la vie terrestre, j’étais comblé. Sauf qu’elle n’avait pas retenu le meilleur de la condition humaine et s’ingéniait plutôt à imiter le pire."
   
   Un livre sympa, soit, mais pas un grand livre.

critique par Le Mérydien




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