Lecture / Ecriture
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La vie amoureuse de Nathaniel P. de Adelle Waldman

Adelle Waldman
  La vie amoureuse de Nathaniel P.

La vie amoureuse de Nathaniel P. - Adelle Waldman

Un certain intérêt, intérêt incertain
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   "être dans une relation lui évitait d'avoir à draguer les filles, de supporter les longues et ennuyeuses conversations avec des petites qui lui plaisaient à peine dans l'espoir de coucher avec elles. Il était libre de s'adresser à des gens à qui il voulait vraiment parler."
   

   Le charmant personnage qui s'exprime ainsi est Nate P., écrivain en devenir. Son premier roman est à paraître et il va enfin pouvoir se débarrasser des travaux littéraires alimentaires et devenir visible aux yeux de ceux qui comptent vraiment dans le microcosme littéraire new-yorkais.
   
   Jusqu'à présent, il a enchaîné les échecs amoureux et vient d'entamer une relation avec Hannah, jeune trentenaire qui s'est fixé aussi comme objectif d'écrire un roman. Valse-hésitation, relation en pointillés, disputes, les plus infimes variations de ce qu'on peine à appeler vie amoureuse sont disséquées du point de vue de Nate, personnage égocentrique, condescendant et renâclant à se remettre en question. D'où mon total manque d'empathie, largement compensé par le plaisir de l'humour vachard de ce roman qui brosse le portrait d'une génération se donnant bonne conscience à peu de frais. Quant au personnage masculin, il aurait juste été insupportable s'il avait été décrit par un homme!
   
   On ne souhaite à aucune jeune femme de tomber amoureuse de Nathaniel P. ou d 'un de ses avatars.
   
   
   Extrait
   
   "Il était trop tard pour faire comme s'il ne l'avait pas vue. Juliet plissait déjà les yeux, le reconnaissant. Un instant, elle parut heureuse de découvrir un visage familier dans une rue fréquentée. Puis elle comprit que c'était lui.
   "Nate.
    - Juliet! Salut. Comment vas-tu?"
   Au son de sa voix, une petite grimace crispa la bouche et les yeux de la jeune femme. Nate eut un sourire gêné.
   "Tu es superbe, dit-il. Où en est le Journal?"
   Juliet ferma les yeux un instant. "Il progresse, Nate. Je vais bien, le Journal aussi. Tout va bien."
   Elle croisa les bras, fixant d'un air pensif un point situé au-dessus du front de Nate. Ses cheveux bruns étaient détachés, elle portait une robe bleue cintrée et un blazer noir aux manches retroussées au niveau des coudes. Il détourna les yeux pour fixer un groupe de gens, puis la regarda à nouveau.
   "Tu prends le métro? demanda-t-il, désignant du menton l'entrée de la station à l'angle de la rue.
    - Ah oui?" La voix de Juliet se voila. "Vraiment, Nate? s'exclama-t-elle. C'est tout ce que tu as à me dire?
    - Pas du tout!" Il recula d'un pas. "Seulement je pensais que tu étais peut-être pressée."
   En fait, il était préoccupé par l'heure. Il était déjà en retard pour le dîner d'Elisa. Il passa la main dans ses cheveux - leur abondance le réconfortait toujours.
   "Allons, Juliet, dit-il. Ne le prends pas comme ça.
    - Ah?" Elle se raidit. "Je dois le prendre comment, Nate?
    - Juliet..." commença-t-il. Elle l'interrompit.
   "Tu aurais pu au moins..." Elle secoua la tête. "Oh, peu importe. Ça n'en vaut pas la peine."
   Il aurait pu quoi? Nate voulait le savoir. Mais il se représenta l'expression blessée, le visage défait d'Elisa si tous ses invités étaient obligés de l'attendre pour dîner, il entendit sa voix un peu nasale excuser son arrivée tardive d'un désinvolte "Ça n'a pas d'importance" comme si elle avait depuis longtemps cessé de se formaliser des mauvaises surprises qu'il lui réservait.
   "Écoute, Juliet, c'était super de te voir. Et tu es magnifique. Mais il faut vraiment que j'y aille."
   Elle renversa la tête en arrière. Tressaillant presque. Nate comprit - c'était évident - qu'elle se sentait insultée par ses paroles. Il les regretta aussitôt. Brusquement, il ne la vit plus sous les traits d'une adversaire, mais comme une très jeune femme vulnérable, malheureuse. Il eut envie de l'aider, de lui dire un mot gentil, sérieux, sincère.
   "Connard", lâcha-t-elle, lui coupant l'herbe sous le pied.
    Elle le fixa une fraction de seconde puis se détourna, s'éloignant d'un pas rapide vers la rangée de restaurants et de bars qui bordait le fleuve. Nate faillit la rappeler. Il voulait du moins essayer d'arranger les choses. Mais que dirait-il? Le temps lui manquait."

critique par Cathulu




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