Lecture / Ecriture
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Joë de Guillaume de Fonclare

Guillaume de Fonclare
  Dans ma peau
  Joë

Guillaume de Fonclare est un écrivain français né à Pau en 1968.

Joë - Guillaume de Fonclare

Joë Bousquet*, poète
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   "Vous en avez assez, et vous dites "ça suffit". A la grande surprise de votre famille et de vos proches, vous demandez à quitter le logis familial du bas de la rue de Verdun pour investir la chambre du grand-père qui vient de mourir, au 53. Là, vous faites fermer les volets, tirer les rideaux, vous faites poser une lourde tenture de tissu épais devant la porte. Vous édictez vos règles : vous voulez bien participer aux repas dominicaux de la famille, parfois, vous acceptez qu'on vous installe dans la belle décapotable de votre ami Ducellier pour faire un tour dans l'arrière-pays audois, mais la majeure partie de votre vie, vous voulez la vivre loin de la lumière vive du jour, dans votre chambre, dans une nuit organisée, qui court de votre lever à votre coucher, et qui dure aussi longtemps que vous le souhaitez. Désormais, c'est vous qui décidez à quel moment l'extérieur s'immiscera à l'intérieur, à quel moment une lettre, une visite, un soin viendra vous rappeler que vous n'êtes pas seul au monde".
   

   Très touchée par la lecture de "Dans ma peau", je savais que je croiserais à nouveau le chemin de Guillaume de Fonclare. C'est fait avec ce récit croisé évoquant le poète Joë Bousquet que je ne connaissais que de nom. Il est facile de comprendre ce qui a amené l'auteur à s'intéresser à l'homme : touché par une balle à la colonne vertébrale le 21 Mars 1918, sur le Chemin des Dames, les membres inférieurs paralysés, il ne remarchera jamais. Il a 21 ans. L'auteur, atteint d'une maladie auto-immune, perd de sa mobilité jour après jour, a recours de plus en plus souvent au fauteuil roulant et sait que la situation empirera.
    "je vous pensais pareil à moi-même, menant un même combat, luttant avec les mêmes armes contre les mêmes ennemis, parce que vous aviez le corps meurtri et la tête haute. En fin de compte, je m'étais trompé sur bien des choses, et de vous, vraiment, je ne savais rien".

   
   J'ai retrouvé dans ce livre l'écriture de l'auteur, sa discrétion et sa sensibilité. Je me sens démunie pour parler de ma lecture, il ne s'agit pas d'un récit ordinaire mais d'une immersion au plus fort de la souffrance des corps, qui finit par permettre la naissance de tout autre chose, ici une vie intérieure exceptionnelle, un destin tragique transcendé par l'écriture, la poésie, la création. Le genre de souffrance dont on a la connaissance seulement lorsqu'on la vit soi-même de l'intérieur.
   
   De son enfermement volontaire et de son lit de souffrance, Joë Bousquet aura vu défiler tout ce que l'époque compte d'artistes et d'intellectuels, notamment le peintre et ami Max Ernst. L'opium lui permet de supporter les plus fortes douleurs, les femmes sont toujours présentes dans sa vie, il les découvre différemment sans renoncer à la passion qui l'animait. L'auteur parle peu de l’œuvre du poète, c'est surtout sa manière d'aborder une nouvelle présence au monde qui l'intéresse.
   
   C'est un livre dont j'aurais aimé recopier de nombreux passages. Je ne peux que vous inciter à le découvrir, c'est un thème dur certes, mais on y trouve un questionnement profond qui peut concerner chacun de nous, sans pathos, avec sobriété et lucidité.
   
   "J'ai été naïf en imaginant qu'être en fauteuil, c'était avant tout être plus autonome, que ceci signifiait une victoire plutôt qu'une défaite. Oui, quand je me tiens debout appuyé sur ma canne, je suis un homme courageux qui lutte avec détermination contre le mal qui le ronge. Oui, quand je me tiens debout, je peux être admiré parce qu'admirable, mais si par malheur, je m'assieds, je m'abaisse, je sombre. M'est alors revenu en mémoire tout ce à quoi je n'avais pas fait attention ces dernières semaines ; d'autres regards, des gestes ou des absences de geste, la gêne de certains et la trop grande cordialité des autres, toutes ces petites choses qui marquent une différence d'avec "l'habitude", d'avec l'époque où l'on se tenait droit et que son petit handicap ne tenait qu'à une canne où l'on s'appuyait avec la plus grande distinction possible".

   
   
   * Joë Bousquet est un poète français né en 1897 et décédé en 1950.

critique par Aifelle




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