Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Parle-moi du sous-sol de Clotilde Coquet

Clotilde Coquet
  Parle-moi du sous-sol

Parle-moi du sous-sol - Clotilde Coquet

Au malheur des dames
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   "Personne n'admettait jamais que la moitié de sa vie lui était insupportable, personne ne m'avait prévenue. Jusqu'à la nausée, on nous avait rabâché de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux, principe de réalité inculqué dans l'espoir de nous épargner une existence tragique, par exemple celle de Charlotte qui souffrait pour trois."
   
   La narratrice, sur-diplômée en histoire de l'art, enchaîne les petits boulots tout en essayant de terminer sa thèse. Embauchée pour un CDD au sous-sol d'un grand magasin parisien, sa maîtrise de la caisse la fait bientôt remarquer. Des jours meilleurs -ou pires- se profileraient-ils à l'horizon?
   La narratrice analyse avec lucidité le microcosme du grand magasin, sorte de fourmilière représentative de la société extérieure dont elle est, pour l'instant exclue, reléguée au sous-sol.
   
    Elle pointe la "communauté factice et contrainte" des autres employés, la morgue des clientes aisées qui livrent d’elles-mêmes plus qu’elles ne voudraient le croire, que ce soit par le contenu de leurs sacs, leurs bavardages entre elles où leur comportement car "Pour elles, nous étions quantité négligeable, inoffensives, nées pour nous taire, sûres de ne jamais croiser leur chemin ailleurs, à la lumière." Une forme de violence sourde aussi par l’empreinte du magasin s'exerçant sur la narratrice qui utilise involontairement sa voix sur-aimable de caissière dans sa vie quotidienne. Elle dit aussi l’embarras des parents devant cette situation hors-normes où le mécanisme d'ascension sociale s'est bloqué.
   
   La fatigue, le découragement sont palpables dans ce roman, sorte de "Bonheur des dames" inversé. Mais toujours la narratrice conserve son acuité et se demande où se trouve la frontière entre ses aspirations légitimes, ses compétences et le côté scandaleux de sa condition. Parviendra-t-elle à la franchir? Un roman coup de poing, coup de cœur . Une belle entrée en littérature!
   
   215 pages piquetées de marque-pages.

critique par Cathulu




* * *