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Les réputations de Juan Gabriel Vásquez

Juan Gabriel Vásquez
  Histoire secrète du Costaguana
  Les réputations

Né en Colombie en 1973, J. G. Vasquez a fait des études en Europe, et s’est installé en Espagne où il a reçu le Prix Qwerty pour le roman "Histoire secrète du Costaguana".
Il a écrit une biographie de Joseph Conrad.

Les réputations - Juan Gabriel Vásquez

… Il en restera toujours quelque chose
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   C’est le deuxième livre de Juan Gabriel Vásquez que je lis, après "Les Dénonciateurs", que j’avais aimé mais sans plus. J’avais découvert le livre dans une émission de Franz-Olivier Giesbert. Je ne comprends même pas rétrospectivement ce qui m’a poussée à lire ce livre parce qu’aujourd’hui, si je voyais la même émission, je fuirais le livre comme la peste. Cela ne m’a pas empêchée de mettre "Histoire secrète du Costaguana" dans ma PAL (je m’étais montrée plus raisonnable avec "Le bruit des choses qui tombent"). Bien sûr, je ne l’ai pas lu et il est encore plus évident qu’il fallait que je lise son dernier livre, en toute urgence.
   
   Si on résume, je me suis retrouvée à lire ce livre parce que j’avais moyennement aimé l’auteur un jour. Tout va bien?! Bien m’en a pris, tout de même. Parce que cette fois-ci, j’ai vraiment beaucoup aimé le livre, tant au niveau de propos, que de l’écriture et de la fluidité du texte. Comme quoi!
   
   Commençons par le propos. Javier Mallarino est un célèbre caricaturiste de Bogotá. Il exerce depuis quarante ans, dont de nombreuses années dans le même journal. Il a la réputation d’être un homme qui sait faire mouche, qui a du caractère (il a su à plusieurs reprises imposer ses dessins à des patrons de presse récalcitrants). Aujourd’hui, on le fête comme un héros, même les politiques qu’ils égratignent. D’ailleurs, une partie du roman décrit une cérémonie au théâtre Colón où la réputation du caricaturiste serait immortalisée.
   
   En tout cas, c’est ce qu’il aimerait penser. Bien évidemment, l’amitié et le respect des autres masquent souvent la peur qu’ils ont de Mallarino. Il y a une partie de l’histoire qui se déroule donc aujourd’hui. L’auteur réfléchit sur ce qui fait une réputation, une admiration aussi. Dans ce volet de l’histoire, on suit avec intérêt les pensées de Mallarino car il n’est dupe de rien et réfléchit beaucoup sur les autres. Il est aussi intéressant de voir comment les autres lui apparaissent car il voit beaucoup les gens comme des caricatures. Il remarque toujours le trait sur lequel il insisterait. Cela rend le roman très visuel et très drôle. Le fait qu’il soit plutôt sur la fin de sa carrière le fait beaucoup réfléchir personnellement sur ce qu’il a accompli (c’est une réflexion honnête car il ne se base pas sur ce que les autres pensent), sur sa vie de famille (il est divorcé mais revoit souvent sa femme, il a une fille dont il n’est pas très proche). Mallarino dit d’ailleurs dans le roman cette phrase on ne peut plus vraie :
    "Je veux dire qu’il faut bien peu de choses pour que les gens portent quelqu’un au triomphe."

   
   L’autre volet de l’histoire parle d’une vieille histoire ; les deux périodes temporelles se mêlent. Au moment de son divorce, il a emménagé dans une maison dans la montagne et a donc quitté Bogotá. Pour que sa fille et lui s’approprient la maison, il a décidé de pendre la crémaillère. Il avait invité beaucoup de ses connaissances et Beatriz une amie. À la suite d’une bêtise, les deux petites filles se retrouvent endormies à l’étage dans le même lit. Sur ce, Mallarino reçoit la visite surprise d’un député dont il se débarrasse rapidement. Celui-ci ne part pas et se retrouve dans la chambre des deux gamines. Le père de Samanta arrive, va chercher sa fille dans la chambre et découvre le député. Il s’en suit un scandale que Mallarino caricature le lendemain. Comme je l’ai dit plus haut , il n’est pas homme à laisser agir la censure. Du coup, son dessin va passer tel quel. Le deuxième volet du livre est consacré à l’influence de ce dessin sur la réputation du caricaturiste et sur celle du député.
   
   Juan Gabriel Vásquez réfléchit donc sur ce qui fait la réputation d’un homme. L’auteur apporte une réponse pleine de bon sens. La réputation ne tient pas au mérite mais aux gens que l’on fréquente. Elle est d’autant plus difficile à garder intacte que les gens sont versatiles, peureux et sensibles à leurs intérêts. Je trouve très intelligent la manière dont il a mêlé deux situations complètement différentes : un homme qui a "bonne" réputation et un homme qui est entrain de perdre sa "bonne" réputation. C’est ce qui m’a beaucoup plu dans le propos.
   
   Je crois me rappeler que dans ma lecture des Dénonciateurs, ce qui m’avait peu plu c’était le style que j’avais trouvé lent, alambiqué, très long… En gros, je m’étais ennuyée parce qu’il y avait un manque d’adéquation entre moi et le rythme du livre. Dans ce livre, pas du tout. Les phrases sont plus courtes, moins adjectivées. Le propos s’y prête. Juan Gabriel Vásquez arrive avec ce style à expliciter mieux son propos. Cela lui permet de sortir des phrases plus percutantes, sur ce qui fait une réputation. Il ne brise pas le rythme de son texte. Si il avait eu un style plus lent, plus descriptif, il n’aurait pas pu faire ce genre de phrase car cela aurait été noyé. En écrivant ce paragraphe, je me rends compte que ce choix de style est peut être dû au personnage de Mallarino, qui sait juger et voir vite une situation, un personnage, ou bien dû au fait qu’on est dans le milieu de la caricature où finalement on va à l’essentiel et où on se doit d’être percutant. Je me demande donc comment sont écrits les autres livres de l’auteur.
   
   Je vous conseille donc ce livre car le propos du livre amène à réfléchir sur ce qui fait la réputation de nos hommes publics. Je vous rassure Mallarino est un homme bien ; ce n’est pas un méchant héros.

critique par Céba




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