Lecture / Ecriture
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Fannie et Freddie de Marcus Malte

Marcus Malte
  Carnage, constellation
  Garden Of Love
  Intérieur Nord
  Toute la nuit devant nous
  Cannisses
  Les harmoniques
  Fannie et Freddie
  Il va venir
  Le garçon
  La part des chiens

Marcus Malte est né en 1967 et vit depuis ce temps à La Seyne-sur-Mer. Il a fait des études de cinéma, a été musicien de rock, de jazz et de variétés. Puis il s’est lancé dans l’écriture, plus particulièrement des romans noirs pour les adultes et pour la jeunesse…
(Source éditeur)

Fannie et Freddie - Marcus Malte

En pleine crise
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   Fannie, dite Minerve parce que son buste entier pivote lorsqu'elle répond à quelqu'un, pour compenser la perte de vision due à un œil de verre, est en chasse. Elle se rend dans un parking, se gare face à un coupé Mercédès, joue la femme en difficulté devant une roue crevée. Lorsque le propriétaire du coupé s'avance elle lui demande de l'aide et lorsqu'il se penche, le shoke avec poing électrique de 900 000 volts et l'installe dans le coffre de sa vieille Toyota.
   
   Un huis-clos sur fond de vengeance. La tension monte crescendo, pour nous lecteur, parce qu'on ne connaît pas le motif de l'enlèvement ni les relations entre Fannie et Freddie, l'homme agressé. Ce n'est que petit à petit que Fannie s'explique, que Freddie (ne) comprend (pas) les raisons de son geste.
   
   Une nouvelle ou un court roman d'à peine 90 pages qui se déroule aux Etats-Unis, dans une ville sinistrée par la fermeture de l'aciérie locale. Pourtant cette usine et les gens qui y ont travaillé ont construit le pays, oubliés maintenant, victimes pour beaucoup du capitalisme outrancier et de la spéculation.
   "Elle dit : Je te parle de ceux qui ont l'argent et le pouvoir. Les tout-puissants. Les tout-permis. Ceux qui ont atteint les sommets de ce qu'on appelle la réussite. Ceux qui sont au-dessus de tout. Mais comment. Comment ils ont fait pour arriver là-haut, si haut?... En écrasant les autres. C’est comme ça qu'ils font. Ils les piétinent. Ils leur marchent sur la tête, ils leur passent sur le corps. Et les cadavres s'accumulent sous eux. Des tas et des tas, sur lesquels ils continuent de grimper. Grimper, grimper, grimper. Tu peux être sûr que plus ils s'approchent du ciel, plus ils ont de morts sous leurs godasses." (p.59/60)

   
   Un roman noir social, en plein dans l'actualité de la crise et de la vie difficile pour les plus pauvres qui continuent à s'appauvrir alors que les riches n’ont jamais été aussi riches. Un roman rapide, aux phrases courtes qui va à l'essentiel sans oublier les personnages, fictifs mais sans doute très réels pas dans leur jusqu'au-boutisme, mais dans leurs difficultés à surmonter l'échec d'une vie ou au contraire dans leur manque d'empathie envers les plus faibles voire même leur mépris.
   
   Ce roman est suivi d'une nouvelle d'une soixantaine de pages, intitulée "Ceux qui construisent les bateaux ne le prennent pas". Les deux textes se répondent, ont un contexte similaire, même si ce dernier se déroule à La Seyne-sur-Mer, ville natale de Marcus Malte. La Seyne-sur-Mer était connue pour ses chantiers navals abandonnés depuis des années. Depuis, cette ville populaire -c'est rare dans le coin- des bords de la Méditerranée a du mal à se reconstruire. Le souvenir des chantiers est très vivace, on y travaillait de père en fils ; les fils d'aujourd'hui sont au chômage. C'est là que travaille Ingmar Perhsson, flic, qui depuis vingt-sept ans cherche à comprendre la mort de son seul ami, Paul, tué d'un coup de P 38, à l'âge de 14 ans. Il déambule en ville, tente de comprendre et de s'occuper pour que son mal-être ne le submerge pas. Un texte dans la lignée du précédent avec un héros de polar type, blasé, mal dans sa peau, solitaire.
   
   Dans ces deux textes, Marcus Malte nous balade dans des villes ouvrières à la reconstruction ardue qui laissera beaucoup de gens sur le côté. Pas gai, bien sûr, mais franchement bien vu, et l'écriture de l'auteur nous emmène jusqu'au bout de ses deux histoires sans qu'on ait vu passer le temps.

critique par Yv




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