Lecture / Ecriture
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Pas pleurer de Lydie Salvayre

Lydie Salvayre
  La méthode Mila
  Passage à l’ennemie
  Portrait de l'écrivain en animal domestique
  La puissance des mouches
  7 femmes
  BW
  Pas pleurer
  La conférence de Cintegabelle
  Les belles âmes
  La déclaration
  La compagnie des spectres

Lydie Salvayre est une écrivaine française née en 1948. Elle exerça la psychiatrie pendant plusieurs années, avant de vivre de sa plume.
Elle a obtenu
Le Prix Novembre en 1997 pour "La Compagnie des spectres"
Le Prix François Billetdoux en 2010 pour "BW"
Le prix Goncourt en 2014 pour "Pas pleurer"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Pas pleurer - Lydie Salvayre

La fin des illusions
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   Prix Goncourt 2014
   
   Lydie Salvayre s'est largement inspirée de son histoire familiale pour écrire ce livre qui lui a enfin valu le Goncourt. Elle s'y représente en tant qu'écrivaine, en France, recueillant les souvenir de sa mère vieillissante, Républicaine espagnole réfugiée après la victoire de Franco, qui s'est approprié le français en une langue très métissée que l'auteure appelle "fragnol" (mais je n'adhère pas à ce nom car c'est "fran", pas "fra", bref, je ne vais pas commencer à chipoter).
   
   La maman en question, Montse a 15 ans au début de la guerre d'Espagne et vit dans une famille d'humbles ouvriers agricoles. Le père, n'ayant personne d'autre qu'il puisse malmener, se défoule sur sa famille comme il est de coutume en pareil cas. La mère est effacée comme il se doit, le frère Josep est encore bouillant d'espoirs et de convictions anarchistes et elle-même, découvre le monde et est séduite par ses audaces. La République espagnole est élue mais les généraux putschistes font leur coup d'état et on en vient à l'affrontement armé. Nous en sommes là. Je regrette un peu que l'auteure n'ait pas mieux placé le contexte dès le début car je suis loin de croire que tout le monde connait bien le déroulement des évènements. Elle le fera plus avant dans le livre, mais je pense que certains lecteurs auront eu le temps de se perdre un peu. Ce n'est que page 104 qu'elle recadre un bouquin qui est un peu en train de partir dans tous les sens en disant déjà qui raconte et qui écrit et en rappelant les faits historiques. J'ai regretté que cela n'ait pas été placé plus tôt dans le livre.
   
   La première partie, pour tout dire, ne m'a pas vraiment convaincue. Il y a trop de convictions, pas assez d'art. Je sais. On ne doit pas dire cela. Tant pis, c'est fait. J'ai trouvé que le parachutage soudain de passages comme cette lourde "Petite leçon d'épuration nationale" à la tentative d'humour déplaisante, ne s'imposait pas. Et puis aussi, il y a le problème de la langue. Si l'on s’accommode avec un sourire du Fragnol de Montse, il n'en est pas de même de tous les passages en espagnol, non traduits. J'ai demandé à un autre lecteur que je sais non hispanophone si cela ne l'avait pas gêné et il m'a dit "mais non, je sautais" Ben oui, mais c'est partir du principe qu'il ne sont pas nécessaires à la compréhension et quand je lis par exemple:
   - Elle est bonne! S'exclama Josep sans croire à ce qu'elle lui disait.
   Puis riant : te conozco bacalao aunque vengas disfrazao.
   Mais devant le visage de sa sœur qui demeurait grave, Josep, soudain se rembrunit."

   Moi je dis que j'aurais aimé comprendre la phrase médiane. Et les exemples de ce genre sont nombreux. Très nombreux même, dans la première partie. D'un autre côté, on comprend bien le but d'immersion hispanique et c'est vrai que rapidement, on se sent un peu comme lorsque séjournant en Espagne, on est entouré du bruit de conversations qu'on ne comprend pas. C'est à ce titre que l'on peut l'accepter, mais tout de même, cela aurait gagné à être plus réduit.
   
   Au village, Josep, anarchiste, se heurte à Diego, communiste, qui sait mieux manier les foules qui toujours, désirent un chef, et qui parvient à diriger la population. Lydie Salvayre rappelle, et ce n'est pas inutile, les massacres d'anarchistes que firent les communistes. L'antagonisme de ces deux-là va servir à illustrer ces deux pages de l'Histoire.
   
   Le roman devient beaucoup plus convaincant passé la page 100. La psychologie des personnages est bien rendue (on ne peut en attendre moins de la psychiatre qu'elle fut) et on apprécie mieux le parallèle établi tout au long du livre entre la position de Bernanos qu'il livra dans ses "grands cimetières sous la lune" et celle de ses frères en religion : le clergé. Cet hommage rendu à l'écrivain catholique et monarchiste, touche par son honnêteté.
    ↓

critique par Sibylline




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2 voix
Note :

   Hasard du calendrier de lecture, je venais d'enregistrer mon billet sur le livre de Lydie Salvayre quand le Prix Goncourt a été annoncé, je suis heureuse de voir récompenser un très bon roman.
   
   J’ai déjà beaucoup lu sur la guerre civile espagnole, depuis toujours c’est un sujet qui m’a passionnée je dois cet intérêt au roman de Michel del Castillo "Tanguy" dont la lecture très tôt m’a marquée.
   
   Terrible guerre civile, exil forcé des républicains, les années sous la dictature, je connais cela mais j’ai choisi d’y retourner grâce au roman de Lydie Salvayre, fille d’émigrés, qui nous raconte son histoire ou plutôt celle que sa mère lui a raconté mille et mille fois avec son accent et son parler si particulier.
   "J'ai le sentiment que l'heure est venue pour moi de tirer de l'ombre ces événements d'Espagne que j'avais relégués dans un coin de ma tête pour mieux me dérober sans doute aux questionnements qu'ils risquaient de lever."

   
   C’est donc l’histoire de Montse une belle fille de quinze ans qui dans une Espagne qui vit sous le goupillon va se mettre à croire, comme Josep son frère, aux lendemains qui chantent.
   
   C’est l’âge de l’amour fou, de tous les rêves et Montse se retrouve à Barcelone en pleine guerre civile. Liberté, ivresse de tous les espoirs, le retour à la réalité sera d’autant plus difficile. Un mariage un rien obligatoire, la fuite vers la France, vers l’exil.
   
   C’est en parallèle que Lydie Salvayre nous emporte à Majorque où Georges Bernanos réside en juillet 1936, c’est un catholique plus que bon teint, donc de façon naturelle on l’attend du côté de Franco, mais non le catholique en lui est révulsé par la répression barbare, la violence aveugle des phalangistes et surtout la complicité de l’Eglise. Il ne nie pas ni n’approuve bien sûr les exactions des républicains car il y en a mais sa foi est mise à mal. Il est atteint profondément, lui, l’homme dont le fils s’est engagé dans la Phalange, il va déverser sa colère et sa révolte dans un livre "Les Grands Cimetières sous la lune", qui lui vaudra de voir sa tête mise à prix par le Général Franco!!
   
   Cette alternance des voix de Montse et de l’écrivain amplifie le dégoût que l’on éprouve devant tant de haine, le récit dans une langue bien à elle de Montse apporte un peu de légèreté et de rires écoutez la :
   "Il faut que tu sais, ma chérie, qu’en une seule semaine j’avais aumenté mon patrimoine des mots" ou encore Et moi qui était une noix blanche, pourquoi tu te ris?, moi qui ne connaissais rien à rien, moi qui n’étais jamais entrée dans le café de Bendición par interdiction paterne. Je suis devenue en une semaine une anarquiste de choc prête à abandonner ma famille sans le moindre remordiment et à piétiner sans pitié le corazón de mi mamá"
   
   Lydie Salvayre à l’image de sa mère fait un récit chargé d’émotion "L'été radieux de ma mère, l'année lugubre de Bernanos: deux scènes d'une même histoire" l’évocation de cette mère aimante dont la mémoire s’envole sauf sauf pour les événement de cet été là.
   
   Ce tissage des deux voix est très réussi, la colère de l’un, la joie de l’autre avant l’épreuve font de ce livre une réussite.
    ↓

critique par Dominique




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Catalogne 36
Note :

   Lauréate du Prix Goncourt, Lydie Salvayre n’est pas une inconnue sur la scène littéraire française avec une douzaine de romans dont le dernier lui a valu d’être primée.
   
    1936, une année charnière dans la vie de sa mère, aujourd’hui diminuée par la maladie, et dans le destin de l’Espagne. Devant sa mémoire défaillante qui a effacé les années qui ont suivi cet été 36 dont elle a gardé intact le souvenir, elle raconte à sa fille le village de ses quinze ans. Une hiérarchie immuable dominée par la figure de don Jaume Burgos Obregon qui révolte son frère Josep gagné aux idées anarchistes, des paysans soumis sourds à tout changement, l’église toute-puissante sourde aux crimes perpétrés par les fascistes. Face à Josep, Diego le communiste, fils adoptif des Burgos en opposition avec sa famille. Depuis l’enfance ils n’ont pas cessé de se chercher, leur antagonisme s’exaspère, leur vision de la révolution est irréconciliable. Toutes les factions qui se déchirent à l’image du pays se retrouvent au sein du village. Au milieu de ce chaos, la jeune Montse essaie de survivre avec son secret: comment avouer à sa famille qu’elle est tombée amoureuse, lors de son bref séjour à Barcelone, d’André, l’homme dont elle ne connaît pas le nom et dont elle est enceinte. Dans ce milieu ultra-conservateur sous la coupe de l’église, l’affaire risque de faire grand bruit.
   
    En écho à ce récit, Lydie Salvayre a convoqué Georges Bernanos, ce catholique fervent qui, ce même été, séjourne à Palma de Majorque. Il assiste au massacre des rouges par les nationaux, chassant, torturant, tuant avec la bénédiction de l’archevêque. Ses témoignages seront rassemblés dans "Les grands cimetières sous la lune", récit des atrocités qui trouvent un écho malsain dans la barbarie d’aujourd’hui.
    ↓

critique par Michelle




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Rencontre grande histoire et histoire familiale
Note :

   "Elle a grandi dans une famille puritaine, campagnarde et absolument ignorante du monde, persuadée que toutes les épouses devaient, par décret, la boucler, persuadée que tous les pères de famille étaient autorisés, par décret, à cogner femme et enfants, élevée dans la crainte de Dieu et du diable qui prend mille masques trompeurs, mon enfant, et parfaitement dressée à obéir et à se soumettre".
   

   Je n'avais pas lu Lydie Salvayre depuis un bon moment et j'ai renoué avec elle à travers ce roman qui a obtenu le Prix Goncourt 2014. Je gardais le souvenir de textes assez froids et caustiques, aussi ai-je été surprise par la joie et la vie qui règnent dans celui-ci, malgré un sujet dramatique, la guerre d'Espagne.
   
   L'auteure nous raconte ce tragique évènement à travers le récit de sa mère Montse. A 75 ans, elle ne se souvient plus de grand chose, sauf de l'été 36, où elle a découvert une certaine liberté et l'amour avec un jeune Français. Le frère de Montse, Josep, est un libertaire, porté par un idéal exalté et c'est lui qui l'entraîne à la ville cet été là, au grand dam de la mère.
   
   Lydie Salvayre met en parallèle à son histoire familiale "Les grands cimetières sous la lune" de Georges Bernanos. En 1936, l'écrivain résidait à Palma de Majorque. Tout le rapproche du camp franquiste, il est pourtant rapidement horrifié par les exactions commises, largement encouragées par l'Eglise espagnole "qui tapinait avec les militaires".
   
   A l'enthousiasme de l'été 1936 où tout semblait possible, va succéder le désastre que l'on sait. Dans le village de Montse chacun a pris parti et les règlements de compte vont être féroces. La narration de Montse et le contrepoint de G. Bernanos permettent de suivre facilement la progression des évènements, même si l'on n'est pas féru côté historique.
   
   L'échange entre l'auteure et sa mère est coloré et savoureux, grâce au "fragnol" mélange d'espagnol et de frnaçais déformé très imagé. Par contre, j'ai été dérangée par les phrases en espagnol, non traduites ; j'ai eu l'impression d'être exclue d'une part de l'histoire, sans savoir pourquoi.
   
   Ceci dit, c'est un léger inconvénient, mon impression d'ensemble est très positive et me donne envie de relire les premiers romans de l'auteure et bien sûr "Les grands cimetières sous la lune" de Bernanos. Je constate une fois de plus que le mélange grande histoire et histoire familiale permet de mieux appréhender les évènements d'aujourd'hui. Beaucoup de noirs secrets dorment encore dans la terre espagnole.
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critique par Aifelle




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Remarquable Lydie Salvayre
Note :

    Ces six derniers mois j’ai lu trois romans de Lydie Salvayre : La Puissance des Mouches, que je n’ai pas chroniqué parce que ce livre m’avait impressionnée et "laissée sans voix", La compagnie des spectres, que je n’avais pas chroniqué non plus car j’attendais d’avoir en quelque sorte "digéré" la forte impression laissée par cette lecture, et enfin Pas Pleurer, que j’ai terminé il y a près de trois semaines et que je n’étais pas loin de renoncer à chroniquer parce qu’il me semblait que tout avait déjà été dit sur ce livre et que je ne ferais que répéter ce qui avait été dit cent fois.
    Mais bon, comme j’aime vraiment beaucoup les œuvres de Lydie Salvayre, je ne laisserai pas passer une troisième fois l’occasion de commenter un de ses romans.
   
   L’histoire est loin d’être simple, mais voici le point de départ : la narratrice, Lidia, d’origine espagnole, fait une sorte d’enquête sur ses origines, ce qui l’amène à écouter attentivement les récits que sa mère, Montse, fait dans une sorte de langue étrange entre le français et l’espagnol que Lidia appelle le "fragnol". Dans ces récits, elle se remémore l’été 1936, alors qu’elle avait quinze ans, que le vent de la liberté et de la révolution soufflait sur l’Espagne, et qu’elle était en train de vivre la plus intense et la plus belle période de sa vie. Lidia, parallèlement, s’intéresse à l’œuvre de Bernanos, et particulièrement à ce qu’il écrivait au sujet des horreurs commises pendant la Guerre d’Espagne dans son livre "Les grands cimetières sous la lune".
   
   J’avoue que je ne suis pas, habituellement, passionnée par les romans où le cadre historique est très marqué, et d’autant moins quand il s’agit d’une période historique dont je ne connais pas grand chose (avant de lire ce roman, la Guerre d’Espagne se résumait à deux lignes dans mon esprit). Ceci dit, le fait de me sentir immergée dans cette période de l’histoire, où les idéaux étaient placés très hauts, et où le courage n’était pas un vain mot, est loin d’avoir été désagréable. Ce que j’ai appris grâce à ce livre, c’est l’existence du conflit très fort entre les anarchistes (libertaires) et les communistes (staliniens) au début de la Guerre d’Espagne, et la manière dont les uns et les autres essayaient de manœuvrer pour se gagner les bonnes grâces de la population.
   
    J’ai retrouvé dans "Pas pleurer" cette forte expression de haine du fascisme que j’avais déjà rencontrée dans "La Compagnie des Spectres", et qui, malgré son côté répétitif et parfois outrancier, n’en est pas moins sympathique et respectable, donnant vraiment l’impression d’une haine viscérale, s’exprimant avec ardeur et jubilation.
   
    Il m’a semblé que les trois phases émotionnelles traversées par Montse en cet été 1936 (la candeur, la passion et la résignation) étaient décrites et rendues avec une grande justesse, et que les états transitoires d’une émotion à l’autre étaient vraiment réalistes bien qu’assez rapides.
   
    J’ai été un peu gênée par les nombreux dialogues en espagnol – que je n’ai pas le bonheur de comprendre – et j’ai eu plusieurs fois l’impression frustrante de passer à côté de détails importants. Mais c’est ma seule petite réserve concernant ce roman, que j’ai trouvé pour le reste excellent, sans temps mort, et avec des personnages plein de fougue et d’élan.
   
   "Pas pleurer" était paru aux éditions du Seuil, et a reçu le prix Goncourt en 2014.

critique par Etcetera




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