Lecture / Ecriture
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Cette nuit, je l'ai vue de Drago Jančar

Drago Jančar
  Aurore boréale
  Cette nuit, je l'ai vue

Drago Jančar est un écrivain slovène né en 1948.

Cette nuit, je l'ai vue - Drago Jančar

Ce serait dommage de louper ça !
Note :

   Prix du Meilleur livre étranger 2014.
   
   Nominé pour le prix de Littérature Européenne de Cognac, c'était parmi la sélection, le roman qui me donnait le moins envie de lire. Mais finalement... Il aurait vraiment été dommage de louper ça!
   
   Ce roman est un texte à plusieurs voix où cinq personnages-narrateurs racontent à tour de rôle leur histoire commune avec Veronica. Mais qui est Veronica? C'est le personnage central de l’œuvre, physiquement absente mais psychologiquement omni-présente. Cette jeune femme excentrique et vivant en dehors de la réalité de la Seconde Guerre Mondiale disparait un beau jour avec son mari. Chacun s'interroge alors sur son devenir et sur ce qui a motivé cette disparition. Chacun raconte également quelle femme fantasque elle était et ce qu'elle représentait pour lui.
   
   A travers cette histoire, l'auteur raconte également la Slovénie en temps de guerre et la situation complexe qui y règne avec un pays d'abord opposé à l'Allemagne puis pro-allemand, divisé entre l'occident capitaliste et l'orient communiste. La guerre n'a rien de facile et dans ce roman cette complexité est vraiment mise en avant. On rencontre des personnages des deux camps et certains pour qui cela n'importe pas, on comprend chacun de leurs arguments et ça devient vraiment monstrueux tant les cas de conscience qui incombent aux personnages nous tombent également dessus et deviennent source de questionnement sur ce qu'aurait pu être notre propre comportement.
   
   Si vous hésitez encore à découvrir ce roman, surtout passez outre le résumé de la quatrième de couverture et la couverture elle-même qui s'en doute ne vous encourageront pas à découvrir cette merveille. C'est vraiment une œuvre magnifique.
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critique par Pauline




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L'insoutenable liberté des autres
Note :

   Ce n'est que mon deuxième roman slovène. La Slovénie n'avait jusqu'à présent guère été fondamentale dans mon patrimoine littéraire. Petit pays coincé entre Autriche et Italie, le premier cependant à quitter l'ogre yougoslave, le plus prospère aussi, c'est relatif, la Slovénie est plus alpine que balkanique. "Cette nuit je l'ai vue" a obtenu le prix du Meilleur Livre Etranger délivré par je ne sais plus qui et il me semble qu'un bouche à oreille sympathique circule dans le Landerneau littéraire. A juste titre m'empressé-je de vous dire.
   
   Veronika Zarnik est une femme libre et troublante, indéfinissable, de celles que l’on n’oublie pas. Mariée à Leo, un homme d'affaires bourgeois lui aussi mais peu conventionnel, tous deux d'une totale indépendance d'esprit, ils vivent à leur manière, affranchis de la plupart des contraintes de la vieille Europe, jusqu'à ce que la guerre fasse d'eux, fasse d'eux quoi exactement d'ailleurs? En hiver 1944 le couple disparaît du manoir où il vivait. "Cette nuit je l'ai vue comme si elle était vivante est l'incipit de ce très beau roman, c'est Stevo, officier pro-allemand qui parle le premier, qui fut l'un des amants de Veronika. Et tout se passe comme si le spectre de cette femme incernable hantait différentes voix qui s'élèvent alors pour l'évoquer. Ils sont cinq à ce jeu-là, tous l'ont connue d'une manière ou d'une autre. Outre Stevo, Horst le médecin allemand, sa propre mère, Jerenek, un résistant et une servante dévouée se remémorent Veronika, probablement punie, de quoi? De collaboration, c'est parfois si facile, en ces temps de titisme, de liberté surtout. C'est qu'elle nous insupporte, parfois cette liberté en cheveux que rien n'émeut. Rien n'est plus dur que la liberté des autres.
   
   J'ai choisi de lire "Cette nuit je l'ai vue" avec 50%de hasard, 50% d'envie d'un autre pays. Après j'ai su pour le prix et vu les encarts photos du livre dans la presse. Il est bien agréable de découvrir la littérature de ces pays si longtemps ignorés. J'ai lu une excellente critique, que je partage tout à fait, celle de L'Humanité, non sans m'étonner comme toujours quand on trouve la traduction inspirée ou médiocre, sauf à lire parfaitement la langue vernaculaire. Bien peu, vraiment bien peu slovenophone, je ne me hasarderai pas à émettre une opinion.

critique par Eeguab




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