Lecture / Ecriture
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Agaves féroces de Nicolas Marchal

Nicolas Marchal
  Agaves féroces

Agaves féroces - Nicolas Marchal

Un peu loufoque
Note :

   Une histoire un peu loufoque, atypique, un peu "barrée" et particulièrement enlevée !! Avec des passages à se tordre de rire...
   
    L'histoire démarre quand un assistant d'un professeur de faculté,- un peu condescendant avec ses étudiants et ses collègues plumitifs, et écrivant une thèse sur son icône Malcolm Lowry et son chef d'œuvre "au-dessous du volcan"-, est invité à rejoindre son Professeur de Lettres en vacances. Celui-ci lui indique qu'il est dans le sud de la France et qu'il a découvert le Rocher des Vierges... qui "présente d'étranges similitudes avec ce que Lowry dit du paysage mexicain" dans son bouquin. Ni une, ni deux, Yves file à Arboras, petit village sudiste français.
   
    Notre héros, Yves, ne porte assurément pas dans son cœur le Professeur: "Avec ses livres farauds et ses articles de pacotille. Et surtout, avec sa saleté de saloperie de bigre de Nom de Dieu de cours à 60 heures, suivi passionnément par plus d'étudiants qu'en comptait la faculté, à tels points que les travées étaient combles, les escaliers, les appuis de fenêtres occupés, tout ça pour quoi, pour une farce, un sous-produit de bazar, une grotesque mascarade ! La littérature volcanique: lire ou vivre Lowry. Littérature volcanique ! Je vous demande un peu ! Sale type de Professeur et ses métaphores vaseuses pour masquer son incompétence !". Yves connait tout de Malcolm Lowry et de "au dessous du volcan" alors... il ne supporte pas qu'un bellâtre galvaude son œuvre préférée... et le héros part dans de très mauvaises dispositions: "Et puis, à vrai dire, je déteste voyager. Je détestais la chaleur, le Sud de la France, le vent , le Professeur, et tout ce qui emportait les feuilles de ma thèse."
   
    Il s'installe dans son logement, dans cette villa où il est invité et...rien ne va plus: "Et puis, il faisait si chaud. Je me sentais comme pris sous une aisselle." ! [...] "Moi, seul dans la cour de cette grande maison, dans ce village perdu, peuplé de rares vignerons et de vieillardes qui sentaient l'ail." Et alors qu'il aperçoit un scorpion et qu'il se débat avec une mouchette, toujours dans le réflexe de l'analyse diachronique et synchronique propre au thésard en Lettres qu'il est, Yves a une vision: "Ma tête effectua un quart de tour vers la porte, et j'ai vu la plus belle femme du monde. De tous les mondes connus, et des autres." Yves rencontre Rose et en est particulièrement troublé. d'autant plus qu'il ne l'imagine pas avec le Professeur... Mais qui est cette femme...?
   
    Yves, prenant le rôle de touriste étranger, va donc découvrir Arboras, ce lieu très éloigné de lui-même. "Dans ces villages incrustés à flanc de montagne, les couloirs étroits qui servent de rues ont été tracés expressément pour punir les hommes de leur outrecuidance d'être nés. [...] Comme toujours en montagne, tout semblait proche. C'est le côté sale garce de petite allumeuse d'une montagne." Et à Arboras, il y a aussi des personnages hauts en couleur: des vieillards assis sur un banc, les chasseurs, l'anglais qui a racheté la plus belle maison du coin... Yves observe et découvre tout ce petit monde... et c'est franchement hilarant !
   
    Dans ce roman, on suit donc le récit de Yves, un brin décontenancé par la découverte d'Arboras et tout étourdi par cette fameuse Rose... mais les chapitres sont entrecoupés de descriptifs et de réflexions autour du film de John Huston, le fameux... "Au-dessous du volcan". Dans ces intermèdes, l'auteur nous parle aussi des... agaves, d'où, le titre du roman mais ça, c'est une autre histoire.
   
    En tout cas, un roman emballant jusqu'à un point d'orgue qui se situe à mon avis à partir de la page 99 qui annonce la "Grande brasucade de la Saint-Laurent du 10 août, animation musicale : Rose et ses chicanos"... Page 121/122:
   
    " Soudain il y avait une foule bien compacte. Qui grouillait de conversations, qui bourdonnait, qui éclatait de rire çà et là. Bien entendu, nul Professeur. Je n’aurais jamais cru qu’Arboras comptait autant d’êtres humains. Sans doute avait-il fallu rappeler le ban et l’arrière-ban, les cousins exilés à Montpellier, les petites filles montées à Lyon, pour rassembler un tel monde. Je cherchais Rose du regard. Elle n’était pas encore là. Les gens semblaient tous bien se connaître. D’ailleurs, ils se ressemblaient tous. J’avais la désagréable impression de débarquer au milieu d’une fête familiale en parfait étranger.
   Nulle cruche d’eau. Du vin. Et encore du vin.
    Où me mettre? Comment me tenir? Mains dans les poches? L’air détaché? Près de la table où l’on a servi l’apéritif? Le long du muret? Les édiles locaux serraient des mains et badinaient bruyamment. Les femmes formaient un groupe autonome et se complimentaient sur leurs toilettes. Des enfants couraient. Des chiens grattaient leurs croûtes sous les tables. L’assemblée se dilatait et se contractait au rythme des nouvelles arrivées, des nouvelles bouteilles ouvertes. Les trois vieillards étaient assis sur leur banc, que personne n’aurait songé à leur disputer, et il semblait que la fête du village se déroulait chaque année où ces trois antiquités trônaient, et non l’inverse."
   

    Voila, bon je ne vais pas recopier tout le texte mais c'est un bon aperçu du style et de l'humour de Nicolas Marchal dans le contexte de cette fête de village et tout ce passage est franchement excellent !!! Et finalement, comme à l'image de ce roman.. .original, frais, drôle et bien écrit... !
   
    Après "Les conquêtes véritables", c'est le deuxième livre que je lis de cet auteur belge, un auteur à découvrir d'une façon diachronique ou synchronique, c'est comme vous voulez... !

critique par Laugo2




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