Lecture / Ecriture
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Lola Bensky de Lily Brett

Lily Brett
  Lola Bensky

Lola Bensky - Lily Brett

Quête identitaire
Note :

    Prix Médicis Etranger 2014
   
   Londres, 1967. Lola est une jeune journaliste de 19 ans, très préoccupée par son surpoids. Elle se trouve moche, potelée et passe sa vie à faire des régimes, elle en a d'ailleurs toute une panoplie en réserve entre le régime barre Mars, ou le régime concombre citron. Elle travaille pour une revue de musique "Rock out", et pour ce faire passe beaucoup de temps à interviewer des musiciens devenus célèbres aujourd'hui, mais en tout début de carrière à l'époque. Le livre démarre d'ailleurs par l'interview de Jimmy Hendrix. Mais elle rencontrera aussi Mike Jagger, Joe Cooker, Brian Jones, Cat Stevens et bien d'autres... Ses interviews sont un brin décalées et donnent d'emblée un ton humoristique au livre. Il faut dire que dans les années 1960 interviewer des personnes célèbres était beaucoup plus simple qu'aujourd'hui : pas d'attachée de presse pour faire tampon si bien que tout était plus facile et qu'on pouvait se permettre des questions pour le moins incongrues, comme demander à Mike Jagger s'il lui arrive de se sentir seul sur scène ou d'avoir peur. Résultat : des échanges truculents, qui lui permettent de nous donner de ces musiciens devenus des mythes une vision profondément humaine, hors star système. Elle les rend extrêmement sympathiques. Leur relation est parfois presque une relation de copinage comme avec Cher à qui elle prête ses faux cils et elle est par ailleurs copine avec Linda Eastman, qui deviendra la future madame Paul Mac Cartney.
   
   Mais Lola a une part d'ombre : sa famille. Née de parents qui ont émigré en Australie, la plupart des siens ont été exterminés dans des camps nazis. Seuls ses parents en ont réchappé, et elle est donc la fille de deux survivants d'Auschwitz, ce qui est un passé bien lourd à porter, qui n’est certainement pas étranger à ses problèmes de poids. Tout excès de graisse était dans les camps considéré comme suspect. Elle porte en elle ce traumatisme et certaines descriptions sont à la limite du soutenable, faisant basculer ce roman dans une toute autre dimension. Car elle n'hésite pas à faire écho de ce lourd héritage.
   
   Lola Bensky semble être un double de Lily Brett, dont c'est le premier roman traduit en France, cette romancière étant née en 1945 en Allemagne dans un camp de personnes déplacées. L'histoire de Lola est donc un peu la sienne, celle de la difficile quête identitaire d'une jeune femme fille de rescapés. Comme Lola, elle a aussi été reporter et c'est en se retournant sur sa propre vie qu'elle nous offre ce roman singulier, à double entrée : un côté drôle et léger dans la description de cette jeune femme sympathique et mal dans sa peau, extrêmement attachante, et un côté poignant et tragique dans les références à l'histoire qu'il génère. Il fait revivre deux époques, celle des stars du rock et celle de la déportation. J'ai appris plein de choses sur ces personnes célèbres, l'enfance de Jimmy Hendrix notamment car ce livre fait référence à des faits réels qui date des sixties. Je me suis amusée de certains passages et de certaines interviews, de la fraicheur voire de la candeur de l'héroïne, pour laquelle on éprouve beaucoup de compassion. Mais j'ai aussi été glacée par certains passages qui font référence à des scènes vécues à Auschwitz, quasiment insoutenables. Extrêmement bien écrit, il montre le traumatisme subi par les survivants mais aussi par leur descendance.
   
   Voici donc un roman brillant, qui vous fait passer du rire à l'horreur en un paragraphe. Décidément le Médicis a frappé fort cette année entre "Terminus Radieux" de Volodine pour le prix français et "Lola Bensky" pour l'étranger. Comme dirait Cathulu, "Zou, sur l'étagère des indispensables"!
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critique par Éléonore W.




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Un roman à ne pas manquer !
Note :

   "Oui, les enfants des victimes et ceux des coupables partageaient ce legs. Ils avaient tellement de choses en commun, ayant grandi avec un passé aussi omniprésent qu'incompréhensible. Un passé qui ne semblait souvent avoir aucun sens, parce qu'il était en grande partie dissimulé, ou à demi formulé, ou suggéré par des vagues allusions. Un passé qui était fait d'articles, de particules, de pronoms sortis de la bouche des adultes en dépit de leur volonté, de bribes de phrases étranglées, brouillées, disséminées."
   

   Nous faisons la connaissance de Lola lorsqu'elle a dix-neuf ans et est journaliste pour un journal rock australien. Elle interviewe toutes les stars de l'époque, ce qui donne lieu à d'incroyables portraits, saisissants de naturel. C'est un premier aspect de ce roman, qui a priori ne m'attirait guère et qui pourtant m'a séduite rapidement.
   
   Le deuxième aspect est lié aux origines de Lola. Ses parents sont tous deux des survivants d'Auschwitz. Elle est née dans un camp de transit en Allemagne, avant que la famille ne gagne l'Australie. Ce passé va peser lourdement sur toute la vie de Lola, Il faut dire que ses parents, Renia et Edek ne lui épargnent pas les souvenirs, à quatre ans elle sait déjà précisément ce qui se passait dans les chambres à gaz.
   
   Autre tourment, Lola est trop grosse, surtout aux yeux de sa mère. Sa vie n'est faite que de régimes élaborés, commencés ou pas, suivis ou pas et son aspect ne la satisfait jamais.
   
   C'est un récit en grande partie autobiographique et qui sonne juste. Tout au long de l'histoire, nous retrouvons Lola à des âges différents et pouvons suivre sa progression. La grande réussite du livre est le mélange de ton, à la fois sérieux, voire grave, et par ailleurs bourré d'humour et de légèreté.
    Lola fait avec ce qu'elle est et ce qui lui a été légué sans acrimonie particulière. Elle est d'une bienveillance qui semble inaltérable vis-à-vis des stars qu'elle interroge, et en donne une description qui nous les rend familiers et sympathiques, loin des clichés habituels (Mick Jagger, Ottis Reding, Cher, Mama Cass, Brian Jones, Jimmy Hendrix etc. tout de même, excusez du peu).
   
   Mais ce qui a motivé ma lecture et m'a passionnée, c'est la difficulté de trouver une place et un équilibre lorsque l'on est l'enfant de parents aussi traumatisés par la Shoah, jamais réellement présents, profondément tourmentés et angoissés.
   
   Un roman à ne pas manquer, pas assez vu sur les blogs.
   
   Il a obtenu le Prix Médicis étranger 2014.
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critique par Aifelle




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Portraits des rock stars
Note :

   "Pour sa part, Lola avait macéré dans le passé de ses parents, depuis toute petite."
   

   De Londres à New-York en passant par Monterrey, Lola Bensky, 19 ans, interviewe les stars en devenir dans l'effervescence des sixties pour le journal australien Rock-Out. Mais, loin d'être un catalogue plus ou moins nostalgique de portraits sur le vif, c'est surtout à une quête identitaire particulièrement intéressante que nous assistons.
   
   En effet, Lola est la fille de deux rescapés d'Auschwitz et interroger Mick Jagger ou Jimi Hendrix lui donne l'occasion de revenir sur son enfance si particulière, de poser en quelque sorte les questions qu'elle n'osera jamais poser à ses parents.
   
   Se trouvant régulièrement trop grosse (elle est toujours en train de se programmer des régimes plus bizarres les une que les autres), Lola, cahin-caha, finira par trouver un certain équilibre et bouclera la boucle en retrouvant plus de quarante ans plus tard le chanteur des Rolling Stones à un dîner très chic.
   
   Les portraits des rock stars sont extrêmement vivants, sensibles et sonnent très justes. On se prend aussi de sacrés chocs en découvrant les informations distillées plus ou moins clairement par les parents de Lola et la manière dont les enfants des rescapés développent des comportements psychologiques semblables. Mais Lola, vaille que vaille, conserve toujours l'équilibre et ne plonge jamais son lecteur dans la dépression.
   
    Un roman troublant.
   
   271 pages marquantes.

critique par Cathulu




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