Lecture / Ecriture
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Noyade en eau douce de Ross Macdonald

Ross Macdonald
  Noyade en eau douce
  La grimace d'ivoire

Noyade en eau douce - Ross Macdonald

Newman détective privé
Note :

   "Elle avait frappé chez moi, j’avais ouvert. Elle avait le droit d’être hésitante, mais elle ne pouvait espérer que je la porte dans mes bras pour passer le seuil. C’était une grande fille maintenant, et quelque chose l’avait poussée à venir. Il émanait de sa posture une sensation d’urgence qui lui donnait l’air gauche.
   - Monsieur Archer? dit-elle enfin.
   - C’est moi. Entrez.
   - Merci. Pardonnez mon hésitation. Vous devez penser que je vous prends pour un dentiste.
   - Tout le monde hait les détectives et les dentistes. Nous nous vengeons en haïssant tout le monde." (p.11)
   

   Cette cliente hésitante, c’est Maude Slocum, une jeune californienne mariée à un riche fils de famille dont toute la fortune est gérée par sa mère qui se refuse à vendre ses terrains pétrolifères aux grandes compagnies qui la réclament. C’est parce qu’elle vient d’intercepter une lettre anonyme adressée à son mari, la dénonçant comme adultère, que la jeune femme demande au détective d’enquêter rapidement. Il assiste le soir même à la réception donnée dans la grande villa familiale. On y boit beaucoup mais la fête s’interrompt brusquement lorsqu’on découvre le corps de la belle-mère de Maude noyée dans la piscine. Immédiatement Maude et sa fille, les héritières potentielles, sont soupçonnées. L’enquête de Lew Archer commence à ce moment-là. Il cherche à la fois le corbeau et le meurtrier, à moins que ce ne soit la même personne.
   
   C'est après "Cible mouvante", la deuxième enquête du détective Lew Archer comme héros très efficace mais un peu désabusé, et le deuxième titre retraduit et publié chez Gallmeister. Ce polar sera suivi d’une dizaine d’autres.
   
   Paul Newman est désormais inséparable pour moi de ce détective ancienne manière des années cinquante mais l’humour cynique de l’auteur et l’évocation précise des ambiances nocturnes et étriquées à la fois de ces grandes familles californiennes ajoutent beaucoup de charme au roman lui-même
   
   J’aime beaucoup cette période et le roman l’évoque à plaisir comme dans cette soirée (p.63):
   "Je les écoutais parler. Existentialisme, disaient-ils. Henry Miller et Truman Capote et Henry Moore. André Gide et Anaïs Nin et Djuna Barnes. Et sexe - dur, poché, à la coque, en cocotte et à la poêle, pas trop frit avec du bon beurre fermier bien frais. Sexe en solo, en duo, en trio, sexe en quartet; sexe pour chorale d’hommes, sexe pour chorale et orchestre : sexe au clavecin sur un rythme à trois temps. Et Albert Schweitzer et la dignité de toute chose vivante.
   Le faux gros qui écoutait la caqueteuse se renfrogna et s’absorba tout entier dans son verre."

   
   Ross Macdonald avait de l'ambition: "Mon but est d'écrire des romans populaires qui n'aient rien à envier en terme de qualité à la littérature sérieuse."
   
    Il a connu le succès et ses romans plaisent encore beaucoup. Je ne connais qu'une personne ayant avoué s'être en partie ennuyée à la lecture de ce livre. Je la rejoins en partie car par moments je me suis lassée des poursuites et des bagarres répétées qui m'ont fait tourner plus rapidement certaines pages. Je préfère les évocations d'ambiance et les analyses psychologiques souvent drôles et perspicaces qui composent une grande partie du roman pour mon plus grand intérêt!
   
   Titre original: The Drowning Pool

critique par Mango




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