Lecture / Ecriture
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Jude l’obscur de Thomas Hardy

Thomas Hardy
  Jude l’obscur
  Les petites ironies de la vie
  Tess d'Urberville
  Le retour au pays natal
  Les Forestiers
  Le Maire de Casterbridge
  Loin de la foule déchainée
  Cent poèmes
  Métamorphoses
  Une Femme d'Imagination et autres contes

Thomas Hardy est un écrivain anglais né en 1840 et décédé en 1928.

Christopher Nicholson a fait de Thomas Hardy le personnage principal de son roman "Hiver".

Jude l’obscur - Thomas Hardy

La tragédie conjugale
Note :

   Ami lecteur, aujourd'hui, c'est mardi, le jour de la tragédie !! Et comme je suis une fille qui tient ses promesses, tu vas avoir un roman rempli de tragédie en veux tu en voilà ! Non, non, ami lecteur n'aies pas peur, ne t'enfuis pas en courant, le roman dont je vais parler est vraiment très bien.
   
   Jude l'obscur de Thomas Hardy (1895) raconte la destinée d'un jeune homme pauvre, Jude, de l'échec de ses rêves et surtout de la destruction de son amour pour sa cousine, Sue.
   Jude est donc un orphelin pauvre qui veut devenir un intellectuel et vivre comme tel. Pour y parvenir, il se cultive, apprend seul le latin et le grec et rêve de partir pour Christminster, la ville des universités. Parce qu'il lui faut bien gagner sa vie, Jude apprend le métier de sculpteur sur pierre et alors qu'il a un peu moins de 20 ans, rencontre le second obstacle à l'accomplissement de son rêve (le premier étant sa condition sociale) : Arabella, une jeune fille plutôt vulgaire et pas très intelligente sauf en ce qui concerne les différents moyens de trouver un mari. Elle séduit Jude qui laisse ses sens prendre le dessus de ses ambitions. Arabella oblige alors Jude à l'épouser en prétendant être enceinte. Ce mariage tourne rapidement court, et Arabella part vivre avec ses parents en Australie.
   
   Jude libéré d'Arabella mais toujours lié à elle par le mariage, part à vivre à Christminster où il travaille comme sculpteur de pierre. Il y rencontre sa jolie cousine, Sue, une jeune fille sensible, d'une intelligence et d'une culture bien au-dessus de la moyenne et dont il tombe immédiatement profondément amoureux. Il présente Sue à son ancien maître d'école, Richard Phillotson, qui succombe lui aussi au charme de la jeune fille. Les quatre personnages principaux de la tragédie sont maintenant en place. Je vous laisse découvrir la suite vous-mêmes.
   Sue finit par épouser Phillotson mais regrette très rapidement cette union qui ne sera d'ailleurs pas consommée, Sue étant dégoûtée par son mari. Au bout de quelques mois, elle demande à son mari de la laisser partir avec Jude et celui-ci accepte. Sue et Jude s'installent donc ensemble et entament chacun des procédures de divorce. Arabella, qui est revenue en Angleterre, accepte le divorce et confie à Jude le soin d'élever l'enfant qu'ils ont eu ensemble alors que celui-ci n'était pas au courant de cette naissance. Cet enfant, qui n'a pas vraiment de nom, est comme étranger au monde et semble trop vieux pour son âge.
   
   Voilà, je dois avoir perdu les deux lecteurs qui avaient commencé à lire cette note et, en plus, j'ai un peu édulcoré le résumé pour ne pas le rendre trop dépressif. C'est vrai que l'histoire de Sue et de Jude, des êtres sensibles et intelligents broyés par les conventions sociales, n'est pas des plus réjouissantes. En plus j'ai failli raconter toute l’histoire, mais même si je l’avais fait, c'est comme pour les tragédies grecques, on sait que cela va mal se finir, mais cela ne nous empêche pas de les lire.
   
   Jude l'obscur est un très grand roman et, en bonne fille sensible, j'ai beaucoup aimé l'histoire d'amour entre Jude et Sue. Cet amour qui, selon Hardy, ne peut perdurer que s'il n'est pas contraint par un contrat social ou religieux. Jude l'obscur est à lire absolument... pour ceux qui n'ont pas de projet de mariage à court terme!
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critique par Cécile




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Un roman cher à mon cœur
Note :

    Paru d'abord sous forme de feuilleton en 1895, Jude l'Obscur fit scandale par sa façon franche de traiter des mœurs dans la campagne anglaise de la fin du siècle.
   
   Jude Fawley est orphelin et a dû travailler très tôt dans sa vie. Il livre tous les jours le pain de sa tante la boulangère en échange du gîte et du couvert. Mais il rêve de faire des études, de devenir enseignant, écrivain ou chercheur. Lorsque débute le roman, l'instituteur Phillotson, va quitter la petite ville, et s'il avait été sincère, il aurait dû emmener Jude avec lui, connaissant ses aptitudes et ses ambitions. Mais il s'en fiche, admettra seulement de lui expédier des grammaires grecques et latines. Jude apprendra seul en travaillant. A dix-huit ans, il part à pied pour Christminster (Oxford) après un mariage raté avec une paysanne qui a feint d'être enceinte de lui, Arabelle. Il a appris un métier: tailleur de pierre et s'est beaucoup instruit en autodidacte.
   Mais à Christminster, il vit de son métier et ne trouve aucune embauche dans les milieux intellectuels. Les professeurs l'envoient promener en lui enjoignant de rester dans sa classe sociale (le monde ouvrier et artisan).
   
   Jude rencontre sa cousine Sue, elle aussi en mauvaise posture. Elle a quitté ses parents qui ne pourvoient pas à ses besoins. Elle aussi est cultivée et pauvre. Jude est épris d'elle depuis l'enfance et rêvait à partir de sa photographie.
   Sue intègre une école d'institutrices, mais elle est trop libre de pensée et de caractère pour le supporter et s'enfuit. Quoique Jude et elle s'entendent bien, elle ne veut pas lui céder, soit par frigidité, soit pour d'autres mystérieuses raisons. Elle se résout à épouser l'instituteur, qui n'avait guère aidé Jude et qui sera décidément son rival....
   
   Mais la vie conjugale avec cet homme lui répugne et elle s'enfuit encore, se met en ménage avec Jude. «La guerre terrible qui se livre entre la chair et l'esprit»
   
   
   "Jude l'obscur" est un roman unique :
   
   Thomas Hardy écrivait dans son journal: « ce sera une nouvelle sur un jeune homme qui n'a pu aller à Oxford. Ses efforts, son échec.» Hardy estime que «le monde doit savoir» quelles difficultés rencontrent les non-privilégiés pour s'instruire - l'ultime ambition de Jude.
   L'auteur veut aussi contester les lois sur le mariage, qui «constituent la machinerie tragique de l'histoire».
   Effectivement, traiter un tel sujet à l'époque, et avoir des revendications aussi radicales, c'est tout à fait remarquable.
   
   Thomas Hardy n'a pourtant pas complètement réussi son roman. Il tourne au mélodrame: le nombre de pépins qui pleuvent sur les héros finit par agacer et nuit à la vraisemblance.
   
   Le retour d'Arabelle l'épouse de Jude et ce petit garçon dont les penchants sont tellement destructeurs sont en trop. Le mariage avec Arabelle, tôt dans le roman, m'ennuie. On a peine à croire que Jude la prenne au sérieux, se contraigne à l'épouser. Il ne convient pas au roman qu'il soit à ce point naïf. On ne saisit pas très bien non plus pourquoi Jude et Sue, qui sont tout de même des esprits éclairés, enchaînent les naissances non désirées dès lors qu'ils se sont mis en ménage... !
   
   Malgré ces imperfections, "Jude l'Obscur" reste un roman cher à mon cœur.
   
   Le personnage de Sue est plus intéressant que ses homologues françaises tels que la Marie de "l'Education sentimentale", ou encore Louise de Rênal et Mathile de la Mole dans "le Rouge et le noir", deux romans par ailleurs tout à fait bons... Les romanciers français du 19eme siècle (pour ne pas parler du 20eme...) ne mettent en scène que des femmes incultes, tout juste bonnes à tomber amoureuses, faire des dettes, et/ou à intriguer. Il faut lire les pages où Jude et sa cousine ont des conversations sur la littérature et la société.... !
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critique par Jehanne




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Obscure époque
Note :

   C’est un parcours passionnant de lire un auteur en totalité (ou presque) et de le retrouver au fil du temps.
   
   Il me restait deux des grands romans de Thomas Hardy et celui là est peut être le plus connu ou en tout cas celui qui a déclenché la plus vive polémique lors de sa parution.
   
   Ce livre je ne l’avais jamais lu en entier, pris en bibliothèque une première fois, une bibliothécaire furieuse décréta que ce n’était pas du tout de mon âge ! il faut dire que je devais avoir 13 ans environ.
   
   Ma seconde tentative s’est faite chez des amis où j’ai commencé la lecture mais au moment de partir il m’a fallu laisser le livre et il n’est jamais venu à l’idée du propriétaire de me proposer de l’emporter pour le terminer.
   
   C’était donc ma troisième tentative et ce fut la bonne.
   
   Dans l’Angleterre du XIXème on savait déjà avec Dickens qu’il ne faisait pas bon être pauvre et orphelin.
   
   Jude Fawley est les deux, il vit dans le Wessex chez sa tante qui l’a recueilli. Jude aime l’école, il rêve de devenir étudiant à l’université voisine de Christminster et pour cela il va tout faire, apprendre seul le latin et le grec, tenter de se cultiver pour être au niveau de l’examen d’entrée.
   
   Son espoir est fort car son instituteur lui a laissé entrevoir ce paradis.
   
   Il faut gagner sa vie et il devient tailleur de pierres mais faire des études en parallèle est par trop difficile et puis la vie est là qui l’appelle en la personne d’Arabella. Mariage forcé, mariage raté, la belle l’a pris dans ses filets.
   
   Lorsque le refus de Christminster tombe :
   "Vous êtes un ouvrier, je me permets de penser que vous aurez bien plus grande chance de réussir dans la vie en demeurant dans votre sphère et en restant fidèle à votre métier plutôt qu’en adoptant une nouvelle voie."
   
   Il lui reste ses livres et beaucoup de colère et de désillusions.
   
   C’est avec sa cousine Sue qu’il va tenter de reconstruire sa vie, elle parait le comprendre, elle partage son amour des livres et de la culture mais elle est aussi quelqu’un qui refuse d’appartenir à un homme.
   
   Les deux héros sont incapables de s’intégrer dans cette société victorienne prude, rigoriste, intolérante. Leur vie à tous deux est faite de renoncements aux rêves qui doivent plier devant la dureté de l’existence. Ils sont déchirés, victimes de l’opprobre de la société.
   
   C’est un roman noir qui fut en son temps brûlé en public par les ligues bien pensantes !
   
   C’est le personnage de Sue que j’ai préféré, elle est l’emblème de la souffrance des femmes de cette époque car coincées entre une volonté forte d’émancipation contrecarrée par la société, et une emprise non moins forte de la religion qui les fait se sentir affreusement coupables.
   
   Si aujourd’hui on s’interroge sur les méfaits potentiels des religions lorsqu’elles sont intolérantes et se confondent avec le pouvoir, il est bon de lire et relire ce livre.
   
   Thomas Hardy fut tellement agressé à la sortie du livre qu’il n’écrira plus de romans et se consacrera à la poésie. Ajoutez ce livre à votre bibliothèque.

critique par Dominique




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