Lecture / Ecriture
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Mordre la poussière de Dominique Julien

Dominique Julien
  Mordre la poussière

Mordre la poussière - Dominique Julien

Le monde tel qu'il sera*!
Note :

   Il est, je pense, nécessaire de ne pas oublier le sous-titre "Tentative d'explication du XXIème siècle en neuf nouvelles". Mais cela implique une autre question, ne faut-il pas aller au delà de l'explication? Agir après avoir expliqué? Pour cela est-il nécessaire de souffrir? Car comme ce recueil, chaque récit a son propre sous-titre.
   
   "Le crabe ne m'aura pas" cette nouvelle et son contenu ont une explication historique, faute d'être scientifique. Comment peut-on être un champion prometteur, mais limité, vaincre un cancer des testicules et devenir un coureur hors-norme? Dom, lui, est facteur en contrat à durée déterminée. Le vélo, il connait et pratique presque tous les jours, alors le Tour de France, le Maillot Jaune, ce coureur qui semble pédaler sur la lune, c'est son rêve. Un léger détail, il n'a pas de cancer, qu'à cela ne tienne...
   Un peu d'humour dans "Le mari de la femme invisible", mais je vous préviens, on rit jaune! Pauvre Gégé, vous parlez d'une vie, et en plus, non content, de ne pas pouvoir voir sa femme en peinture, ils ne s'entendent plus! Fais gaffe Gégé, souviens-toi du proverbe, marié ou pendu!
   "La geôle" est un texte très dur sur l'univers carcéral, quelques pages qui font froid dans le dos, la folie et le sadisme au paroxysme!
   Une belle brochette de personnages hante "La péniche" où se déroule le séminaire d'une société quelconque. L'auteur trempe sa plume dans le vitriol pour nous décrire un assortiment d'ex ou de futurs cadres dynamiques, de Jean-Luc à l'humour grivois et lourd, à Jean Marie, directeur zélé des ressources humaines. Un des meilleurs textes du recueil, à la fin de cette lecture, je me dis que je suis heureux d'avoir échappé à ce genre de chasse à l'argent et à la productivité. Anton Hansen est également présent dans "Sept à la suite", mais dans cette dernière, il a le rôle du salopard intégral! Enfin, un peu plus salopard que les autres. Pire que "Cashman", ce qui n'est pas une mince performance!
   
   Des hommes en rupture de société, comme Piloche que l'on retrouve dans deux textes consacrés au monde de l'édition. Chacun sa souffrance, l'auteur et l'éditeur, les livres au pilon et l'éditeur en prison! Mais dans les deux cas, une certaine solidarité se manifeste, il ne faut peut-être pas désespérer du genre humain! Ni oublier la part du chien dans cette histoire, ni l'évocation de Montreuil, Vincennes et son bois!
   
   L'écriture est ce que l'on trouve dans le registre de la nouvelle, percutante, précise et sans fioriture, en dire le maximum en un minimum de lignes. Et ici, c'est particulièrement réussi.
   Une phrase m'a particulièrement plu dans ce livre :
   - Et comme tous ceux qui se revendiquent ouverts, se disent prêts à dialoguer, à échanger avec des gens ayant des points de vue différents, elle ne pouvait pas blairer qu'on la contredise, que ce soit niveau boulot ou autre.

   
   Un constat social parfois dérangeant, le monde du management passé à la moulinette, les plans sociaux se passent-ils comme l'auteur nous les décrit? Le dégraissage pour ne pas dire l'épuration au nom de l'intérêt de certains sont devenus monnaie courante, il suffit d'écouter les informations!
   Une découverte et un livre âpre comme le modernisme et ses dérives. Douleurs et souffrances sont les deux mamelles de l'existence!
   
   Extraits :
   
   - Ne pleurons pas : la mort est une façon comme une autre de larguer un boulot de facteur, pas vrai?
   
   - Philoche était plein de panache, mais funèbre comme une oraison de Chopin.
   
   - Endurer les odeurs corporelles du sportman en plus de son haleine débordante d'effluves de produits dopants non digérés, c'était trop d'efforts, Gérard abandonnait au pied du col.
   
   - Mais, pour lui comme pour moi, le quotidien c'était avancer vent de face jusqu'au soir.
   
   - Outre son absence de classe intrinsèque, il avait un portable accroché à la ceinture... Oui, des gens osent ça.
   
   - Le Chien en oreiller, parfois en bouillotte, c'était suivant la saison.
   
   - On apprenait vite à quel point il était con. Les illusions à son sujet ne duraient pas. C'était son unique qualité.
   
   - "La prison, c'est de ne pas avoir de poignées sur sa porte." m'avait confié un détenu.
   
   - Tuer le temps est une lutte contre le vide.
   
   - J'avais viré le mec qui virait tout le monde.
   

   *Ou " Tel qu'il est déjà!"

critique par Eireann Yvon




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