Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Karpathia de Mathias Menegoz

Mathias Menegoz
  Karpathia

Karpathia - Mathias Menegoz

Beau roman historique
Note :

   Prix Interallié 2014
   
   En ce 19ème siècle autrichien, le Comte Alexander Korvanyi est un noble hongrois, militaire de carrière, qui vit des revenus de ses vastes terres des Carpates dans lesquelles aucun Korvanyi n'a plus remis les pieds depuis qu'un grand-père, 50 ans plus tôt, s'y soit fait tuer par ses serfs. La répression a bien vite tout fait rentrer dans l'ordre mais les Korvanyi n'y sont pas retournés et se sont contenté de vivre des revenus des domaines régentés par un intendant. Alexander s'est retrouvé héritier de toutes ces terres. Il est riche, jeune, beau, au début d'une belle carrière. Il a la tête solide et est parfaitement formaté à son rôle de chef et de noble. Il est intimement persuadé de sa supériorité sur le tout venant et également soumis à son devoir de perfection et de parfaite identification au rôle. Il a une haute idée de son honneur.
   
   Alors qu'il est en poste à Vienne, il rencontre une jeune fille noble qu'il avait connue auparavant et qui lui semble parfaite pour être son épouse. Elle en pense autant de lui, mais ne veut à aucun prix d'une vie de femme de militaire, trimballée d'un casernement à l'autre. C'est pourquoi il renonce à sa carrière militaire prometteuse et décide de retourner avec elle sur ses terres des Carpates, d'en reprendre la tête, d'en améliorer la rentabilité visiblement décevante et d'y mener une existence tranquille et pleine de sens dans une région où sa puissance serait à peu près illimitée. La future Comtesse est tout aussi emballée que lui par ce projet et voilà nos deux tourtereaux s'en retournant aux racines familiales plein d'idées et de projets.
   
   Un voyage long et pénible les fait progressivement pénétrer dans un univers de plus en plus âpre et rudimentaire et croiser des êtres de plus en plus frustres. Les manières de Vienne sont loin, mais ils ne les regrettent pas trop. Ce que le Comte se demande, c'est si son intendant est incapable ou malhonnête pour ne pas tirer davantage de bénéfices des vastes domaines. Il a hâte d'en juger par lui-même. La réponse ne sera aucune de ces deux-là.
   
   Une fois arrivé sur place, le Comte et la Comtesse prennent possession de leur bien et entament une reprise en main du domaine. C'est la partie du livre que j'ai le plus aimé. Cela m'intéressait beaucoup de comprendre les situations (complexes), les problèmes (ardus et anciens) et de réfléchir comment on pouvait améliorer tout cela et j'aurais même été partante pour y consacrer toute la fin du roman (mais pas de 700 pages quand même). Le Comte est un homme froid et dur, mais qui me plaisait bien parce qu'il a une idée à laquelle il croit et qu'il poursuit sans dévier. J'aime bien ce genre de caractère. Mais bref, les ressorts du roman ne sont pas encore tous connus. Voilà que des crimes (ou accidents?) sont bientôt à déplorer. Qui est responsable? Un loup particulièrement audacieux? Un assassin? Ou même, craint une population serve particulièrement arriérée, un vampire... C'est ici même que sévit autrefois Vlad l'Empaleur, le Comte semble presque aussi dur que lui, et ces crimes, depuis son retour, donnent à penser... Mais là encore, la vérité est en dehors des réponses envisagées et toute cette histoire connaitra maint rebondissements avant d'atteindre sa conclusion. Personne ne sortira indemne de cette aventure car ses ennemis n'avaient pas pris la pleine mesure du Comte qu'absolument rien ne peut faire céder quand il se sent dans son droit et son devoir ; de plus, son épouse et lui aiment le danger qui donne du sel à leurs vies. Beaucoup, dans les deux camps, y laisseront leur vie et tous, leurs illusions.
   
   Un gros bon roman passionnant sur fond de Carpates au 19ème siècle, pas encore basculées de 'ère féodale à l'âge industriel, sans doute sur le point de le faire, mais l'ignorant encore et restant bien plus médiévale que la plupart des autres régions d'Europe. Le Comte qui passe d'un monde à l'autre, devra s'adapter vite mais un vieil atavisme lui facilite la tâche. Le jeune médecin, déjà tourné vers la modernité, ne s'en accommodera pas.
   
   Mon avis est que Mathias Menegoz a bien mérité son Prix Interallié pour un travail très bien documenté qu'il a su faire reposer sur une intrigue aventureuse de qualité. Je regrette juste qu'il ait finalement choisi de faire parfois prendre à la détermination totale du Comte des allures de dérangement hystérique, il me semble que ce n'était pas nécessaire et que cela affaiblit inutilement le personnage. Mais bon, c'est lui l'auteur...
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Aux confins de l’Empire
Note :

   Pour son premier roman Karpathia, Mathias Menegoz, né en 1968, scientifique de formation, a obtenu le Prix Interallié 2014. Il nous livre une fresque romanesque aux confins de l’empire austro-hongrois dans cette première moitié du XIXe siècle. Une façon de se replonger dans cette Europe centrale dont sa mère est originaire.
   
    1833. Le comte Korvanyi, officier de l’armée impériale, épouse la jeune Autrichienne Cara von Amprecht à qui il a promis de quitter l’armée pour rejoindre la terre de ses ancêtres en Transylvanie. Une terre qu’il n’a jamais vue, laissée depuis cinquante aux mains des différents intendants après un crime odieux perpétré par les villageois contre un de ses aïeux. Dès leur arrivée, après un voyage éprouvant dans des chemins cahoteux, à travers des villages miséreux, qui laissent présager un monde arriéré et qui les éloignent de plus en plus de la brillante société viennoise, ils s’arment de courage pour redonner au château le lustre d’autrefois. Mais les conditions sont rudes et les nouveaux maîtres ne sont guère appréciés de leurs serviteurs. Les populations misérables des villages de la "Korvanya ", soumises au servage et aux corvées, voient dans leur venue une source de tracas plus que de protection. Une mosaïque de peuples, Hongrois, Saxons, Valaques, Tsiganes, cohabite dans une hiérarchie de la misère qui provoque jalousie et actes criminels. A cela s’ajoute les croyances ancestrales qui font la part belle au vampirisme. Les époux, pour s’intégrer auprès de leurs pairs, organisent une fête de la chasse qui rassemble les seigneurs des environs. Malheureusement pour eux, deux événements tragiques vont donner à cette fête une toute autre dimension. Un enfant est retrouvé assassiné et une jeune fille d’une grande beauté violée. Il n’en faut pas plus pour que le comte soit accusé de vampirisme. La chasse devient alors pour le Comte un motif d’imposer son pouvoir par la terreur, secondé par ses invités.
   
    Sombre et prémonitoire, le récit s’inscrit dans la tradition du romanesque historique. Forestiers-contrebandiers, réprouvés, trafics, enlèvements, des confins de l’Empire émergent les conditions de son démantèlement que provoqueront un siècle plus tard les revendications des minorités asservies.
    ↓

critique par Michelle




* * *



Qui trop explique, mal atteint
Note :

    C’est le titre qui m’a attirée et une ou deux critiques qui parlent de roman d’aventure et de réussite.
   
   Petit résumé historico-géo-politico...
   1830 Le comte Alexander Korvanyi est capitaine dans l’armée Austro-hongroise, il est aussi le propriétaire d’un vaste domaine loin de Vienne et de ses ors, au fin fond de la Transylvanie. En jeune homme bien né il fait sa cour à une jeune baronne au caractère bien trempé : Cara Von Amprecht et même, même, se bat en duel pour ses beaux yeux.
   Le jeune couple part vers la haute vallée du Maros (Maramures aujourd'hui) et de la Korvanya vers ces Carpathes mystérieuses et arrive dans un château plongé dans les brumes et le froid.
   
   Un château habitable mais sans grand confort et aussi une partie mystérieuse : le château noir, laissée sans aucun soins par l’intendant du domaine.
   
   Il faut dire que dans toute la Korvanya ce château est un symbole car cinquante ans plus tôt la révolte des cerfs Valaques s’est terminée par un incendie et la mort du seigneur du moment.
   
   Que fait un jeune comte quand il prend possession de ses domaines ? et bien après s’être rendu compte que le tout est très mal géré il va vouloir jouer son rôle de petit seigneur local et augmenter la production agricole, rénover les méthodes de cultures, bref moderniser.
   Cara et Alexandre mesurent assez vite que rien ne sera simple, l’intendant est détesté, l’atmosphère lourde de peur, de suspicion, de haine entre les paysans et le château, et surtout entre les différents groupes ethniques : Magyars, Saxons, Valaques et Tziganes. Les uns sont libres, les autres sont serfs !
   
   Le jeune comte va faire erreur sur erreur, ignorant les signaux d’alarme, les superstitions, la misère et l’hostilité ambiante. Sa dernière initiative sera de réveiller la tradition de la "jagdfest" une chasse festive qui se termine en général en orgie.
   
   Lorsque des enfants disparaissent la révolte ancienne semble bien de retour.
   
   Un roman qui a tout pour séduire parfaitement documenté, un roman à la Dumas.
   Oui mais... le récit touffu est coupé de façon incessante par des explications, des renseignements techniques, bref on s’impatiente en diable.
   La première partie du roman promet beaucoup, puis l’on se lasse, Mathias Menegoz nous explique les choses au lieu de les dévoiler à travers les personnages et les péripéties.
   Ce roman est trop explicatif, trop didactique, trop pédagogique ce qui gâche le plaisir de la lecture.
   Mathias Menegoz a du talent, je le lirai à nouveau s’il lâche la bride à son imagination sans volonté de nous instruire mais seulement de nous faire caracoler derrière ses héros il sera un auteur selon mon cœur.

critique par Dominique




* * *