Lecture / Ecriture
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Amours de Léonor de Récondo

Léonor de Récondo
  Pietra Viva
  Amours
  Rêves oubliés

Léonor de Récondo est une violoniste et écrivaine française née en 1976.

Amours - Léonor de Récondo

Bourgeoisie terne de province
Note :

    Grand Prix RTL-Lire 2015
   Prix des Libraires

   
    Leonor de Récondo est une violoniste baroque. Auteure talentueuse, elle compose ici une partition sensible et vertigineuse où la découverte de l'amour va bouleverser les corps et les âmes de ses héros d'un autre temps.
   
    L'histoire se passe dans le Cher en 1908 où Anselme de Boisvaillant est notaire. Avec sa seconde épouse, Victoire, il mène une vie de notable, et a du mal à donner à sa femme la descendance espérée.
   
    Ignorant tout des choses de la vie et peu portée sur les rapports amoureux et sexuels, Victoire s'ennuie dans son rôle d'épouse bourgeoise.
    Anselme assume son rôle de chef de maison, et utilise allègrement le droit de cuissage sur la petite bonne Céleste. Fille d'une famille nombreuse, celle-ci n'a jamais été aimée et subit douloureusement les visites nocturnes du notaire. La grossesse non désirée de Céleste sera l'occasion d'un accord avec Victoire pour étouffer le scandale.
   
    La naissance de l'enfant rapprochera les deux femmes, elles vivront un amour incandescent mais soumis plus que jamais aux contraintes sociales et religieuses. Dans l'impossibilité de vivre leur passion au grand jour, Céleste s'éclipsera, laissant son enfant à la femme de sa vie.
   
    Une histoire d'amours ancillaires, où l'héroïne nous évoque Madame Bovary dans une ambiance familiale à la Mauriac que l'auteur nous fait vivre avec un style très moderne.
    Elle rend hommage à la femme dans ses combats pour la liberté de vivre selon ses choix.
   
    Si l'auteur réussit à décrire les failles qui habitent ces personnages, ceux-ci restent sans relief renvoyant le récit dans une histoire banale de petite bourgeoisie terne de province.
    Il n'en reste pas moins les moments passés au piano où Victoire passe son temps et où l'auteur nous sert avec virtuosité sa passion pour la musique.
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critique par Marie de La page déchirée




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Presque tout s'achète
Note :

   Il est très compliqué d'amorcer l'intrigue sans en dévoiler trop. Car contrairement à d'autres écrivains qui mettent une plombe à instruire leur récit, Léonor de Récondo entre directement dans le vif du sujet avec une scène d'ouverture à la fois choquante et tellement réaliste de l'époque. Donc je vais parler d'"Amours" sans trop en dire et si vous n'y comprenez rien, eh bien vous n'aurez qu'à découvrir par vous-même ce roman fantastique, non mais!
   
   Dans la famille de Boisvaillant, on est notaire de père en fils, sûr de son bon droit (normal, me direz-vous) et de son assise sociale (qui assure une domination sur autrui, à tout instant). Dans la famille de Champfleuri, les filles prient, découvrent leur corps lors de leur nuit de noces, pleurent le prince charmant vendu, rêvé mais qui ne siège pas à leurs côtés. Bref, Anselme de Boisvaillant et Victoire de Champfleuri, époux à la ville depuis cinq ans, sont socialement compatibles/faits pour s'entendre mais le cœur a ses raisons que la loi (en 1908) définitivement ne comprend pas!
   
   Léonor de Récondo a tenté une version punchy d'Emma Bovary de Gustave Flaubert. On retrouve la même bourgeoisie provinciale décrite par François Mauriac dans Thérèse Desqueyroux, appesantie par la religiosité et les mœurs tolérées, sexuellement complexée et d'une rigidité sociétale qui rend la femme objet de l'homme : les servantes servent accessoirement d'esclaves sexuelles, lors d'un dépucelage ou d'une "vidange" qui ne peut attendre, les épouses ne sont là que pour procréer et tant pis si le mode d'emploi s'apparente davantage à une saillie animale.
   
   Dans ce monde d'"Amours", des femmes vont se rebeller, d'autres vont se découvrir. Le titre joliment choisi représente aussi bien le lien entre adultes consentants que celui d'un parent pour son enfant. Tout est beau dans ce roman : les relations qui se devinent et se réalisent, le rejet et puis l'insoutenable attirance, la musique comme phénomène addictif d'éloignement puis de résilience, les blessures de guerre qui définissent un autre mode de communication et un épanchement. Tout est rude dans Amours : les femmes n'ont pas de place (à part celle de cocotte ou de gouvernante), la passion transgresse l'éducation et tourmente, les hommes, dépassés par leurs hormones et leur partialité, deviennent des pions bousculés.
   
   Léonor de Récondo réussit à émouvoir sur cette histoire. La fin magnifique caractérise l'abandon absolu, le sacrifice. Tous les personnages sont colorés, chacun à sa place et bien déterminé : Anselme, Victoire, Céleste, Pierre, Henriette et Adrien. Tout se tait dans "Amours" : les échanges de maternité, les avortements illégaux et l'hérédité déguisée. Tout s'achète dans "Amours", sauf l'amour!
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critique par Philisine Cave




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Belle époque
Note :

   Léonor de Récondo situe son roman en 1908, dans le milieu bourgeois provincial bien-pensant hanté par la peur du scandale et le souci de l’héritage. Une juste épaisseur psychologique des personnages assure leur vraisemblance. Bref, prenez trois gouttes de "madame Bovary" et un zeste des nouvelles de Maupassant , mélangez dans un style coulant et sensible, ajoutez le piment de l’homosexualité au classique adultère : pourtant  le cocktail reste fade.
   
   Notaire d’un gros bourg, Anselme de Boisvaillant n’a toujours pas de descendance après cinq ans d’un mariage arrangé avec Victoire de Champfleury. Il a bien sûr engrossé Céleste, la petite bonne de dix-sept ans. On étouffe l’affaire : les époux adopteront le bébé, prénommé Adrien, et Céleste restera à leur service. Chacun y trouve son compte sans gêne, Anselme n’est pas le fils de son père et Victoire n’aura pas eu à supporter une grossesse... Mais bien sûr le beau plan tourne à la tragédie...
   
   La romancière restitue bien les mentalités de ces bourgeois où chacun reste à sa place et joue son rôle. Le notaire jamais ne salue Céleste, simple objet de plaisir, et considère Victoire comme un "bibelot" dont il redoute "le caractère volcanique qui pourrait les livrer au scandale". Tout doit rester secret dans ces grandes demeures : quand Anselme adolescent a eu désir de "jeter sa gourme", sa propre mère, qui avait pour amant un cousin, l’a autorisé à lutiner Huguette, l’autre bonne, qui l’avait vu naître. Nées riches ou pauvres, les petites filles vivent "la même enfance", le manque d’affection, l’indifférence des parents ; à l’interdiction de se regarder nue dans les milieux catholiques répond l’habitude, à la ferme, de voir s’accoupler les animaux. Ignorantes de toute sexualité, Victoire et Céleste n’ont aucune idée de ce qu’est une femme et subissent sans plaisir "l’enchevêtrement immonde", la copulation. On peut comprendre l’ébranlement de Victoire lorsqu’elle découvre le corps nu de Céleste tentant d’enserrer son ventre rebondi dans l’un des corsets de Madame. De baisers en caresses, après la naissance d’Adrien, les deux femmes vont s’aimer la nuit dans la petite chambre de bonne. L’enfant a servi de déclencheur à leur propre naissance, chacune tirant vie du corps de l’autre. Victorine libérée abandonne ses corsets, symboles des contraintes de son milieu. Mais nul instinct maternel ne l’attire vers l’enfant et elle joue du piano pour couvrir ses cris.
   
   Mais peu à peu, la sensualité de la pulpe de ses doigts sur l’ivoire des touches s‘assimile à leurs amours, les triolets de "La Sonate au Clair de lune" de Beethoven symbolisent leurs trois corps, aimants peau contre peau. L’auteure, violoniste de profession, sait trouver les mots pour évoquer l’union du musicien à son instrument. Le piano devient "un exutoire que la vie n’offre pas" à Victorine. Cette relation ne peut durer, même si elle veut "tout crier à la face du monde", car elle se "fiche de la morale". Aveuglée par sa passion, elle révèle leur secret à son confesseur. Devenue mère elle retrouve son milieu et ses codes ; on sacrifie la petite bonne, persuadée que la Vierge l’a rédimée.
   
   Les maîtres triomphent, l’honneur est sauf. Tout cela reste très convenu, trop prévisible, et le registre mélo des dernières pages englue le final. Léonor de Récondo n’a pas osé autant que Flaubert en son temps, dommage!

critique par Kate




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