Lecture / Ecriture
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Détruire Notre-Dame de Yvan Gradis

Yvan Gradis
  Détruire Notre-Dame

Détruire Notre-Dame - Yvan Gradis

Une année dans la vie d'un Parisien
Note :

   Ce récit commence un 17 janvier pour s'achever le 22 décembre. Ensuite, je pense, viennent les fêtes de fin d'année et pour l'auteur un repos bien mérité.
   
   Bien mérité car les déambulations parisiennes du narrateur et ses nombreuses rencontres laissent des traces et pas seulement écrites!
   
   On découvre un Paris inhabituel, hors des sentiers touristiques, le Paris d'un homme qui y demeure depuis sûrement très longtemps. Ayant moi-même habité Paris très longtemps, je trouve l'exercice très réussi.
   
   Le 17 janvier donc, la station de métro de la Gare d'Austerlitz est le point de départ de ce livre. Et ô surprise, deux infirmiers mettent le corps d'un défunt dans un photomaton pour une ultime photo. Œuvre familiale entamée bien des années auparavant.
   
   Une visite dans un cirque japonais pour y découvrir des macaques jouant du Bach!
   
   N'importe quel touriste venu des 5 continents est capable de s'extasier sur l'avenue Montaigne et les Champs-Élysées! Mais qui parlera de Marignan (1515 pour ceux qui ont des problèmes de mémoire) et surtout en ces termes :
   - Fatale rue de Marignan, triste et froid trait d'union entre l'avenue Montaigne et les Champs-Élysées. Deux cents mètres de nudité aristocratique, hibernation perpétuelle, hantés par le pire des assassins : l'Ennui.

   
   L'auteur se pose aussi la question, un peu par provocation, de l'argent du contribuable dépensé pour conserver leur aspect à différents monuments parisiens. Ne pourrait-on pas les laisser mourir de leur belle mort?
   
   Le narrateur et une de ses amies, Carine, nous amènent au square de la place du Commerce. Pour un moment très particulier : Déjeuner devant la tombe du Goûteur inconnu, personnage à qui nous ne rendrons jamais assez hommage! C'est peut-être lui le premier qui a osé ouvrir une huître et manger ce qu'il y avait à l'intérieur! Un homme sans qui la gastronomie ne serait pas ce qu'elle est à l'heure actuelle.
   
   Un des aspects les plus importants de ce livre, c'est la rencontre de personnages, plus baroques ou loufoques les uns que les autres, je vais malheureusement être obligé de faire un choix tant ils sont nombreux.
   
   Par exemple le baron Von Frase, dit le baron Melon à cause de son couvre-chef, un curé possédant un chien sans tête, une employée du ministère de la culture nommée Mlle Yolaine de Lescure, avec qui l'auteur va admirer des statues dans le parc Montsouris.
   
   Arrêtons-nous quelques secondes sur le cas de Guy, dit le Volubile, qui exerce la profession fort méconnue et très dangereuse de brûleur de publicité! Métier à risques s'il en est. Il déambule dans les rues parisiennes, en criant pour annoncer sa venue "Brûûû...leur" et poussant devant lui son outil de travail, un landau-fourneau!
   
   Le trois août par exemple, les voisins du narrateur partent en vacances, moment tant attendu. Par contre la destination est pour le moins surprenante. En effet, le père, la mère et les enfants, prennent pension dans un hôtel. Ils visitent Paris en changeant chaque année d'arrondissement, en commençant par le 20e qu'ils ont fait il y a deux ans. Cette année donc en route pour le 18e!
   
   Un aveugle qui enregistre les bruits de clochettes de boulangeries rue de Maubeuge, pour sa collection personnelle.
   
   Spectacle insolite s'il en est, en ce 10 novembre. Un riche mendiant à l'envers :
   "à votre bon cœur Messieurs dames, prenez un peu d'argent dans ma sébile j'en ai trop!"
   
   Si vous voulez changer de la littérature classique, cet ouvrage est pour vous. Cette chronique est un résumé trop bref pour vous parler du foisonnement littéraire qu'il contient.
   
   J'adore ce genre de livre, insolent, provoquant mais jubilatoire! Heureusement il reste quelques éditeurs pour prendre le risque de publier de tels ouvrages.
   
   Extraits :
   
   - Orgueil et passion ne font qu'un chez les vrais artisans. Le Volubile n'échappe pas à la règle, dont le chapelet d'anecdotes ne pouvait qu'éterniser mon escorte.
   
   - Dans la marge au dessus du cercle Arctique, une phrase, tracée de la même encre bavante :
   "Né ici, mort ici. Après le tour du monde, je ressors par où je suis entré."
   
   - Quoi de plus représentatif que ce maudit père et son fils pathétique dans l'art de défaire en famille ce que l'école construit jour après jour? De la destruction privée de l'instruction publique. De la déséducation.
   
   - Quel spectacle! La mort ou l'art du passage.
   
   - ... une plaque commémorative : Dans cet immeuble a vécu, de 1874 à sa mort en 1897, Joseph Chontigne , fondateur de la Ligue pour la protection des pigeons de Paris. Pigeon, souviens-toi!
   
   - Un réverbère, heurté à vélo à l'âge de six ans. Eh oui, un objet fait pour voir m'a enlevé la vue.
   
   - Dans cette rame de métro, même l'Ennui s'ennuyait.
   
   - À bas les jeunes filles, suppôt du Commerce et de la Publicité, vive les vieux messieurs, qui n'ont rien à vendre!

critique par Eireann Yvon




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