Lecture / Ecriture
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Berezina de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson
  Petit traité sur l'immensité du monde
  Dans les forêts de Sibérie
  L'axe du loup
  S’abandonner à vivre
  Une vie à coucher dehors
  Berezina
  Géographie de l'instant
  Sur les chemins noirs

Sylvain Tesson est un écrivain-voyageur français né en 1972.

Berezina - Sylvain Tesson

Sur les traces des Grognards
Note :

   "Sombres jours! l'empereur revenait lentement,
   Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
   Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
   Après la plaine blanche une autre plaine blanche"
¹
   
   Ça vous rappelle quelque chose non?
   Vos cours d’histoire? 1812 et la Grande armée aux prises avec le Général Hiver? bref la Retraite de Russie.
   Pas question ici d’un cours d’histoire mais plutôt d’un récit épique où sur les pas des grognards, trois français et deux russes, vont nous refaire la retraite.
   
   Ils ont décidé d’utiliser des side-cars (si vous ne voyez pas à quoi ça ressemble repassez-vous la Grande vadrouille) et de suivre le trajet suivi par l’armée napoléonienne quittant Moscou où le Tsar les a piégé.
   
   Sylvain Tesson aime les défis et avec deux acolytes avec qui il a déjà bourlingué : Cédric Gras et Thomas Goisque et Vassili et Vitaly côté russe, il va nous refaire la retraite en hiver!
   Cette marche forcée véritable course contre la mort se répète deux cent ans après à bord de trois Oural, arborant fièrement un drapeau impérial et Tesson coiffé d’un bicorne et dans ses fontes des livres, des livres, des livres.
   
   Les étapes sont celles de 1812 : Smolensk, Minsk, le passage de la Berezina, Vilnius... On suit en parallèle l’épopée napoléonienne et celle de nos cinq Grognards d’aujourd’hui.
   La route est parfois dangereuse pour les side-cars et la visibilité du conducteur souvent voisine de zéro.
   Le récit est ponctué des témoignages et mémoires des soldats de 1812 et des vicissitudes mécaniques de 2012.
   
   C’est tout à fait réussi, on se prend au jeu.
   Cet hommage aux "petits, les obscurs, les sans-grades. (...) qui marchions fourbus, blessés, crotté, malades, sans espoir de duchés ni de dotation" ²
   Ces grognards qui ont suivi Napoléon depuis l’Egypte et qui vont pour survivre "vivement, avec un peu de neige, encor" se faire "un sorbet au sang de cheval mort" ³
   
   C’est environ 400 000 personnes qui ont perdu la vie lors de cette retraite, on sent Sylvain Tesson admiratif devant leur courage et leur abnégation, il sait parfaitement remettre quelques pendules à l’heure. La Berezina n’est pas un fleuve extraordinaire, non c’est une simple rivière et non, malgré la connotation qui s’attache à ce nom, il ne s’agit pas d’une défaite française mais bien d’une tragédie "La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, une armée marche, de victoire en victoire, vers son anéantissement total."
   
   Vous l’aurez compris j’ai aimé ce livre avec juste le petit bémol des bouteilles de Vodka qui défilent à croire que cela lui sert de carburant!
   C’est un petit livre réjouissant, parfois drôle, qui donne envie de lire les mémoires du Sergent Bourgogne ou une biographie de Caulaincourt seul homme de l’entourage de l’Empereur à garder la tête froide et bien entendu de lire ou relire "Guerre et Paix".
   
   
   1 Victor Hugo
   2 – 3 Edmond Rostand L’Aiglon

critique par Dominique




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