Lecture / Ecriture
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Dieu est un steward de bonne composition de Yves Ravey

Yves Ravey
  La table des singes
  Monparnasse reçoit
  Le drap
  Dieu est un steward de bonne composition
  Pris au piège
  L’épave
  Bambi bar
  Cutter
  Enlèvement avec rançon
  Un notaire peu ordinaire
  La fille de mon meilleur ami
  Sans état d’âme
  Trois jours chez ma tante
  Pas dupe

AUTEUR Des MOIS DE FEVRIER ET MARS 2015

Yves Ravey est un écrivain français, né à Besançon en 1953.
Il enseigne (ou enseignait?) en collège à Besançon...


et l'éditeur ne fournissant pas plus de détails sur sa carrière, j'ai dû choisir entre m'arrêter là et inventer. Je ne nierai pas avoir hésité, longuement, mais finalement, sur les instances inquiètes de mon entourage, j'ai décidé de m'en tenir à ces deux lignes de biographie. Je peux cependant ajouter qu'il se murmure que beaucoup de ses romans, et en particulier son premier, «La table des singes», ont une inspiration autobiographique... Je dis ça, je dis rien.

Dieu est un steward de bonne composition - Yves Ravey

Vaut mieux que le spectateur le soit aussi
Note :

   Je ne résiste pas au désir de vous livrer ces extraits du dossier de presse qui accompagne cette pièce :
   "une œuvre exigeante, certes, mais très accessible et qui fait se rencontrer l'intime et le social, à travers malentendus et passions.
   (les textes d'Yves Ravey racontent) avec sobriété et économie de moyens littéraires des vies simples mais meurtries, Dieu est un steward de bonne composition, septième pièce avouée par Yves Ravey, s'inscrit dans la perspective de traduire les troubles du "dehors" à travers des récits de vies qui se constituent en une mosaïque de perceptions et de sentiments intimes, puissants
   et terribles."
   

   Rien qu'à écouter le style emphatique et creux de ces dossiers de presse pour théâtre subventionné, qui ne vous disent pas grand chose de la pièce mais vous indiquent déjà ce que vous devez en penser, je m'agite et je m'inquiète... Ici, il y avait de quoi. Mais c'est vrai que c'est souvent le cas. Le mérite de mon intuition était médiocre.
   
   Je ne sais pas depuis combien de temps Yves Ravey avait cette petite pièce dans ses cartons quand elle a été créée en 2005, mais ce dont je peux vous parler, c'est des similitudes évidentes qu'il y a entre ses personnages et ceux de son premier roman, "La table des singes". C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, dit-on, mais là, non.
   
   Vous êtes là, honnête spectateur, vous vous demandez pourquoi on dit tant de mal des théâtres subventionnés alors que parfois c'est bien, et tout à coup, par exemple avec cette pièce qui fut mise en scène par Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point, vous avez la réponse. Je me suis mortellement ennuyée, voire agacée rien qu'à la lire, j'imagine ce que ça aurait été si en plus il avait fallu que je reste à peu près immobile dans mon fauteuil en attendant que toutes ces répliques mémorables aient été énoncées!
   
   Autant dire que j'ai été terriblement déçue par ma première (et possiblement dernière) découverte du théâtre d'Yves Ravey.
   
   Nous sommes dans une auberge minable a fonction de bordel, proche d'une frontière passée en fraude par des immigrés clandestins. L'un des personnages principaux (Potlesnik) a la bonté de sauver de la misère les plus appétissants spécimens féminins, en leur offrant un travail.
   
   Lui même est un ancien réfugié clandestin qui mit bien longtemps à se faire une place, toujours fragile auprès de la tenancière de l'auberge. Pourtant, elle même est une immigrée clandestine, mais d'une période encore antérieure. Une fois installé, chacun ne pense plus qu'à préserver sa place, c'est humain, et personne n'hésite à exploiter ceux qui se trouvent à leur tour en position de faiblesse.
   
   Alfredo, le fils, qui est parti depuis 30 ans et n'a pas donné de nouvelles, est steward sur un paquebot de luxe et revient accompagné d'une très belle femme. Dans "La table des singes", nous avions Rodolphe, le fils très similaire, mais pas parti, qui ramenait à la maison une très belle femme scandaleuse.
   Sa mère, propriétaire, c'est elle qui a l'argent. Idem que dans "La table des singes". Rodolphe et Alfredo dorment dans la chambre de leur mère jusqu'à l'arrivée de la "fiancée". Ce point est répété mais jamais explicité ni commenté.
   Sa sœur Walserina, a réussi à s'extraire de ce milieu pour devenir professeur, mélange des deux sœurs Ulrike et Elisabeth de "La table des singes". Elle a un caractère de chien et déteste tout le monde.
   Et puis il y a le fameux Potlesnik, déjà évoqué, ici bras droit de la mère, dans "La table des singes", il s'appelait Ali et était un ami proche de Rodolphe.
   L'histoire n'est pas la même que dans le roman, mais on retrouve le lieu et les personnages. La notion d'immigration clandestine est absente de "La table des singes". Elle a été ajoutée ici
   
   Ceci posé, nous avons le plaisir d'assister à un dialogue de sourds (au sens strict : l'un raconte une chose, entrecoupé par les interventions de son interlocuteur qui en raconte une autre) le plus souvent terriblement agressifs. Donc, chacun parle sans arrêt sans écouter l'autre (il a raison d'ailleurs, parce que insultes et mensonges ne sont guère agréables à entendre). Mais le lecteur/spectateur ne peut s’empêcher de se demander pourquoi il devrait, lui, écouter les deux. C'est le point faible du procédé, je pense.
   
   Bref, la conclusion est sinistre et le spectateur quitte la salle complètement miné ou le lecteur ferme le livre écœuré.
   
   Comme ce texte est là pour dénoncer les violences de l'immigration, comme indiqué dans le mode d'emploi... (Je me doutais bien qu'on devait avoir une bonne raison pour se taper ce spectacle crispant), on se dit : si c'est pour une bonne cause, c'est pardonné.
   Non, je plaisante! En fait, je ne pardonne jamais quand on m'ennuie et se poser en porteur de messages moraux n'arrange rien.
    ↓

critique par Sibylline




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Je ne dois pas être de la même bonne composition
Note :

   Non, je ne dois pas être de la même bonne composition que le Dieu en question parce que, pour ma part, je suis complètement passé à côté, notamment à côté du sens profond de l’œuvre. Je n’ai pas compris pourquoi, pour qui, pas compris ce qu’elle voulait dire. Et je n’exclus pas, encore une fois, que c’est parce qu’une pièce de théâtre est écrite pour être jouée et non lue. Peut-être est-ce comme écouler le dialogue d’un film sans les images?
   Pourtant, au collège, j’ai bien lu des œuvres de Molière, de Racine, de Corneille,... et j’y ai trouvé sens – ou on m’en a fait trouver un? Là, non. Pas vraiment.
   
   Il n’y a que trois personnages qui interviennent dans "Dieu est un steward de bonne composition" : Alfredo, Walserina et Potlesnik. Tout – ou presque – tourne autour d’un personnage invisible (ça ne vous rappelle rien?) dont il est grandement question mais qui n’apparait nullement ; la mère d’Alfredo et Walserina, qui sont frère et sœur. Potlesnik, lui, est un personnage dont on sait peu de choses, sinon qu’il est – au même titre qu’Alfredo, Walserina et leur mère – un immigré dans ce pays (quel pays?) depuis déjà de longues années.
   
   On comprend que la mère, ayant fui son pays (quel pays? ) s’est lancé dans diverses activités, aussi diverses que l’élevage de porc et un dancing ("Chez Malaga") dont les activités auraient à voir avec la prostitution, une activité notamment gérée par Potlesnik qui parle régulièrement de ses "antilopes".
   
   Alfredo, lui, est parti, jeune, il y a trente ans. Apparemment en partie pour fuir une mère... exigeante, brutale (?). Il s’est trouvé un job de steward sur un bateau de croisière, en Suisse sur le lac de Lugano. Walserina est restée. Elle est étudiante? Potlesnik, lui, est là aussi. C’est lui qui s’occupe des "affaires", de la mère, vieillarde en fauteuil maintenant. C’est l’homme de l’ombre.
   Alfredo est revenu, pour la première fois. Il a besoin de papiers attestant de sa naturalisation pour pouvoir épouser Salza, en Suisse.
   
   La pièce se déroule dans cet intervalle de temps où il vient d’arriver, rencontre sa sœur et Potlesnik. L’occasion d’échanges censés éclairer sur les tenants et aboutissants... Je n’ai pas trouvé la lumière pour ma part. Je n’ai pas trouvé l’intention profonde cachée derrière tout cela...
   Passé à côté, désolé.

critique par Tistou




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