Lecture / Ecriture
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L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir de Rosa Montero

Rosa Montero
  La fille du cannibale
  Instructions pour sauver le monde
  Le roi transparent
  Belle et sombre
  Le territoire des barbares
  La folle du logis
  Des larmes sous la pluie
  L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir
  Le poids du cœur

Rosa Montero est une romancière et journaliste espagnole née en 1951 à Madrid.

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir - Rosa Montero

Marie Curie revisitée
Note :

   Titre original : La ridicula idea de no volver a verte
   
    Je pourrais dire, "c'est Rosa Montero, donc il faut le lire", mais ça serait un peu court. Pourtant, cela m'a suffi pour choisir ce livre... Et dès les premières pages, on est foudroyé par des passages lumineux:
   
    "L'art est une blessure qui devient lumière, disait George Braque. Nous avons besoin de cette lumière, pas seulement nous qui écrivons ou peignons ou composons de la musique, mais également nous qui lisons et contemplons des tableaux et écoutons un concert. Nous avons tous besoin de beauté pour que la vie soit supportable. Fernado Pessoa l'a très bien exprimé: 'La littérature, comme toute forme d'art, est l'aveu que la vie ne suffit pas.' Elle ne suffit pas, non. C'est pour ça que je suis en train d'écrire ce livre. C'est pour ça que vous êtes en train de le lire."
   

    En novembre 2011, Rosa Montero écrivait un autre roman, qui fonctionnait bien ("Le paysage que vous entrevoyez quand vous commencez une œuvre de fiction est pareil à un long collier d'obscurité éclairé de temps à autre par une grosse perle iridescente."), lorsqu'on lui proposa d'écrire une préface pour le Journal de Marie Curie, rédigé dans les mois ayant suivi la mort accidentelle de son mari.
   
    Entre mes mains, voici donc une biographie -fort personnelle!- de Marie Curie, des réflexions sur le deuil, la douleur de la perte (Rosa Montero vient de perdre son mari après quelques mois de maladie), la fiction, la place de la femme, en particulier la femme scientifique. Pas de pathos, non, et même si l'auteur laisse souvent son imagination travailler et ses remarques personnelles survenir, c'est d'une grande fluidité. La vie de Marie Curie est revisitée (mais les détails sont vrais, elle cite ses sources) avec intelligence et empathie. C'est absolument passionnant, ça fait réfléchir, Rosa Montero a l'art des éclairages sur des faits pourtant connus. Je l'aime!
   
   Encore une fois, Rosa Montero se révèle un auteur selon mon cœur, originale, fine. A découvrir absolument!
   
   
   Note :
   
    Au détour d'un chapitre : la majorité des hommes ont l'annulaire plus grand que l'index, et la majorité des femmes ont l'index plus long que l'annulaire (Marie Curie avait une main masculine). Bien sûr j'ai tout de suite regardé mes mains... Et vous?
    ↓

critique par Keisha




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Admirable Marie Curie
Note :

   "Hier j'ai fait le premier cours en remplacement de mon Pierre. Quel navrement et quel désespoir ! Tu aurais été heureux de me voir professer en Sorbonne, et moi-même je l'aurais si volontiers fait pour toi. - Mais le faire à ta place, ô mon Pierre, pouvait-on rêver une chose plus cruelle, et comme j'en ai souffert, et comme je me sens découragée. Je sens bien que toute faculté de vivre est morte en moi, et je n'ai plus que le devoir d'élever mes enfants et aussi la volonté de continuer la tâche acceptée. Peut-être aussi le désir de prouver au monde et surtout à moi-même que celle que tu as tant aimée avait réellement quelque valeur".
   

   Ce livre tourne sur les blogs depuis un moment, je vais donc être brève pour sa présentation. L'éditrice de Rosa Montero lui propose d'écrire la préface du journal intime que Marie Curie a rédigé après la mort de Pierre Curie. Rosa Montero venant elle-même de perdre son mari, Pablo, après vingt et un ans de vie commune, elle accepte immédiatement. L'effet miroir est évident.
   
   Marie Curie fait partie des personnalités dont on croit connaître la vie, en tout cas dans les grandes lignes. Plonger dans ses écrits intimes m'a montré que je ne savais quasiment rien, mis à part sa nationalité polonaise et la découverte du radium. Contrairement à l'image sévère qui en est souvent donnée, c'était une passionnée, son amour incommensurable pour Pierre en témoigne.
   
   C'est de loin la partie qui m'a le plus enthousiasmée, la vie de famille en Pologne, les sacrifices qu'elle a dû faire pour étudier, son dévouement à son vieux père, puis son arrivée en France après sa sœur Bronia, la rencontre avec Pierre, l'évolution de leurs recherches. A travers elle, nous voyons aussi la condition des femmes à cette époque-là, toujours infériorisées, mineures, Marie elle-même a intégré ce schéma-là et s'efface systématiquement devant Pierre.
   
   Puis c'est le drame, l'accident qui coûtera la vie à Pierre après seulement onze ans de vie commune et le déchirement pour Marie, seule avec deux filles. Tout ce qui touche aux Curie est raconté de manière très vivante et replacé dans le contexte.
   
   En regard, j'ai trouvé les réflexions de l'auteure sur son propre deuil inégales et moins fortes. L'anecdotique et la digression dominent parfois un peu trop, affaiblissant le propos. Et j'ai deux réserves sur la forme. Il est constamment question de photos dans le texte ; or, nous n'en voyons aucune alors qu'elles étaient présentes dans l'édition espagnole. C’est dommage. Et la deuxième, c'est l'utilisation constante et énervante de hashtags dont je me demande bien ce qu'ils sont censés apporter.
   
   Malgré mes réserves, j'ai pris plaisir à cette lecture qui pousse au questionnement sur des thèmes importants.
    ↓

critique par Aifelle




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Une vie de travail
Note :

   J’ai aimé "La folle du logis" et Rosa Montero nous emportant dans son antre d’écrivain.
   
   Ici il s'agit de la mort de son compagnon sa douleur est là tapie et elle ne sait plus très bien comment attraper les choses, elle se bat avec un roman qui n’avance pas.
   
   Bienheureuse éditrice qui lui demande une préface à un tout petit livre "déchirant comme un hurlement de douleur et de désespoir" c’est le journal tenu par Marie Curie à la mort de Pierre Curie survenue accidentellement. Journal très intime qui va trouver chez Rosa Montero un écho immédiat, comme l’écrit d’une sœur en désespoir.
   
   Le livre oscille donc entre écrits personnels de l’auteur et accompagnement des mots de Marie Curie "Mais ce livre n’est pas un livre sur la mort".
   
   D’empathie immédiate à admiration, Rosa Montero va petit à petit remonter dans la vie de Marie Curie, la surprendre jeune et étudiante tombant quasiment d’inanition faute d’argent, institutrice en Pologne alors qu’elle ne rêve que de Paris et d’études.
   
   Elle s’insinue doucement dans cette vie, tentant de découvrir derrière les photos où une Marie Curie rigide et sérieuse apparaît, la femme aimante, la chercheuse volontaire et indomptable, se pliant à un travail harassant dans des conditions qui aujourd’hui seraient refusées par n’importe quel ouvrier et pourtant dont elle dit "Dans ce hangar misérable, nous passâmes les années les plus heureuses de notre vie, complètement consacrées au travail"
   

   Rosa Montero revient sur ce parcours hors normes sans pathos mais sans angélisme non plus, s’étonnant du peu de précautions prises par le couple avec le Polonium et le Radium ce qui devait à l’un comme à l’autre coûter la vie. Elle nous permet de découvrir la femme derrière le savant, l’amoureuse sensuelle derrière le Nobel.
   
   J’ai vraiment énormément aimé ce livre, j’ai aimé les relations qui se sont nouées par delà le temps entre ces deux femmes, j’ai aimé ce récit plein d’admiration et de tendresse. J’ai eu envie de réconforter l’une et de lire une biographie complète de l’autre.
   
   Un grand merci à l'amie qui m’a envoyé la version espagnole dans laquelle on peut profiter d’un grand nombre de photos. Dommage que Métailié ait fait l’impasse dessus.

critique par Dominique




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