Lecture / Ecriture
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Le dégoût de Horacio Castellanos Moya

Horacio Castellanos Moya
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  La servante et le catcheur
  Le dégoût

Horacio Castellanos Moya est un écrivain et journaliste salvadorien, né en 1957.

Le dégoût - Horacio Castellanos Moya

Dégoûté de son pays
Note :

   Le livre est sous-titré "Thomas Bernhard à San Salvador". Quand j’ai acheté ce livre, j’ai cru que Thomas Bernhard avait été à San Salvador (j’ai carrément cru au scoop) et que ce live racontait son histoire là-bas. On voit bien ici mon inculture puisqu’en réalité, il n’en est rien.
   
   Moya est invité par Vega à boire un verre de whisky dans un bar. Vega est revenu après 18 ans d’absence à l’occasion de l’enterrement de sa mère. Il revient dans un pays qu’il a fui à vingt ans non pas à cause d’une guerre, non pas pour chercher de meilleurs conditions économiques mais parce qu’il le détestait tout simplement (les onze ans chez les frère maristes, où il a connu Moya, n’y sont pas pour rien visiblement). Moya est le seul à être venu à l’enterrement, c’est pour cela qu’il est invité à boire un coup. C’est l’occasion pour Vega de cracher toute la bile et le venin qu’il a contenu en lui depuis qu’il est arrivé, il y a quinze jours, à San Salvador. Tout y passe : les habitants, la nourriture, la culture, l’Université (car lui même est titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Art au Québec ; c’est une matière qui n’est plus enseigné au Salvador car elle n’intéressait personne), son frère, sa femme, ses enfants, le football, les bordels, la musique... Cela ne dure que cent pages mais il ne s’arrête jamais. Encore une fois, ce qui m’a impressionné chez Horacio Castellanos Moya, c’est que dans un long monologue, il n’arrive jamais à lasser, toutes les pensées semblent découler logiquement. Ce qu’il y a aussi d’impressionnant, c’est l’impression d’être présent dans la scène que l’auteur décrit. Il se dégage une très forte impression de vie du récit.
   
   Vous allez me dire que je l’avais trouvé mon Thomas Bernhard parce qu’un gars qui assène ses quatre vérités à son pays, le plus grand c’est tout de même l’écrivain autrichien. Le livre, en plus de présenter la situation au Salvador (l’auteur prévient que Vega existe réellement mais qu’il a atténue le propos ; cela fait très peur), est un bel hommage à l’écrivain autrichien. La chute du livre m’a très surprise car j’avais sauté allègrement la quatrième de couverture. Je vous conseille de faire de même pour vous réserver une surprise.
   
    Mais comme pour tous les gens qui râlent dans la vraie vie, je n’ai pu m’empêcher de penser que ce monsieur a sans aucun doute raison même si il en fait trop : tout le monde ne doit pas, et ne peut, être comme il décrit les Salvadoriens. On reconnaît dans le personnage de Vega quelqu’un d’extrêmement sensible aux petites contrariétés qu’on peu lui infliger. De même, il est très fier de son passeport canadien mais quand il dit que les Salvadoriens sont attirés non par les choses de l’esprit mais par l’argent, nous, on voit le fait qu’il est revenu non pas parce qu’il aimait sa mère mais parce qu’il voulait toucher sa part de l’héritage et que la vieille femme l’avait prévenu qu’il n’aurait rien si il ne venait pas à l’enterrement. L’ironie de la chose m’a fait doucement sourire.
   
   Un extrait :
   
   "C’est une culture frappée d’agraphie, Moya, une culture à qui est refusée la parole écrite, une culture sans aucune vocation d’enregistrement ou de mémoire historique, sans aucune perception du passé, une "culture-mouche", son unique horizon est le présent, l’immédiat, une culture douée de la mémoire d’une mouche qui toutes les deux secondes se cogne contre la vitre, une misère de culture, Moya, pour laquelle la parole écrite n’a pas la moindre importance, une culture qui a sauté d’un coup de l’analphabétisme le plus atroce à la fascination pour la stupidité de l’image télévisuelle, un saut mortel, Moya, cette culture a sauté par-dessus la parole écrite, elle a laissé de côté purement et simplement les siècles au cours desquels l’humanité s’est développée à partir de la parole écrite, me dit Vega."

critique par Céba




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