Lecture / Ecriture
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Londres Express de Peter Loughran

Peter Loughran
  Londres Express

Londres Express - Peter Loughran

Sabordée, sa bordée !
Note :

   Certains classent Peter Loughran parmi les écrivains irlandais, d'autre dans les écrivains inclassables, et il est le condensé des deux! Mélange donc très détonnant.
   
   Né en 1938 à Liverpool, ce qui n'est pas surprenant pour un Irlandais, il faillit être prêtre, chose aussi assez courante chez les Irlandais de l'époque. Ensuite, c'est le plus grand mystère! Un autre mystère : pourquoi ce livre écrit en 1966 est le seul de cet auteur à avoir été traduit?
   
   Dans un long monologue, le personnage principal de ce livre nous raconte sa nuit précédente, celle où avec des amis il était parti en bordée. Marin, il rejoint son bateau par le train. Il a une gueule de bois carabinée ; pour tuer le temps, il s'achète quelques revues pornographiques et se trouve un compartiment vide. Mais horreur, des religieuses et une petite fille s'installent avec lui! Alors il commence la narration des événements qui l'ont conduit là.
   
   Parti en fête, avant un long voyage vers l'Afrique du Sud, sa dernière nuit commence par une longue beuverie entre marins, puis il part au hasard des ruelles et rencontre une prostituée.
   
   Est-ce avant ou après qu'il a cassé toutes les vitres d'une rue? Ils ont erré longtemps pour trouver une chambre d'hôtel, et puis la mémoire embrumée de vapeurs de bière n'est plus très fidèle.
   
   Suite à quelques divergences avec sa conquête, sa nuit devient une sorte de Berezina, Waterloo triste et norme ruelle, Trafalgar (pour un marin vu du côté français ou pour Nelson du côté anglais), Jack l'éventreur, le retour. Bref tout et plus encore.
   
   Il a pris des coups, son état le prouve, il s'est perdu pendant une partie de la nuit, et surtout son bateau est parti sans lui. Donc le voilà dans ce train, déversant sa frustration et sa rage, passant d'un souvenir à un autre.
   
   Personnage de tous les excès, le marin (il n'a ni nom, ni prénom) est un être absolument sans états d'âme, mais d'une philosophie certaine, quoique douteuse, glanée au cours de ses nombreux voyages et auprès de son maître à penser Jimmy, ancien marin. Son plaidoyer pour les maisons closes, qui permettrait de régler l'ensemble des problèmes du monde, est très éloquent (et jubilatoire). Par contre il est farouchement anticlérical, la présence des deux religieuses dans le même compartiment que lui le dérange au plus haut point. Il déteste la police, ainsi que tout ordre établi, en dehors de la marine.
   
   On croise également les ombres de copains de cuites ou de bordels, personnages furtifs, rencontrés au gré des ports, des soûleries et des maisons closes.
   
   Cette manière d'écrire me rappelle celle adoptée par John Banville dans "Le livre des aveux", un homme raconte sereinement un acte horrible, sans remords ni repenti. Dans ce livre l'auteur va plus loin, c'est vous et moi les coupables, la société toute entière de l'église au monde politique. Mais lui, non! Une écriture d'écorché vif, style je suis une teigne et le revendique. Marin, anarchiste et parfois poète, quel mélange! Cela fuse dans tous les sens avec une chronologie des plus étranges.
   
   Ce livre n'est pas réellement un roman policier, mais inclassable, c'est sûr! Une bonne dose d'humour et (mais rarement) de tendresse donne un peu d'humanité au récit. En particulier quelques lignes quand il rencontre une jeune geisha au Japon, mais la triste réalité reprend ses droits, et en quels instants il redevient un client abject!
   
   Un portrait peu flatteur du genre humain, c'est le moins que l'on puisse dire.
   
   A lire! Mais il est très possible que l'on déteste ce genre de littérature!
   
   
   Extraits :
   
   - Rien me fait peur, à moi, surtout pas une bande de suceuses d'eau bénite déguisées en Ku-Klux de mes deux Klan.
   
   - T'as les calots comme deux plaques de sang frais.
   
   - D'ailleurs, il y a pas de séance d'institut de beauté qui vaille sept ou huit bonnes pintes d'ale. Dans la lampe je veux dire. Tout paraît merveilleux, à ce moment-là.
   
   - Jimmy, il avait un nom pour çà : "Du sexe il y en a deux sortes, il disait : le conjugal et le brut".
   
   - Ce qui vous montre bien comment sont les gens : pensent qu'à sauver leur propre peau sans se soucier une miette du gars qui est sensé être leur meilleur copain.
   
   - Un homme pour montrer un peu de cran, faut qu'il soit plein comme une barrique ou bien à dix contre un.
   
   - Dans le monde où on vit, c'est à qui bouffera l'autre ; si tu bouffes pas ton voisin, c'est lui qui te bouffera.
   
   - On n'a pas idée de plaquer un pub pour prendre la mer! Tous les matafs que je connais, ils en deviendraient dingues, d'envie de plaquer la mer pour les pubs.
   
   - Tous pareils, ces calotins, une bande d'hypocrites ventrus toujours toujours en train de vous agiter leur tirelire sous le nez.

   
   Titre original: The train ride.(1966)

critique par Eireann Yvon




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