Lecture / Ecriture
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Le sourire du chat de François Maspero

François Maspero
  Le sourire du chat
  Balkans-transit

François Maspero est un écrivain, éditeur, libraire et traducteur français né en 1932 à Paris et mort en 2015.

Le sourire du chat - François Maspero

Le tournant d'une vie
Note :

   Sous la couverture qu'illustre le Maneki-neko, le chat porte-bonheur japonais, se cache le récit passionnant et émouvant des années 1944 et 1945 vues par un petit parisien de treize – quatorze ans. Cependant le pacte autobiographique est légèrement décalé : quand François Maspero publie ses souvenirs au bout de quarante ans, il ne dit pas : "je" et il se nomme Luc Ponte-Serra ce qui évoque les aïeux italiens. Antoine, son frère aîné, et lui sont très complices. Antoine l'a baptisé le Chat. Le sourire ne venant qu'à la dernière phrase du livre, vous devrez lire jusqu'au bout ce livre formidable pour savoir pourquoi.
   
   Pour s'en tenir à la branche paternelle, le Chat descend d'une illustre famille avec un grand-père égyptologue, Gaston, et un père sinologue, Henri. La grand-mère habite au-dessus de l'appartement où le Chat vit avec son frère et ses parents quand la guerre éclate. La famille passe en zone libre pour s'installer sur la Côte-d'Azur, puis revint à Paris une fois sabordée la flotte de Toulon, épisode qui, selon le Chat vaut le déshonneur pour un marin de la famille. Au début de 1944, les deux adolescents sont expédiés dans une ferme de la vallée de Chevreuse. Loin du lycée, le Chat continue de faire du latin et du grec avec le curé du village. Il aide au travail des champs. Il côtoie des réfugiés du Nord tandis que des soldats allemands occupent une partie de la vaste demeure. Habile, le Chat court sur les toits. Non loin de là, les aérodromes allemands tout proches sont régulièrement bombardés. Le drame s'approche.
   
   Le Chat et son frère rêvent de Résistance ; ils volent des tickets de rationnement dans une mairie. Antoine, fier d'un pistolet espagnol, s'engage dans l'action avec les communistes, puis disparaît après avoir abattu un officier allemand. La Gestapo arrive au village : le Chat et sa mère sont arrêtés le 24 juillet. Les parents sont déportés, le 15 août 1944, par l'un des tout derniers convois quittant Paris alors que les Alliés sont sur le point d'entrer dans une capitale qui se soulève. Se retrouvant seul, le Chat est hébergé par la grand-mère et plus souvent par une tante, et comme l'oncle dirige un établissement psychiatrique dans une lointaine banlieue, le Chat retrouve la campagne avec ses cousins le temps des vacances. En se repliant, les troupes allemandes ont abandonné des munitions. Le Chat et ses cousins trouvent le moyen de récupérer la poudre pour faire des blagues à l'oncle distrait.
   
   Comme on l'imagine, le Chat est très perturbé par la déportation de ses parents ; la tante prétend que Ravensbruck et Buchenwald sont de "bons camps" et que les détenus y sont bien traités! Le Chat n'y croit qu'à moitié... Il s'enfuit pour aller à la recherche de son frère aîné qui semble avoir rejoint l'armée américaine. Cela donne un épisode d'aventures militaires assez extravagantes, parfois même comiques. Recueilli par des soldats américains, voilà le Chat à bord d'une jeep, en route pour le front! Le retour est amer : il fait reprendre la classe et espérer le retour des déportés et du frère combattant. "Ma Spero" — mais j'espère — avait fait graver le grand-père égyptologue sur sa tombe : Le Chat aussi attend et espère... Mais aucun courrier heureux ne vient. Le frère a été tué en septembre 1944 près de Metz. Le père du Chat est mort à Buchenwald en mars 1945.
   
   Bien que "Le sourire du chat" ne soit pas écrit à la première personne, il constitue un véritable roman d'apprentissage. Face à ces drames le Chat devient un adulte avant l'heure. Il a rejoint le front, fréquenté des soldats de retour des combats et appris avec eux des chansons paillardes, rencontré une fille des rues, connu une première cuite dans un bistrot populaire, loin des salons mondains de sa classe sociale. Pour lui comme pour les combattants victorieux, que faire désormais de sa vie?

critique par Mapero




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