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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee

Harper Lee
  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
  Va et poste une sentinelle

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur - Harper Lee

Petit bijou américain
Note :

   Américaine et auteur de cet unique opus, Harper Lee a eu ce rare privilège de naître avec une plume d’or entre les doigts. Prix Pulitzer en 1961, cet ouvrage culte connu dans le monde entier ne doit pas vous échapper une seconde de plus si vous ne l’avez pas encore dévoré. C’est un crime de lèse-majesté…
   
   Maycomb, petite ville d’Alabama durant la grande dépression. Atticus Finch est un avocat de bon esprit, sain et savant, qui élève seul ses deux enfants, Jem sa petite sœur Scout, la toute jeune narratrice de ce fabuleux conte réalité. Seul avocat à oser défendre ceux que l’on appelle alors encore les « nègres », parias d’une société où l’individualisme prendra son essor définitif, il mène un combat perdu d’avance contre une société trop jeune, mais une guerre gagnée d’avance dans l’esprit de ses enfants, fruits de l’intelligence et de l’amour.
   
   C’est un voyage à travers la tolérance dans les yeux d’un duo fraternels d’enfants taquins, au verbe haut et à l’imagination débordante qui pourtant ne comprennent pas cette Amérique dans laquelle ils sont nés. Pourquoi des portes ferment-elles l’infini ? Pourquoi des murs sépareraient-ils des identiques ?
   
   C’est un conte philosophique en même temps qu’une histoire des Etats-Unis. Ce livre est porté par l’écriture d’une femme nimbée sous les traits d’une enfant sagace. Des pages que l’on ne veut refermer. Des pages que l’on aime aimer.
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critique par Kassineo




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Une enfance en Alabama
Note :

   Comment parler d’un sujet grave, comme la considération des gens de couleur dans les années trente et en Alabama… C’est ce qu’a fait Harper Lee dans ce magnifique roman.
   
   En lisant la quatrième de couverture, qui parle essentiellement du procès d’un Noir accusé d’avoir violé une Blanche, je m’étais fait une idée bien précise… mais même si ce roman ne correspond pas exactement à la première impression que j’avais eue, je n’ai pas été déçue, loin de là.
   
   L’histoire est en fait essentiellement celle de la famille Finch, du père avocat Atticus, et de ses enfants Jem et Scout. Le procès n’est pas qu’une infime partie de ce livre, mais bien la pièce maîtresse qui sera la trame de fond de toutes les aventures que vont vivre Scout et Jem. Les sujets, traités avec beaucoup d’humour et d’innocence car racontés par Scout qui n’a que 6 ou 7 ans au début de l’histoire, sont tout de même assez durs.
   
    Cette petite fille nous décrit à travers ses yeux, son enfance entourée de préjugés, de mensonges, d’injustice et de drames. C’est ainsi qu’avant de découvrir le procès et tous les tracas et autres désagréments qui viendront avec, Jem et Scout feront la connaissance de Dill, qui sera leur voisin tous les étés, et avec qui ils tenteront vainement de comprendre comment leur voisin « Boo » n’a pas pu sortir de la maison de ses parents depuis près de trente ans. Ils nous feront également découvrir les mentalités et les us et coutumes du Comté de Maycomb.
   
   Les péripéties de ces enfants nous permettront d’ouvrir les yeux sur certains comportements et nous laisseront juges des actes… Certains passages m’ont révoltée, souvent lors du procès, d’autres m’ont beaucoup amusée et surtout j’ai vraiment été touchée par cette famille sans maman et dont Atticus, le père, s’occupe magnifiquement bien.
   
   Scout parvient à nous porter tout au long du récit et la fin du livre est pleine de rebondissements et de suspense…je comprends enfin pourquoi ce livre a fait tant d’émules.
   Si vous ne l’avez pas encore dans votre bibliothèque, surtout n’hésitez pas.
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critique par Mme Patch




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Plaidoyer contre le racisme
Note :

   Etats-Unis, 1935 - A Maycomb, petite ville d’Alabama où règne la ségrégation raciale, l’avocat Atticus Finch est commis d'office pour défendre un Noir, Tom Robinson, accusé du viol d’une Blanche. Ce crime est puni de mort, et Finch va tenter l’impossible pour éviter la potence à Tom, bravant l'hostilité de la population blanche de la ville. L’histoire est racontée par sa fille Scout, un vrai garçon manqué qui n’a pas sa langue dans sa poche.
   
    « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » est l’unique roman d’Harper Lee, grande amie de Truman Capote. Livre-culte aux Etats-Unis, il a obtenu le prix Pulitzer en 1961. J’avais hâte de lire ce roman compte tenu des critiques dithyrambiques qui fleurissaient à son sujet sur les blogs. En toute franchise, je dois reconnaître que j’ai été un peu déçue : j’en attendais monts et merveilles, et naturellement la réalité n’a pas été à la hauteur de mes espérances. J’ai bien aimé, mais je n’ai pas eu de coup de cœur.
   
   Le roman se divise en gros en deux parties. La première permet de mettre en place doucement l'intrigue, le décor et les personnages. Avec fraîcheur et drôlerie, la petite Scout raconte sa vie quotidienne : ses jeux avec son frère Jem et son ami Dill, son allergie à l'école, ses relations avec ses voisins, l’éducation humaniste que lui donne son père. Tout cela est charmant mais un peu longuet, et je me suis parfois demandé où l’auteur voulait en venir, même si des réponses sont apportées par la suite.
   
   La deuxième partie du livre se focalise sur le procès de Tom Robinson. Comme souvent, la quatrième de couverture est trompeuse puisqu’elle donne l’impression que le roman est axé sur ce procès inique. En réalité, il faut attendre 250 pages pour qu’il démarre réellement, et il est bouclé en quelques chapitres. Comme c’est à mon avis la partie la plus captivante du livre, je me suis sentie un peu frustrée.
   
   En vérité, le procès sert surtout de prétexte à l’auteur pour brosser le tableau d’une petite ville archaïque du sud des Etats-Unis dans les années 30. Le racisme, l’injustice, la peur de l’autre, les préjugés, les mensonges, la ségrégation, tout est décrit à travers le regard enfantin de Scout, confrontée à l'hypocrisie et à la violence du monde des adultes. En ce sens, «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur» est très intéressant, car il témoigne d’une page peu glorieuse de l’histoire des Etats-Unis, page qui n'est pas encore complètement tournée puisque certains sujets abordés sont malheureusement toujours d’actualité.
   
   Les personnages sont quant à eux bien troussés, la palme revenant au charismatique Atticus Finch, l’avocat au grand cœur qui, en acceptant de défendre un «nègre», se jette dans une bataille perdue d’avance et se met la ville à dos. C’est un homme pétri d’humanité, digne, courageux, intègre, tolérant, généreux etc. Bref, il est presque trop parfait pour être vrai (désolée, c’est mon côté cynique qui parle).
   
   Au final, «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur» est un beau roman qui traite avec subtilité de sujets graves : le racisme évidemment, mais aussi la perte de l’innocence de deux gosses, obligés très tôt de quitter l'enfance.
   A lire absolument : la postface d’Isabelle Hausser qui apporte un éclairage instructif sur l’œuvre et son auteur.
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critique par Caroline




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Chroniques d'enfance
Note :

   Scouth et son frère aîné sont très unis. Ils vivent avec leur père, Atticus Finch qui exerce la profession d'avocat et leur cuisinière noire Calpurnia. Leur mère est morte lorsqu'ils avaient respectivement 2 et 6 ans. Ils passent leurs journées à jouer dans leur jardin et sympathisent avec Dill, un jeune voisin, qui vient passer ses vacances à Maycomb où ils habitent. Tous les trois partagent des moments intenses entre l'appréhension qu'ils ont à passer devant la maison de leur voisin les Radley, dont le fils passe pour fou, et les trésors cachés qu'ils trouvent dans un arbre.
   
   Les jours couleraient ainsi tranquillement mais leur père est commis d'office pour défendre un noir accusé d'avoir violé une Blanche. La petite communauté s'empare de l'affaire...
   
   C'est à travers le regard innocent de Scouth que nous découvrons l'histoire de cette famille et ce petit village, les rumeurs, les non dits, la méchanceté, les peurs enfantines, l'incompréhension des enfants face à la société des adultes, le racisme encore très présent à cette époque (nous sommes dans les années 1930).
   
   La photo de couverture avec la bouille de cette petite fille espiègle ressemble bien à la description qui est faite de Scouth. Quant au titre, il me plaît aussi beaucoup.
   
   La première partie du livre décrit bien le monde de l'enfance, la seconde partie s'attache à la description très intéressante du procès. Ce livre étonne jusqu'à la dernière page.
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critique par Clochette




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Alabama dream
Note :

   Livre unique d'Harper Lee, couronné du prix Pulitzer en 1961, «Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur» est un roman très enraciné dans le Sud, et précisément le Sud de l'Alabama. Si tirer sur le "mockingbird" est un péché, le lecteur va comprendre qu'il se commet beaucoup de péchés dans ce comté de Maycomb — en réalité Monroeville — où l'auteure est née en 1926.
   
   Inspiré par un fait divers de 1931, le récit est fondé sur une affaire judiciaire qui se dévoile très progressivement vers le milieu du roman. Un Noir, Tom Robinson, accusé de viol sur la personne de Mayella, une Blanche un peu simplette de 19 ans, fille d'un marginal violent, Bob Ewell — bref un mauvais sujet. Le procès va montrer qu'il n'y a pas eu viol. La prétendue victime et son père, peu instruits, sont déstabilisés lors des interrogatoires. Mais le jury composé de braves ruraux bien racistes estime néanmoins devoir condamner Tom à la peine capitale. Avant le procès en appel, celui-ci tente de s'évader alors que Bob Ewell en veut toujours à tout le monde — y compris à la famille de l'avocat de la défense.
   
   Quel rapport, direz-vous, entre cette affaire et la narratrice ? C'est tout simple. Scout la narratrice, âgée de 8 à 10 ans dans le livre, un vrai garçon manqué, et son frère Jem de quatre ans son aîné, sont les enfants d'Atticus Finch, un avocat veuf, renommé et humaniste, par ailleurs élu à la Chambre des représentants de l'Alabama. Or, cet avocat a été commis d'office pour la défense de Tom Robinson, un pauvre type, mais un homme honnête selon Calpurnia, la bonne noire au service de la famille Finch. Scout et Jem découvrent ainsi les dessous de la société sudiste, encore marquée par le coton et l'esclavage et où les femmes n'ont pas le droit d'être juré.
   
   En même temps, la jeunesse de la narratrice en salopette fait de «Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur» un attachant récit d'enfance, par lequel on est charmé dès les premières pages. Dès le début le mystère se tisse autour d'un mystérieux voisin, Arthur Ridley, dit Boo. Le jeu des enfants Finch va être de faire sortir Boo de chez lui. Ils n'y parviendront pas facilement ! Et quand il sortira, ce sera pour tirer Scout d'un bien mauvais pas. Enfin, sinon surtout, le récit est souvent drôle et même jubilatoire avant de verser dans le drame. Une sacrée gamine cette Scout !
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critique par Mapero




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Racisme et préjugés
Note :

   Prix Pulitzer 1961, amplement mérité, pour ce roman qui est devenu un classique de la littérature américaine. Cette amie de Truman Capote (il lui dédia De sang-froid) n'aura publié qu'un seul roman, celui-ci, au cours de sa carrière, vivant dans la discrétion la plus absolue. Voilà une attitude bien singulière et bien regrettable quand on songe à la qualité du livre.
   
   C'est le Sud profond qui renait sous la plume évocatrice de Harper Lee. L'histoire se situe en Alabama, dans la petite ville de Maycomb qui abrite son lot de citoyens exemplaires, d'excentriques, de pauvres bougres et de salauds ordinaires. Dans les années 30, il ne faisait pas bon être Noir et vivre dans un état du sud. Racisme et préjugés sont le lot des gens de couleur. Il suffit qu'un Noir soit accusé de viol par une Blanche pour déclencher le feu aux poudres !
   
   C'est la jeune narratrice, Scout Finch, véritable garçon manqué de 6 ans, qui nous dévoile le quotidien de sa famille, avant et pendant l'affaire Tom Robinson. Le père, Atticus, avocat, élève seul ses deux enfants, Scout et Jem qui a 12 ans. Le récit est partagé entre l'enfance de Scout, l'école, les bêtises partagées avec le jeune voisin Dill, et Jem, qui permet au lecteur de se familiariser avec la vie de cette petite ville, puis les réflexions et questions suscitées par l'arrestation du Noir Tom Robinson, accusé d'avoir violé une jeune blanche et défendu par le père de Scout. Atticus dont le discours et l'attitude permettent à ses enfants de grandir et de devenir des citoyens tolérants. Si leur enfance baigne dans l'insouciance au début du roman, le procès marque un tournant définitif dans leur vie. Les enfants sont confrontés au racisme des "grands", à leurs préjugés, leur hypocrisie.
   
   "Tu es trop petite pour comprendre, mais parfois, la Bible est plus dangereuse entre les mains d’un homme qu’une bouteille de whisky entre celles de ton père."

   
   J'ai aimé tellement de choses dans ce roman. Le ton donné au récit par Scout, sa volonté (il faut lire comme elle prend à partie les autres gosses tous prêts à dénigrer son père) et le regard qu'elle porte sur les autres, les drôles de relations entre Atticus et ses enfants, mais aussi la tendresse de Calpurnia, la gouvernante noire, considérée comme un membre de la famille (et ce n'était pas si courant...) l'humour de la jeune narratrice qui permet d'alléger certaines tensions, le mystère échafaudé autour du voisin Boo Radley, qui ne sort jamais de chez lui. L'atmosphère qui règne tout au long du procès est extrêmement bien rendue, j'avais l'impression d'être dans la salle d'audience, à écouter l'odieuse famille Ewell, déterminée à commettre cette terrible injustice.
   
   L'Amérique d'après la Grande Dépression n'est guère reluisante et dans le roman de Harper Lee, le drame côtoie sans cesse la légèreté.
   
   Enfin, j'ai été très intéressée par la personnalité de l'auteur. C'était donc une amie de Truman Capote -ici et là on trouve des rumeurs d'écriture à quatre mains - qui a beaucoup puisé dans ses souvenirs personnels pour créer cette histoire. Amusante aussi l'attitude des critiques littéraires de l'époque qui se montrèrent peu enthousiastes pour ce premier roman, mais les lecteurs eux ne s'y sont pas trompés et ont fait un accueil triomphal à ce très bon livre. Encore un coup de cœur pour moi, et un excellent classique que je recommande.
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critique par Folfaerie




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L’œil de l'enfant
Note :

   "To kill a mockingbird" offre un exemple réussi de narration par un enfant : une petite fille qui vit dans une petite ville de l’Alabama dans les années 1930 et se trouve confrontée aux difficultés de la crise et à la violence d’une société en proie à la discrimination raciale. Cette forme de narration apporte au roman toute sa fraicheur et son humour pour exposer une tragique affaire d’accusation et de procès. Elle plonge dans les fantasmes de l’enfance pour évoquer une intrigue digne de la tragédie grecque. Ainsi restons-nous toujours en suspens en tentant de comprendre les événements qui se produisent. Les illusions, les obsessions, les jeux de l’enfance déforment la réalité dans un sens que les adultes ont oublié. Aussi cette lecture nous plonge-t-elle dans une interrogation permanente sur la nature des faits qui sont relatés. Par ce procédé, nous pénétrons comme par effraction dans l’univers merveilleux de l’enfance, dont nous avons été expulsés à notre adolescence, mais c’est pour le voir subitement envahi par le drame, avec l’horreur qu’il peut revêtir aux yeux des enfants.
   
   Le contrepoint à ce monde de l’immaturité est apporté par le père, qui élève seul ses enfants et personnifie la sagesse, la raison, l’éducation, le respect de la loi et la civilisation. Avocat de son état, il cherche à faire prévaloir le droit dans un monde brutal et éduque ses enfants par la parole et l’exemple. Dans sa fonction de défenseur d’un accusé noir, il est confronté à l’échec et il sort ébranlé du drame qui succède au procès.
   
   De multiples personnages secondaires viennent peupler ce monde à la fois dur et humain. Ils sont toujours vus du point de vue de l’enfant, qui dévoile impitoyablement leurs ridicules et leurs faiblesses, mais aussi nous fait voir leur humanité.
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critique par Jean Prévost




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To kill a mocking bird
Note :

   On pourra toujours se demander pourquoi il a fallu tant de temps aux lecteurs français pour apprécier ce roman devenu immédiatement incontournable lors de sa parution aux USA en 1960. Voilà un livre qui se ferme à regret, et une héroïne, Scout, que l’on voudrait accompagner bien plus longtemps.
   
    De ses cinq à ses huit ans, c’est à la hauteur du nez de cette fillette intrépide, résolue, et tenace que nous nous immergeons dans la vie d’une petite ville du Sud de l’Alabama. Vous allez découvrir Maycomb dans les années 30, bourgade isolée avec ses rues bordées de maisons coquettes, son centre-ville que l’on peut encore rejoindre à pied depuis le quartier bourgeois, son école unique et ses paroisses propres à chaque communauté. Scout est la benjamine, de son nom de baptême Jean Louise, élevée en compagnie de son frère Jem par leur père que les enfants nomment tous deux par son prénom, Atticus. La gouvernante-cuisinière-femme à tout faire, Calpurnia, est totalement dévouée aux enfants et à son patron. Atticus est un humaniste. Avocat, il professe la raison et la tolérance envers tous, et sème dans l’esprit des enfants des repères moraux et intellectuels censés les préparer à devenir des adultes accomplis. En attendant, Jem et Scout sont souvent livrés à eux-mêmes dans le jardin de la maison et dans le quartier tranquille qu’ils habitent. Tranquille ce quartier ? Pas si sûr ! La demeure voisine semble bien mystérieuse avec ses volets toujours clos et ses habitants invisibles. Et le sort de Boo Radley, le garçon de la maison préoccupe la fratrie, rejointe en été par Dill, un gamin du même âge qui passe ses vacances chez sa tante. Les trois compères imaginent diverses stratégies pour rencontrer Boo enfin et qui sait, le sauver d’une supposée séquestration… Harper Lee joue à merveille des mots et des expressions pour relever ce récit qui pourrait s’apparenter aux sagas enfantines dans la veine de Mark Twain, par son insolence et sa critique sous-jacente des conformismes. Sauf que Jem et Scout ne sont pas malheureux. Si la mère n’est plus, Calpurnia assume de son mieux les fonctions maternelles, même si elle cache sa tendresse sous des dehors rugueux, qui font fulminer Scout, mais qui se révèlent très vite indispensables au respect du cloisonnement naturel entre Blancs et Noirs. Harper Lee décrit l’enfance comme un territoire harmonieux, où les disputes se limitent à l’assaisonnement naturel des jours trop tranquilles.
   
   Et puis un soir, Atticus éprouve le besoin de mettre ses enfants en garde. Dans les semaines à venir, ils vont entendre des rumeurs désagréables, ils seront même sans aucun doute chahutés par leurs camarades, ils vont devoir apprendre à se comporter selon les principes qu’il espère avoir inculqués. Commence une nouvelle année scolaire où Scout va grandir plus vite que les années précédentes. La calomnie, la distance, l’hostilité sournoise se font sentir… Des enfants du quartier défavorisé d’Old Sarum sont intégrés à l’école et les différences d’éducation révèlent des fractures dans l’équilibre de la société. Toutefois, Scout paraît souvent plus intéressée par ces failles que par le bavardage insipide des chipies habituelles. Progressivement, l’atmosphère de la petite ville s’est tendue, les menaces contre Atticus deviennent de plus en plus évidentes et ne peuvent plus être cachées aux enfants. Mais Scout peine à saisir la raison de ces changements, jusqu’à ce soir où, Atticus les pensant couchés, Jem et Jean Louise se relèvent et courent vers la ville, pour découvrir leur père assis sur une chaise en train de monter la garde devant la prison. Il est seul, héros solitaire d’un drame prêt à exploser. Heureusement, l’imprimeur local va prêter main-forte à l’avocat en mauvaise posture. Scout tourne et retourne la situation, ne comprenant pas qu’Atticus soit inquiété alors qu’il a été commis d’office à la défense de l’Homme que certains citoyens de Maycomb aimeraient lyncher sans autre forme de procès. Le procès s’ouvre cependant le lendemain. Jem, Dill et Jean Louise doivent ruser pour assister, malgré l’interdit paternel, aux débats.
   
   Sans changer de ton, Harper Lee parvient à donner au roman l’épaisseur d’une critique acérée contre le racisme, l’intolérance, la bêtise. Racontées par une enfant de huit ans, les situations apparaissent parfois terriblement cocasses, le rire éclate alors même que l’émotion et l’écœurement prévalent. Toutes les pages consacrées aux audiences sont haletantes et je défie le lecteur de poser le livre. Mais le procès achevé, la défaite consommée, les choses n’en restent pas là parce qu’on est en Alabama, où la guerre de Sécession n’a jamais quitté les esprits. La dernière partie du livre nous tient toujours davantage en haleine et les surprises nous attendent jusqu’à l’ultime page.
   C’est sans doute ce qui explique la désolation du lectorat d’Harper Lee, qui n’a rien publié de plus pendant des décennies. Silence pesant enfin rompu l’année dernière par l’édition de Va et poste une sentinelle, mais c’est une autre histoire, comme l’on verra bientôt.
   
   En ce qui concerne "Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur", ce n’est pas l’auteur que je vais citer, mais Isabelle Hausser, qui a révisé la traduction du roman et achève ainsi la postface: "Le texte d’Harper Lee, d’une infinie drôlerie, est un enchantement. Il a la légèreté et le poids que recherche le véritable amateur de roman et cette vertu si rare de pouvoir être lu à tout âge, quelle que soit l’éducation que l’on a reçue, de quelque pays qu’on vienne, à quelque sexe que l’on appartienne."
   

   La longue absence d’Harper Lee sur la scène éditoriale a contribué à fonder sa légende. La jeune femme a trente-quatre ans lorsque sort le roman en 1960. L’ampleur du succès international immédiat, l’attribution du Pulitzer l’année suivante, le film qui en est tiré (titre français du silence et des ombres) , sont autant d’occasions d’interprétation des éléments biographiques qui ont inspiré le fond et la forme de l’affaire. Son amitié avec Truman Capote attestée, l’auteur n’a jamais caché le rôle de son propre père dans la construction de la figure d’Atticus. La genèse du livre commence à être mieux connue, en particulier à la lumière du second ouvrage, bien différent. Mais chaque chose en son temps. Il est peu vraisemblable que Nelle Harper Lee, 90 ans en Avril prochain, cède à la tentation médiatique et se livre davantage…

critique par Gouttesdo




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