Lecture / Ecriture
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Combien de fois je t'aime de Serge Joncour

Serge Joncour
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Serge Joncour est un écrivain français né le 28 novembre 1961.

Combien de fois je t'aime - Serge Joncour

Postures et impostures de l'amour
Note :

    Fidèle à mes vieilles habitudes, je commence la découverte de l’œuvre de Serge Joncour par un recueil de nouvelles déjà assez ancien.
   
    Dix-sept histoires de vie relativement courtes traitant d'un sujet universel... l'amour, ici pas toujours avec un grand A.
   
    D'entrée de jeu le ton est donné par le texte "L'amour moderne". Histoire somme toute banale d’une femme élevant seule son enfant.
   
    "Toute une vie dans un portable" un inventaire à la Joncour! Un homme seul, un soir. La solitude lui pèse, alors il regarde son carnet de numéros de téléphone. Souvenirs ou pas, illusions, désillusions, des gens dont on se souvient très bien, d'autres dont le souvenir s’estompe. Chercher un interlocuteur, téléphoner pour rompre l'isolement, tristesse de ce monde où les moyens de communications sont de plus en plus performants et pourtant paradoxalement on échange de moins en moins.
   
   "Son môme dans la chambre d’à côté". Le sexe pour le sexe. La tristesse de la chose. Et le retour de l’homme dans les rues froides, chez lui près de son épouse qui ne l’attend plus. Un très beau texte.
   
   "N’avoir pas eu d’enfant". Les vains efforts d’un couple pour procréer, les précautions, pour ne pas dire les privations. Et constater au bout du chemin avec une certaine amertume que c’est sa vie, rien qu’à soi. Beaucoup de nostalgie.
   
   "L’amour est tout ce qui nous sépare". Un homme et une femme, c’est classique, lui est plus âgé qu’elle, c’est banal. Mais pas forcément vivable pour l’un des deux!
   
   "Demain on sera jeune". C’est beau l’espoir mais la réalité est toute autre. Un couple entre en clinique, on devine une opération chirurgicale imminente. Alors malgré la distance entre les lits, ils se donnent la main.
   
   "La passagère du siège en face". La magie des voyages et des rencontres inattendues! Oser ou ne pas oser. L’aborder et espérer un signe jusqu’au dernier moment. Et ces mains qui disent...
   
    Comme souvent dans les recueils de nouvelles des personnages qui pourraient être (et qui sont souvent) vous et moi. Des gens rencontrés dans notre vie de tous les jours. Des hommes et des femmes à la recherche l’un de l’autre, mais avec peu de chance de réussir leur quête de l’amour.
   
    Pourtant aucune tristesse, un peu de désillusion peut-être au détour de quelques pages. La vie n’est pas forcément une promenade de santé, hélas ou pas, je laisse à chacun le soin de choisir.
   
    Comme son titre l’indique, il est beaucoup question d’amour dans cet ouvrage, de l’amour moderne à l’amour plus classique, dirions-nous. Avec l’éternelle question, est-ce que c’était mieux avant? Sans tous ces moyens de communications qui envahissent nos vies. Vaste débat.
   
   Des nouvelles courtes, mais des phrases plutôt longues qui donnent un rythme plus fluide, apaisé et très agréable à la lecture. À l’inverse de ce qui se fait d’habitude dans les nombreuses nouvelles que je lis!
   
   
    Extraits :
   
   - Des photos c’est tout ce qui restait. Pas de quoi être jaloux.
   
   - En général quand on se présente on a l’humeur idéale, on masque tout signe de déveine ou de dérèglements, on s’offre à l’autre dans une forme de présence totale. Elle n’avait pas cette prudence-là.
   
   - Tant qu’on n’a pas fait l’amour il n’y a pas que les corps qui restent à distance, la complicité reste hantée par cette question-là, de savoir si on se touchera un jour ou pas, et comment ça se passera.
   
   - Anne par contre c’est quelqu’un de doux, mais consciencieux, si je l’appelais, tout d’abord je ne couperais pas à la franche explication.
   
   - La déception en fin de compte c’est tout ce qu’on aura vécu en commun, c’est déjà ça, c’est presque une base, je veux dire, une expérience partagée.
   
   - L’amour au pire c’est un peu ça, des distances qu’on fait tout pour réduire, petit à petit on en perd le goût de bouger, ce n’est pas qu’on a tout sous la main, c’est qu’on ne cherche plus.
   
   - Quand on a perdu jusqu’à l’envie de se détruire, c’est que vraiment on n'a plus rien.
   
   - Franchement à ce stade là je dois te dire, je ne savais plus trop si j’étais complètement dépassé ou complètement con.
   
   - Après quinze ans de vie commune il est des questions qu’on ne se pose plus, il est des oublis qui vont de soi.
   
   - Dans tout voyage il y a l’idée d’une rencontre, plus ou moins manifeste, plus ou moins aboutie. L’inconnue du train, c’est un peu la même que la gamine des embouteillages de l’enfance, une idée de l’amour qu’on ne fait qu’effleurer.

critique par Eireann Yvon




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